Geneviève Rouyer : quand la spontanéité devient image

Il y a des regards qui ne cherchent pas à capturer le monde, mais simplement à l’écouter. Celui de Geneviève Rouyer appartient à cette famille rare de photographes qui avancent dans la rue comme on entre en conversation avec la vie. Chez elle, la photographie n’est ni une quête de performance ni un exercice de style : c’est un prolongement du pas, une respiration du quotidien.

Membre active de la communauté Street Photography France, Geneviève pratique une photographie intuitive, légère et profondément humaine. Son appareil, un fidèle compagnon de marche, capte les coïncidences, les reflets, les gestes anodins qui composent la poésie discrète de l’ordinaire. Il n’y a pas de mise en scène, pas d’attente calculée : seulement l’instant qui s’offre, et le regard qui sait le reconnaître.

Dans cet entretien, elle évoque avec sincérité son parcours, ses inspirations, ses choix éthiques et sa manière de laisser la vie guider son objectif. Une conversation simple et lumineuse, à l’image de ses photographies : des fragments de rue, où la spontanéité devient image.

On pose les questions à Genevieve …

Dans cette interview, Genevieve Rouyer partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Geneviève Rouyer : La photo de rue est venue à moi comme une réalité. Que vais-je faire ? N’étant pas physiquement capable d’assumer des randonnées, des mises à plat dans l’herbe à faire de la macro… Mon Olympus, mon compagnon de mes différentes marches, réalise à travers la pratique de la photographie de rue ma libre intuition, ma spontanéité et mon humeur du jour.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Geneviève Rouyer : Depuis 2010 je pratique la photographie dans les clubs et les associations. La photographie de rue est venue tardivement, j’ai pratiqué la photographie de studio, j’ai rejoint un club, j’ai appris la technique. J’ai répondu oui à un stage de Sylvie Hugues et là j’ai débuté en me faisant la plus petite et la plus effacée du haut de mes 1m50. J’ai découvert le film de Vivian Maier projeté au coin de ma rue dans ma Médiathèque. Je suis allée au rayon photographie et là d’autres noms à ma liste de référence de photographes se sont rajoutés.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Geneviève Rouyer : Les clubs sont formateurs. Mais la meilleure formation est de découvrir, de s’instruire, de prendre le manuel de son appareil photographique et de pratiquer au gré de ses envies.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Geneviève Rouyer : Je suis une adepte d’OM SYSTEMS, j’opte pour la légèreté, un Zuiko 25mm ou le Zuiko 14-150mm — pourquoi se priver de ce qui peut déclencher en nous du bonheur ? J’aime d’autres moments de la journée, l’heure bleue, les levers de soleil, alors j’ai aussi un Lumix 8-18.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Geneviève Rouyer : Mon OM SYSTEMS et la technique de la mesure spot découverte à travers mes stages de photographie avec Olivier Chomis et Eric Forey.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Geneviève Rouyer : À voir… J’allie la composition, le graphisme, l’humour si cela se présente, j’aime l’humain.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Geneviève Rouyer : Toutes les expositions où je me rends sont des lieux d’inspiration. Voir, découvrir d’autres photographes est une nourriture. Je suis simplement une photographe, j’absorbe les images. Mon passage à Arles en septembre 2025 m’a permis de découvrir la photographie moderniste brésilienne apparue dans les années 1940. Lorsque vous découvrez un photographe, derrière toute une exposition il y a un commissaire de l’exposition et c’est lui qu’il faut féliciter intérieurement pour l’émotion qu’il nous donne.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Geneviève Rouyer : Son histoire est simple, une synchronicité de vie. Je venais de terminer un sujet sur le thème « rayures ». Je suis descendue du train à la gare de Nice munie de mon appareil. J’aime photographier cette gare, sa lumière est exceptionnelle et là, pas oups… la vie est la meilleure des alliées : tout y était — les rayures, les personnages, l’humour… et surtout avec mon Zuiko 25mm à main levée, pas besoin de passer inaperçue… j’avais gagné de la hauteur.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontée en pratiquant la photographie de rue ?
