Franchir la barrière invisible

Un Fujifilm X100VI autour du cou, une focale de 35 mm et la Bretagne pour terrain : Maxime Codet photographie la rue depuis deux ans. D’un naturel plutôt introverti, il bute chaque fois sur la même difficulté — s’approcher. Ce sont pourtant ces pas-là, dit-il, qui font rentrer d’une sortie le sourire aux lèvres, riche de rencontres et d’échanges.

On pose les questions à Maxime…

Maxime Codet est venu à la photographie de rue par le voyage. Pendant une dizaine d’années, l’appareil restait dans le tiroir entre deux départs ; ce sont les images de Steve McCurry et le Morocco d’Harry Gruyaert qui lui ont fait comprendre ce qu’il y cherchait vraiment — non pas l’exotisme, mais les relations entre les gens, l’humain comme partie intégrante de la composition, les jeux de couleurs et les émotions. Il a alors pris son appareil et il est simplement sorti de chez lui, en Bretagne.

Autodidacte, il a appris la photographie de rue par YouTube et les livres, puis lors d’un workshop de deux jours avec Genaro Bardy. Il travaille au Fujifilm X-T30 II avec des focales fixes de 35 et 50 mm et, depuis peu, au X100VI qu’il lui suffit de passer autour du cou pour sortir. Il aime les images pleines d’énergie et de mouvement, où l’humain se reconnaît à son geste plutôt qu’à son visage, et où une part d’ambiguïté laisse à chacun son interprétation. Alex Webb, Harry Gruyaert, Fabien Ecochard, Pierre Belhassen et Billy Dinh comptent parmi ses repères.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Maxime Codet : J’ai fait de la photographie de voyage il y a une dizaine d’années. Les voyages n’étant malheureusement pas fréquents, je laissais l’appareil dans le tiroir la majorité de l’année. Ce sont les images de Steve Mccurry et d’Harry Gruyaert (Morocco) qui m’ont permis de comprendre ce que j’aimais finalement dans les photos de voyage. Ce n’était pas simplement l’exotisme mais plutôt les relations entre les gens, l’humain comme partie intégrante de la composition, les jeux de couleurs, les émotions. J’ai donc pris l’appareil et suis simplement sorti de chez moi, en Bretagne. Ca a été le déclic et m’a permis de redécouvrir mon environnement et ses possibilités avec un oeil nouveau.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Maxime Codet : Ca fait environ 2 ans que j’ai commencé la photographie de rue.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Maxime Codet : Je n’ai aucune formation en photographie, j’ai acquis les bases avec mon premier appareil photo il y a bien 10 ans. J’ai ensuite appris la photo de rue essentiellement par Youtube (Sébastien Hirsch m’a beaucoup inspiré et donné envie de pratiquer) et les livres photo.

J’ai également suivi un workshop de 2 jours avec Genaro Bardy qui m’a permis de partager avec d’autres passionnés et d’ancrer un peu plus ma pratique dans le quotidien.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Maxime Codet : J’ai le Fujifilm XT-30 II avec des objectifs fixes de 35 et 50 mm et viens récemment de m’offrir le Fujifilm x100VI. J’ai également un appareil argentique Fujika que j’ai adoré utiliser mais plutôt pour des projets précis (vacances, famille).

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Maxime Codet : Le fujifilm x100VI va probablement devenir mon équipement préféré, j’ai juste besoin de le mettre autour du cou et de sortir. J’adore l’ergonomie des molettes et l’aspect rétro qui suscite souvent des réactions positives auprès des gens. La focale de 35 mm correspond aux photos que j’aime le plus. Je la trouve encore difficile car nécessite de se rapprocher des scènes. Comme j’ai très envie d’apprendre et de progresser, cette contrainte m’oblige progressivement à ma dépasser, à faire des rencontres, à assumer ma photographie.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Maxime Codet : Il y a les photos que j’aime regarder et celles que je fais vraiment. J’aime les photos pleines d’énergie, de mouvement, lorsque l’humain est représenté plutôt par son action que par un visage reconnaissable. J’aime quand la photo procure une certaine ambiance et de l’ambiguité laissant à chacun son interprétation.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Maxime Codet : Bien sur, beaucoup ! J’ai vraiment compris que la photographie allait me suivre longtemps quand j’ai ouvert le livre d’Alex Webb « The suffering of light » avec sa complexité et sa gestion des plans. J’aime également beaucoup l’art de la composition et des couleurs d’Harry Gruyaert.

