Eva Desmaris, Entre Contrastes & Émotions
On pose les questions à Eva…
Dans cette interview, Eva Desmaris partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Eva Desmaris : J’ai découvert la photographie de rue en revenant à la photographie après une longue pause. J’ai toujours aimé capturer des moments spontanés, mais c’est en voyant le travail de photographes comme Betty Goh et Siegfried Hansen que j’ai réalisé à quel point la photographie de rue pouvait être fascinante.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Eva Desmaris : Cela fait quelques années maintenant que je me consacre activement à la photographie de rue.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Eva Desmaris : Je suis autodidacte, mais je suis constamment en train d’apprendre et d’expérimenter. J’ai aussi eu l’occasion d’assister à un atelier avec Siegfried Hansen à Vienne, ce qui a ouvert de nouvelles perspectives pour moi.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Eva Desmaris : J’utilise un Leica Q2 et un Canon AE1.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Eva Desmaris : Mon Leica Q2 avec un objectif 28 mm, ce qui me permet d’être proche de mon sujet, de le transporter facilement et, ce qui est amusant, comme il s’agit du modèle Ghost en gris, les gens viennent souvent me voir pour me demander de quel appareil il s’agit. Cela me permet ainsi d’entrer facilement en contact. J’aime travailler avec cet appareil léger et discret, qui me permet de capturer l’instant sans être trop intrusive.
Dernièrement, j’ai repris mon appareil argentique Canon AE-1. Comme je n’ai pas encore terminé la pellicule, je ne peux pas encore parler du résultat !
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Eva Desmaris : Je suis attirée par le noir et blanc, qui, je pense, renforce l’impact émotionnel de mes images et met en valeur les jeux de lumière et les silhouettes. J’essaie de jouer sur les contrastes pour créer une atmosphère forte et évocatrice. En parallèle, j’explore de plus en plus le portrait, ajoutant une dimension humaine à mon travail, avec des images qui capturent l’essence et l’émotion de mes sujets.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Eva Desmaris : Oui, plusieurs ! Siegfried Hansen, Meryl Meisler, Elfriede Mejchar et Betty Goh ont été des inspirations majeures pour moi, tout comme d’autres photographes que j’ai découverts à travers des échanges avec des amis passionnés.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Eva Desmaris : Il s’agit de la photo (DesmarisEva1) que j’ai prise à Vienne et qui est finaliste pour l’exposition Brazil par Women Street Photographers. C’était une journée particulière, un après-midi d’automne. Il y avait une jolie lumière chaude, de belles ombres sur le mur qui sépare le Ring de la Hofburg, avec la rencontre de deux ombres, comme si elles étaient en communication. J’ai été très touchée par ce jeu de lumière et d’ombre. Il fallait que je capture cette image, qu’elle raconte son histoire.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontée en pratiquant la photographie de rue ?
Eva Desmaris : L’un des plus grands défis est d’oser se rapprocher des scènes et des sujets sans perturber l’instant. Il y a aussi la gestion des regards des passants et le respect de l’intimité des personnes dans l’espace public.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Eva Desmaris : Une expérience mémorable que j’ai vécue en photographie de rue a été lors de l’exposition Monochrome à Milan, organisée par la galerie The StreetSoup Milano. Avec d’autres photographes, nous avons passé une journée entière à arpenter la ville, à photographier son atmosphère unique, mais aussi à aller à la rencontre des gens.
Ce n’était pas seulement une sortie photo, mais un véritable moment d’échange et de complicité. Nous avons discuté de nos approches, partagé nos visions et osé interagir avec les passants pour mieux comprendre leurs histoires. Cette expérience a renforcé mon amour pour la photographie de rue et m’a rappelé à quel point elle peut être un puissant vecteur de connexion, autant entre photographes qu’avec ceux que nous capturons.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Eva Desmaris : Je fais très attention à respecter la dignité et l’intimité des personnes que je photographie. J’essaie d’adopter une approche respectueuse en privilégiant des silhouettes, des jeux d’ombres et des compositions où l’individu s’intègre dans la scène sans être directement identifiable.
Si une personne me remarque et semble gênée, je n’hésite pas à lui expliquer ma démarche ou, si nécessaire, à ne pas utiliser la photo. Mon objectif n’est pas de voler des instants, mais de capturer l’essence de la rue tout en respectant ceux qui y évoluent. Je pense que l’éthique en photographie de rue repose sur un équilibre entre liberté artistique et respect des sujets. Chaque situation est unique, et il est essentiel d’adopter une attitude bienveillante et consciente de l’impact que nos images peuvent avoir.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Eva Desmaris : Il m’est arrivé que des personnes me regardent avec interrogation après avoir pris une photo. Dans ces cas, je leur souris et si besoin, j’explique que je fais un projet artistique. Jusqu’à présent, cela a toujours bien fonctionné.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Eva Desmaris : Osez sortir avec votre appareil photo le plus souvent, entraînez-vous à observer et à anticiper les scènes. La patience et la discrétion sont essentielles. Et surtout, amusez-vous !
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Eva Desmaris : Essayez de voir la ville différemment : jouez avec les reflets, les ombres, les lignes. Et inspirez-vous des maîtres de la photographie de rue, mais aussi d’autres formes d’art comme la peinture ou le cinéma.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Eva Desmaris : Oui ! Je viens de lancer Women in Street Vienna (WISV), une communauté pour les femmes passionnées de street photography à Vienne. Mon objectif est d’organiser des événements et des rencontres pour partager notre passion.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Eva Desmaris : Je suis finaliste pour l’exposition Brazil organisée par Women Street Photographer et mon travail sera présenté au Mexico Street Photofest.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Eva Desmaris : J’ai découvert la communauté via des échanges sur les réseaux sociaux et j’ai trouvé intéressant de partager ma vision avec d’autres passionnés.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Eva Desmaris : L’échange, l’inspiration et la possibilité de découvrir des approches différentes de la photographie de rue.
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Eva Desmaris : Pourquoi ne pas organiser des rencontres ou des collaborations entre différentes communautés de street photography à travers l’Europe ?

