Figer une atmosphère, plutôt que la réalité. David Edery

Il photographie depuis quinze ans et arpente la rue depuis trois, venu à elle par YouTube puis par Instagram. Formé en ligne, sans avoir jamais pu aller au bout de cette formation, il travaille au Sony A7C pour sa compacité et revendique un noir et blanc très assumé, hérité d’Alan Schaller : contrastes forts, ombres profondes, silhouettes lointaines et visages à demi dissimulés. David Edery cherche moins à documenter la réalité brute qu’à figer des atmosphères, et prépare pour le printemps 2027 une exposition avec son club photo.

On pose les questions à David…

Un parapluie imprimé de monuments parisiens sous l’averse, une silhouette de dos, un béret : David Edery raconte un noir et blanc très construit, l’imprévisibilité totale de la rue, et ces passants qui l’arrêtent pour lui demander leur portrait.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

David Edery : Par youtube principalement puis les réseaux sociaux comme Instagram

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

David Edery : depuis 3 ans mais ça fait 15 ans que je fais de la photographie

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

David Edery : Oui j’ai passé une formation en ligne pour être photographe professionnelle sans jamais pouvoir aller jusqu’au bout

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

David Edery : Sony A7C avec un sony 28-60 et un Rollei 85MM et un tamron 28-300

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

David Edery : La compacité du sony A7C et son objectif 28-60 est idéal

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

David Edery : Je définirais mon style comme un croisement entre élégance intemporelle, drame visuel et mystère. Fortement inspiré par des photographes comme Alan Schaller, j’utilise un noir et blanc très assumé avec des contrastes forts et des ombres profondes pour sculpter la lumière urbaine et isoler graphiquement mes sujets. C’est une approche profondément cinématographique : en privilégiant les silhouettes lointaines, les visages partiellement dissimulés ou des éléments iconiques (un béret, un cigare, un parapluie), je cherche moins à documenter la réalité brute qu’à figer des atmosphères poétiques qui laissent une grande place à l’imagination du spectateur.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

David Edery : Je suis particulièrement inspiré par le travail d’Alan Schaller. Sa maîtrise du noir et blanc, ses contrastes profonds et sa façon d’isoler ses sujets grâce aux jeux d’ombres et à la géométrie résonnent beaucoup avec l’atmosphère que j’essaie de transmettre dans mes propres images.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

David Edery : La femme au parapluie » est l’un de mes clichés préférés, capturé sous une forte pluie. J’ai tout de suite remarqué cette passante et son parapluie illustré de monuments parisiens. L’image est à la fois un portrait, l’incarnation du Paris que l’on s’imagine, et une scène pleine de mystère grâce à sa posture et au drapé de son écharpe. C’est une photographie prise sur le vif, dans l’urgence du moment, sans que je sache vraiment ce que donnerait le résultat final

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

David Edery : Le plus grand défi est l’imprévisibilité totale. Dans la rue, on ne contrôle rien : ni la lumière, ni la météo, ni le mouvement ou les réactions des sujets. Il faut être constamment aux aguets et techniquement prêt pour capturer l’instant décisif. Une scène intéressante ou un bel alignement visuel ne dure souvent qu’une fraction de seconde avant de disparaître à jamais.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

David Edery : L’une de mes expériences les plus gratifiantes se répète d’ailleurs régulièrement : il arrive souvent que des passants m’abordent dans la rue en voyant mon appareil pour me demander un portrait. C’est toujours un plaisir de partager ce moment spontané, de les prendre en photo et de pouvoir leur envoyer le résultat ensuite via les réseaux sociaux. C’est un aspect très humain et inattendu de la photographie de rue que j’apprécie énormément.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

David Edery : Je cherche avant tout à capturer une atmosphère plutôt qu’à identifier précisément les passants. Je joue beaucoup avec les silhouettes, les ombres, les parapluies ou je photographie mes sujets de dos et de trois quarts. Cela permet de raconter une histoire et de préserver la part de mystère de la rue, tout en protégeant naturellement l’anonymat et la vie privée des personnes

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

David Edery : Non jamais

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

David Edery : Se lancer dans la photographie de rue demande autant de préparation psychologique que technique. La rue est un théâtre permanent, mais il faut apprendre à s’y fondre pour en capturer l’essence:

Simplifier son matériel

Vaincre la peur d’aborder la rue

Cultiver son œil et sa patience

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

David Edery : Pour développer se créativité, s’imposer des contraintes thématiques lors de sorties, comme se concentrer sur une seule couleur ou explorer un périmètre très restreint pour forcer notre œil à voir autrement. Ne pas hésiter à bousculer ses habitudes techniques en changeant radicalement de perspective, en photographiant sous une météo difficile pour plus de mystère, ou en jouant avec des vitesses lentes pour capturer le mouvement de la ville en s’inspirant de d’autres photographes

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

David Edery : À l’avenir, j’aimerais maîtriser l’impression de mes propres tirages afin d’être prêt à exposer mon travail si une belle opportunité se présente. Parallèlement, j’ai à cœur de continuer à tisser des liens avec d’autres photographes, car ces échanges humains et artistiques sont le meilleur moyen de continuer à faire évoluer ma pratique.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

David Edery : Oui, je prépare actuellement une exposition dans ma ville via mon club photo, prévue pour le printemps 2027. En attendant, je continue de partager régulièrement mon travail sur les réseaux sociaux. J’espère évidemment que cette belle visibilité offerte par Street Photography France créera de nouvelles opportunités pour exposer mes images, afin de dépasser le côté très éphémère des réseaux et du monde purement numérique.

En savoir plus sur Street Photography France

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture