Êtres de passages – Quand le flou s’invite dans l’histoire

Dans un monde pressé, uniforme, saturé d’images nettes, Vincent Delcourt choisit le flou. Ses photographies transforment la rue et ses passants en silhouettes mouvantes, traces éphémères d’une mémoire en devenir. Ici, l’instant n’est plus figé : il se dilate, se brouille, devient fiction. Êtres de passages est une invitation à ralentir, à contempler et à rêver.

Réalité

A mes yeux, le monde s’uniformise, la vie n’est plus qu’un standard. Je la trouve violente, elle accorde de moins en moins de place, de temps à la contemplation, à la nuance et au rêve. Aller plus vite, être à la mode, être manichéen et consommer toujours plus deviennent des maîtres mots.
J’aime à penser que mes images proposent une respiration, un temps mort dans le fleuve tumultueux de la vie laissant au spectateur la liberté de se raconter sa propre histoire.

Histoire

Le mouvement des gens dans la rue, les visages, un arbre, un point de vue, sur les routes et chemins, n’importe où d’ailleurs, sont des sujets qui m’ont toujours animés. J’aime l’anodin, l’instantané, l’imprévu, le saugrenu, le naturel, finalement tout ce que l’on peut trouver dans la rue pour peu que nous soyons patients et tenaces. J’ai traversé une période pendant laquelle je me suis senti un peu las de ces sujets et à la fois je voulais continuer d’y chercher de nouvelles images. Je m’astreignais donc à sortir mais sans réelle satisfaction et sans y mettre du sens.

Le temps a fait son œuvre, l’observation du travail d’autres photographes aussi.
Peut-être voulais-je transformer plus que reproduire à l’identique ? Même si le noir et blanc en est une première étape et peut déjà changer la lecture d’une une scène, cela ne me suffisait plus, je voulais proposer une toute autre histoire.

Il y a eu ce jour.

En me promenant avec une amie le long d’une rivière, j’ai vu cet homme arriver en face de nous à quelques mètres. Tout s’est passé très vite, l’homme s’est tourné vers la rive et j’ai déclenché sans regarder, sans réfléchir tout en continuant ma route. Une fraction de seconde où juste l’oeil et l’instinct ont parlé.
Cette première photo m’a ouvert une porte vers un autre regard.
Un regard me permettant de glisser un filtre, une mise à distance entre ce que me renvoie notre monde et mon objectif. Je le vois aussi comme une façon de jouer avec le quotidien, le banal en le « vaporisant », en étirant les mouvements des gens, comme une trace de leur passé immédiat.

Un nouveau regard permettant de changer le scénario, d’inventer des personnages, de passer d’une réalité à une fiction.

A partir d’une photo où le hasard avait joué son rôle, il fallait que j’arrive à maitriser une techniques me permettant de retrouver ces effets de flou, d’étirements des lignes, de déformations, de mouvements tout en conservant une lisibilité dans l’image. De plus, à l’heure de l’intelligence artificielle il était pour moi essentiel de réaliser ces effets à la prise de vue. Le challenge et l’investissement physique vers ce nouveau style étaient grisants.
J’ai par la suite expérimenté dans plusieurs villes et particulièrement à Istanbul. Petit à petit, j’affinai mes réglages. Tout en cherchant du mouvement, parfois une interaction dans le regard des gens, je testai différentes distances, angles, postures et par dessus tout, je lâchai prise !

En quête d’une autre narration, je débutai enfin une nouvelle série.

Vincent Delcourt

Membre de Street Photography France

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