Faire partie de la rue. Kevin Briand

Des boîtiers argentiques, des négatifs et des tirages conservés dans la maison familiale : avant de devenir une pratique, la photographie fut pour Kevin Briand un héritage à découvrir. Celui d’un père qui travaillait pour les magazines dans le Paris des années 1970. Plusieurs décennies plus tard, un Nikon F3, un 35 mm et deux pellicules périmées accompagneront Kevin lors d’un voyage en Espagne. Nous sommes à l’hiver 2019. Sa première photographie de rue marque le commencement d’un chemin qui se poursuit encore aujourd’hui.

Membre de Street Photography France, Kevin Briand ne cherche pas à enfermer son travail dans une esthétique définitive. Il préfère déambuler, expérimenter et laisser son regard se transformer au contact des villes. La lumière, les ombres, les formes et les reflets deviennent les éléments mouvants d’une écriture visuelle toujours en construction.

À Barcelone, autour du MACBA, son regard retrouve un territoire familier. Parmi les skateurs, les lignes architecturales et les corps qui occupent l’espace, quelque chose de sa propre jeunesse réapparaît : les années passées dans la rue, entre skate et BMX. La photographie ne documente plus seulement un lieu ; elle relie un présent observé à une mémoire personnelle.

Pour Kevin Briand, photographier la rue suppose aussi d’en accepter le rythme et l’incertitude. Il faut marcher longtemps, anticiper sans contrôler et apprendre à ne plus rester à distance. Presque se fondre dans le décor. Presque devenir l’un de ses éléments. Puis rentrer le soir, parfois sans image, parfois avec une photographie qui justifie à elle seule plusieurs heures de marche.

On pose les questions à Kevin…

Dans cette interview, Kevin partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Kevin Briand : J’ai découvert la photographie grâce à mon père, qui travaillait notamment comme photographe freelance pour des magazines dans le Paris des années 70. En retrouvant ses boîtiers argentiques, ses nombreux négatifs et ses tirages, j’ai découvert tout un héritage photographique. C’est ensuite en feuilletant quelques livres que je me suis tourné vers la photographie de rue.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Kevin Briand : Après quelques recherches, j’ai retrouvé que ma première photographie de rue datait de l’hiver 2019, pendant les fêtes de Noël, lors d’un voyage en Espagne avec ma mère. J’avais emporté avec moi un Nikon F3, un objectif 35 mm et deux pellicules périmées retrouvées chez mon père. Ce premier contact a été une révélation, et cela fait maintenant environ 7 ans que je pratique.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Kevin Briand : J’ai suivi une formation à l’école Studio-M à Montpellier de 2022 à 2024, où j’ai obtenu un diplôme de Praticien Photographe. Cette formation m’a permis de développer mes connaissances techniques, ma culture photographique ainsi que mon ouverture vers d’autres formes artistiques.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue ?

Kevin Briand : J’utilise principalement un Ricoh GR IIIx ainsi qu’un Nikon Zf équipé d’un 40 mm ou d’un 28 mm pour la photographie numérique. En argentique, j’utilise un Nikon F3 et un Nikon F100, accompagnés de plusieurs objectifs qui me permettent d’expérimenter différentes approches. Je m’essaie aussi en ce moment à la photographie au flash.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Kevin Briand : En ce moment, je ne peux pas me passer du Ricoh GR IIIx. Sa discrétion et la polyvalence de son objectif 40 mm en font un compagnon idéal. J’utilise malheureusement moins souvent mes boîtiers argentiques que je le souhaiterais, notamment à cause de la hausse du prix des pellicules et du nombre limité de prises de vue. Je préfère donc les réserver à d’autres projets.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Kevin Briand : Je ne pense pas avoir un style de photographie de rue définitivement ancré. J’aime avant tout expérimenter, explorer différentes approches et déambuler dans les rues en laissant mon regard évoluer avec le temps. Je reste tout de même particulièrement attiré par les jeux de lumière et d’ombre, les formes, les réflexions, les ambiances et les scènes du quotidien.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Kevin Briand : Bien sûr. J’ai toujours été très inspiré par le travail de grands maîtres incontournables tels que Saul Leiter, Ernst Haas, Daido Moriyama, Harry Gruyaert et bien d’autres.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photographies de rue préférées et raconter son histoire ?

Kevin Briand : C’est une photo prise à Barcelone, autour du célèbre spot de skate du MACBA. J’ai été attiré par la composition et la manière dont les différents éléments et les personnes occupaient l’espace. Pour moi, cette image représente une rencontre entre le skate, l’architecture et les personnes qui font vivre ce lieu emblématique. Elle fait aussi écho à ma propre jeunesse passée dans la rue, entre skate et BMX, et à cette culture urbaine qui influence encore aujourd’hui ma manière de regarder et de photographier la ville.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Kevin Briand : La photographie de rue demande de savoir anticiper et saisir l’instant, mais aussi de savoir se fondre dans son environnement, presque de faire partie de la rue plutôt que de simplement l’observer. Humainement, il faut dépasser l’appréhension de photographier des inconnus de près et accepter les rares refus ou confrontations. Au final, c’est un équilibre entre patience, instinct et la capacité d’être au bon endroit au bon moment.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue en pratiquant la photographie de rue ?

Kevin Briand : Je n’ai pas vraiment d’expérience spectaculaire à raconter. Pour moi, une journée parfaite, c’est simplement rentrer chez soi après plusieurs heures de marche avec une ou plusieurs bonnes photos. Ça n’arrive pas à chaque sortie, loin de là, et c’est aussi ce qui me plaît dans la photographie de rue : ne jamais vraiment savoir ce que l’on va trouver ni ce que l’on ramènera le soir.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Kevin Briand : Même si la rue est un espace public, il est important de rester attentif à la manière dont on représente les autres. Je privilégie alors les images qui racontent une situation, une ambiance ou bien une émotion.

SPF : Avez-vous déjà rencontré des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Kevin Briand : J’ai déjà rencontré quelques situations délicates, mais elles se sont généralement réglées avec le dialogue, notamment lors de certaines manifestations. Ces expériences m’ont appris l’importance du respect et de savoir prendre du recul lorsque c’est nécessaire.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Kevin Briand : Je conseillerais avant tout de sortir régulièrement et d’observer. La photographie de rue demande de la patience et de la curiosité. Il ne faut pas trop se focaliser sur le matériel : la technique est importante, mais elle passe bien après la pratique. C’est surtout l’expérience qui permet de développer sa propre vision. Et bien sûr, une bonne paire de chaussures !

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Kevin Briand : Pour développer sa créativité, je pense qu’il faut avant tout expérimenter. Tester de nouveaux cadrages, jouer avec la lumière, les couleurs, le mouvement, ou encore s’inspirer d’autres formes artistiques permet de faire évoluer son regard. Lire les livres d’autres photographes et aller voir des expositions sont également de bonnes sources d’inspiration.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Kevin Briand : Plusieurs projets sont actuellement en cours de réflexion et de construction, notamment autour de séries photographiques et d’expositions.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou à des publications prochainement ?

Kevin Briand : Comme évoqué précédemment, plusieurs projets sont actuellement en préparation, notamment autour d’expositions, de publications et de nouvelles séries photographiques. Je préfère pour le moment laisser ces projets mûrir. Je souhaite également être plus présent sur les réseaux sociaux et renforcer mon identité artistique.