Geneviève Rouyer : On ne lance pas à la vie des défis, on les relève… simplement. La rue m’offre ce qu’elle veut bien me donner. Il ne s’agit pas pour moi d’affronter un obstacle, mais de m’adapter à ce que la vie me présente. Parfois, il faut composer avec la lumière, parfois avec le mouvement, parfois avec les regards. Chaque instant est un petit défi en soi, mais aussi une opportunité d’apprendre à voir autrement. Ce qui compte, c’est de rester dans la fluidité, dans l’observation, sans forcer la réalité.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Geneviève Rouyer : Je ne photographie pas les enfants de face, tout simplement. C’est ma retenue de photographe et de femme. J’ai une approche profondément respectueuse. Photographier, c’est avant tout regarder avec bienveillance. Je ne veux jamais voler une image, ni trahir un regard. Si une personne me fait comprendre qu’elle ne souhaite pas être photographiée, je range l’appareil. L’éthique n’est pas une contrainte, c’est une évidence, un prolongement de ce que je suis. La rue appartient à tout le monde, mais chacun y garde sa part d’intimité.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Geneviève Rouyer : Tout se résout… on montre l’image, on efface, un geste évoque un non, on ne photographie pas. Il m’est arrivé, comme à tout photographe, que des personnes se sentent gênées. Dans ces cas-là, il faut écouter avant tout. Je montre la photo, j’explique ma démarche, et s’il y a le moindre malaise, j’efface sans hésiter. Ce n’est pas grave : l’instant vécu reste, même sans l’image. La photographie de rue, c’est une question de confiance réciproque. Quand on agit avec sincérité, tout s’apaise.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Geneviève Rouyer : La pratique, uniquement. Il n’y a pas de secret, il faut sortir, marcher, observer, déclencher, recommencer. La rue est une école vivante : elle enseigne la patience, l’humilité et le regard. Lire des livres, visiter des expositions, c’est important, mais rien ne remplace l’expérience directe. Chaque photo, réussie ou non, est une leçon. La photographie de rue se nourrit du quotidien — il suffit d’oser regarder et d’apprendre à ressentir avant de cliquer.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Geneviève Rouyer : Explorer les rues, explorer votre quotidien, votre quartier, explorer le monde, les expositions, les livres… La créativité naît de la curiosité. Il faut s’ouvrir à tout : aux lieux, aux gens, à la lumière d’un matin comme à celle d’un soir. Parfois, il suffit de changer d’angle, de marcher dans une autre rue, de regarder une scène banale avec un œil neuf. Les expositions, les films, la littérature nourrissent aussi ce regard intérieur. La photographie n’est pas qu’une affaire d’appareil, c’est un état d’esprit.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Geneviève Rouyer : Oui bien sûr… je vis uniquement à travers des projets, trouver des thèmes, faire des séries, composer et exposer, exposer… Les projets rythment ma vie. Chaque thème est une aventure, une façon de traduire une émotion ou une idée. J’aime composer des séries, raconter des histoires à travers plusieurs images qui dialoguent entre elles. Exposer, c’est partager ce regard avec d’autres, c’est aussi un aboutissement et un nouveau départ. Je me laisse guider par l’inspiration, sans plan trop rigide — la vie me propose toujours des sujets au détour d’un trottoir.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Geneviève Rouyer : Oui bien sûr, déposer des candidatures et laisser faire les opportunités de la vie, uniquement.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Geneviève Rouyer : Pourquoi dirais-je ? Pour une nouvelle aventure de vie, et cela semble très bien me convenir.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Geneviève Rouyer : Une communauté, vous êtes libre de partager. Ce que j’aime chez Street Photography France, c’est la liberté. Chacun y apporte sa vision, son expérience, sans jugement. C’est un espace d’échange où l’on apprend les uns des autres. Partager une photo, un regard, un instant, c’est aussi se relier à une famille de passionnés. On y trouve une énergie bienveillante, une envie commune de célébrer la rue et la vie.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Geneviève Rouyer : Étant donné que je suis mon intuition… je suis ouverte à toute proposition qui correspond à mon individualité. Je crois que chaque membre apporte quelque chose d’unique à la communauté. Pour moi, renforcer Street Photography France, c’est encourager les échanges, les regards croisés, les rencontres réelles autour de la passion commune. J’aime les projets collectifs, les expositions partagées, les ateliers où chacun trouve sa place. Si une idée résonne avec mon chemin personnel, je m’y engage naturellement, avec cœur.

En savoir plus sur Street Photography France

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture