C’est quand la lumière disparaît que je me sens le plus créatif. Killian Roger
Killian Roger a découvert la photographie de rue naturellement, en touchant à tout au début de son expérience photographique. Il avait acheté son appareil fin 2022 pour photographier les orages, une passion d’enfance, mais c’est fin 2023 qu’il a compris que la rue l’attirait particulièrement. Entièrement autodidacte, il travaille surtout au Sigma Art 35 mm f1.4, qui lui permet de tout faire avec une seule focale. Son style s’est imposé très vite : il n’aime pas photographier en pleine journée sous un soleil lumineux, et c’est quand la lumière disparaît qu’il se sent le plus créatif — d’où des images sombres et atmosphériques.
On pose les questions à Killian…
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Killian Roger : Je l’ai découverte naturellement. C’est en touchant à tout au début de mon expérience photographique que j’ai découvert mon intérêt pour la photo de rue.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Killian Roger : Depuis 2 ans maintenant. J’ai acheté mon appareil fin 2022, dans l’optique de commencer en 2023, dans un premier lieu pour photographier les orages, une passion d’enfance, mais aussi pour la photo en général. Cependant, c’est fin 2023 que j’ai réellement compris que la photographie de rue était un thème qui m’attirait particulièrement.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Killian Roger : Je suis entièrement autodidacte. Je me suis documenté sur la technique en regardant des vidéos, et j’ai ensuite expérimenté moi-même, en me faisant ma propre expérience.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Killian Roger : Pour me lancer dans la photo, j’ai choisi ce bon vieux Nikon D7500, pour me faire la main et découvrir la photo avec ma foi un bon boitier pour débuter. Je l’ai eu avec un 18-140mm assez polyvalent pour pouvoir toucher à tout. Cependant, j’ai commencé à être intéressé par les focales fixes, une fois que mon style se tournait de plus en plus vers la photo urbaine. J’ai rapidement mis la main sur un 50mm et un 35mm tout deux d’occasion, afin de pouvoir expérimenter plus aisément avec les compositions, avec une ouverture confortable d’1.8.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Killian Roger : Aujourd’hui, mon objectif préféré, et celui que j’utilise le plus est sans doute le Sigma Art 35mm f1.4 (équivalent 50mm sur mon boitier), qui me permet de réaliser des clichés originaux en jouant avec l’ouverture. J’adore cet objectif, il est costaud, et me permet de faire à peu près tout ce que je veux avec une seule focale.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Killian Roger : Dès que j’ai commencé la photo de rue, je me suis tout de suite rendu compte que mon style était particulier. Je n’aimais pas réaliser mes clichés en pleine journée, sous un soleil lumineux. En pleine journée, je manquais d’inspiration. En réalité, c’est quand la lumière disparaît que je me sentais le plus créatif. La plupart de mes clichés jouent sur une ambiance assez sombre et atmosphérique. Je n’arrivais pas au début à mettre de mots sur ce style, jusqu’au jour où les gens ont commencé à me dire « eh mais ta photo, on dirait un film ». Bingo, c’est là que j’ai compris le lien entre mes photos. C’est en réalité un style cinématographique. Sombre, mais parfois coloré, en jouant avec les lumières artificielles, les reflets, les petits objets du quotidien qui passent inaperçu la journée.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Killian Roger : Je n’ai pas vraiment de référence photographique, étant donné mon expérience encore fraîche dans le domaine. Malgré tout, il m’est arrivé de croiser des œuvres qui m’ont laissé forte impression. Un après-midi, alors que je cherchais un bouquin à lire à la bibliothèque universitaire, il y avait une petite section photographie. Je me suis emparé d’un livre photo de Vivian Maier, et j’ai été très inspiré par ses clichés. Il y avait ce « truc » subtil, rafraîchissant et particulier qu’on n’arrive pas à décrire dans ses photos, chaque page racontait une histoire implicite, avait une narration visuelle. Plus tard, j’ai aussi découvert l’ouvrage « After Dark » de Liam Wong. J’ai tout de suite été attiré par son style et ses couleurs cinématographiques que j’affectionne.