En France, Fabien Ecochard et Pierre Belhassen sont de vraies sources d’inspiration, ils nous montrent que des photos incroyables peuvent venir du quotidien et qu’il faut apprendre à les voir.

Billy Dinh est le photographe qui m’inspire et me surprend le plus actuellement. Je suis toujours halluciné par ses images, son sens de l’atmosphère et son énergie.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Maxime Codet : En vacances en Croatie en famille je voyais ce plongeoir et les gens sauter de très loin. J’ai pu me rapprocher quelques jours plus tard avec mon appareil, il y avait une telle énergie que je suis resté sur place à tester différents angles et moments, Les plongeurs étaient enthousiastes d’être pris en photo et m’ont montré leurs plus beaux plongeons.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Maxime Codet : Le défi le plus redondant est la proximité. D’un naturel plutôt introverti je trouve difficile de s’approcher des scènes. Il y a une barrière invisible, une peur de déranger, d’interrompre, d’embêter, de ce qu’ils vont en penser. Ce sont pourtant ces situations qui mènent à des rencontres et des discussions intéressantes. C’est ce qui fait qu’on apprécie tant cette pratique et qu’on rentre d’une session avec le sourire, riche des rencontres et d’échanges.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Maxime Codet : En marchant l’appareil à la main, j’ai croisé un groupe de jeunes très stylés et cherchait intérieurement comment en faire une photo. Finalement je suis passé devant eux sans avoir l’inspiration ni le courage de déclencher. Quelques secondes plus tard, le plus stylé d’entre eux est revenu sur ses pas et m’a rattrapé en me demandant si j’étais « un vrai photographe ». Ils m’ont finalement demandé de prendre leur portrait un par un. On est tous ressorti avec le sourire, et des bons souvenirs. Comme quoi l’idée que les gens se font d’une personne avec un appareil photo en main est souvent plus positive que ce qu’on imagine.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Maxime Codet : J’ai un code éthique personnel. Je n’aime pas voir les gens dans une situation dégradante et ai encore moins envie de les photographier dans ces moments. Je préfère d’ailleurs quand les personnes sont peu identifiables.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Maxime Codet : Oui, à Marrakech. Un homme m’a interpellé pour avoir pris des photos sans avoir demandé sa permission, alors qu’il était très loin, à peine identifiable et aucunement le sujet de la photo. On a pu discuter tranquillement, avec respect. J’ai compris son point de vue et ai proposé d’effacer la photo, car je n’aimerais pas revoir une photo qui me rappelle une situation conflictuelle. Et finalement tout s’est bien passé, il m’a autorisé à prendre de nouvelles photos et j’ai appris à demander la permission.

SPF : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui débute en photographie de rue ?

Maxime Codet : Je leur dirais de toujours prendre plaisir à sortir prendre des photos, l’objectif est avant tout de passer un bon moment, même si le résultat n’est pas au rendez-vous.

Il faut s’inspirer des plus grands, et chercher dans leurs images ce qui nous plait, analyser les compositions, imaginer la façon dont ils ont pris la photo. Il faut ensuite sortir et expérimenter, puis analyser ses propres images, voir ce qui fonctionne ou non et ce qu’on aurait pu améliorer lors de la prise de vue. Il en découle des objectifs d’amélioration pour la prochaine sortie, qui permettent de progresser. Je n’en suis qu’au début de ma pratique mais je vois qu’évoluer prend du temps et qu’il faut accepter de rater encore et encore.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Maxime Codet : Je trouve que la créativité est favorisée par la contrainte. J’aime me donner une contrainte par session, comme une sorte d’échauffement. Il peut porter sur un élément de composition (lignes, formes, plans, couleurs …) ou sur un type de sujet (geste, interaction …). C’est en gardant cette idée en tête qu’on commence à la voir partout et qu’on commence à avoir des idées nouvelles.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Maxime Codet : J’ai des idées de projet mais encore rien de commencé.

Comme la photo de rue est une pratique assez solitaire et que je connais peu de monde partageant la même passion, j’aimerais entrer en contact avec des photographes de rue autour de moi, créer une émulation de groupe, voire organiser des sorties ou apéros photos (on est en Bretagne quand même !). C’est avec des groupes comme SPF qu’on peut entretenir cet intérêt et partager autour de cette passion commune.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Maxime Codet : Je me sens encore un peu jeune dans ma pratique pour envisager une exposition ou publication. Je pense que cela viendra quand je m’investirai dans un projet photographique, pour pouvoir le partager.

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