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Killian Roger : Une fois que j’ai commencé à explorer la photo de rue davantage, je me suis encore rendu compte de toute la variété de style que l’on peut explorer. Même dans un style cinématographique, il y a plein de choses différentes à faire. Des similitudes particulières ont commencé à émerger dans mes clichés. La relation entre le lieu et les personnes. J’ai remarqué que j’aimais beaucoup prendre en photo des lieux du quotidien, mais dépourvus de personnes. Des détails, des objets du quotidien, des lieux inintéressants au premier abord. Mais ces lieux prennent une atmosphère très particulière dans certaines conditions. Quand les lieux du quotidien sont vidés de leur présence, il ne reste que le lieu et le spectateur. Mais certains éléments peuvent encore évoquer la présence humaine. Ici, le sujet est cette allée sombre, alors qu’on peut apercevoir vaguement des gens vacants à leur occupation. D’habitude, le sujet est l’humain, et le lieu, le décor… Mais ici, le lieu devient une personne, et les personnes, le décor. C’est l’essence des lieux du quotidien que j’aime capturer. Je n’aime d’ailleurs pas trop prendre en photo la rue quand il y a trop de monde. Je préfère donner la parole au lieu en lui-même pour voir ce qu’il a à raconter au spectateur.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Killian Roger : Je n’ai pas rencontré pour l’instant de défis majeurs. Je prends juste mon appareil photo, et je m’éclate.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Killian Roger : Un de mes meilleurs souvenirs est probablement une session photo nocturne à Édimbourg, quand nous étions en voyage universitaire en début d’année 2024. Nous étions dans un pub, le soir, à boire quelques coups. Mais la seule idée que j’avais en tête, c’était profiter de l’averse qui venait d’avoir lieu pour sortir et me balader dans les rues de nuit. Alors que je voyais les verres défiler, j’ai préféré investir mes forces restantes de la soirée pour sortir prendre des photos. Mes amis n’ont pas été surpris, ils me connaissent, et savent que je m’en serais voulu si jamais je n’étais pas sorti profiter de l’occasion. J’ai donc pris mon appareil, et je me suis baladé seul dans les rues d’Édimbourg, et j’ai laissé l’objectif parler. La pluie de la soirée avait rendu le cadre exceptionnel, créant tout un tas de reflets et d’opportunités photographiques. Il y avait plein d’histoires à raconter.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Killian Roger : Ça m’arrive de prendre en photo des gens, mais je n’ai pas encore le cran de les photographier de face. Donc en général, soit je prends en photo les gens de dos, soit plus simplement, il n’y a personne. Cette gêne, je la vois comme une qualité qui peut renforcer ma démarche photographique. Je suis plus à l’aise quand il n’y a pas beaucoup de gens sur la photo.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Killian Roger : Pour l’instant, je n’ai eu aucune situation particulière ou délicate à gérer. Peut-être une fois, en guise d’anecdote, mon œil était attiré par une galerie commerciale ouverte complètement vide, alors qu’il était 22h. Une personne était vraisemblablement en train de ranger du matériel à proximité. Je suis resté devant la galerie un moment, me demandant si celle-ci allait bientôt fermer le rideau métallique. La personne à côté m’a dit qu’on n’avait pas le droit de prendre de photo de l’intérieur, mais moi, je ne voyais aucune indication me prouvant le contraire. J’ai donc tenté un petit cliché de l’entrée, puis je suis parti. Plus tard, je suis repassé dans cette rue, et j’ai vu qu’une voiture de police était stationnée devant l’entrée de la galerie. J’ai repensé à la photo que j’avais prise. L’idée qu’ils étaient là pour moi m’a traversé l’esprit une seconde. Finalement, j’ai trouvé la situation assez ironique. J’ai ri intérieurement, et j’ai poursuivi ma balade photographique.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Killian Roger : Puis-je me considérer comme un non-débutant ? J’estime avoir encore tout à apprendre. Après tout, mon expérience est encore toute fraîche, je n’ai pas encore le recul pour pouvoir prodiguer des conseils. Malgré tout, si j’essayais de me projeter, je dirais surement un truc du genre « Arrête de regarder tout le temps dans l’objectif, et regarde avec les yeux et le cœur. C’est parce que tu as vu quelque chose qui a retenu ton attention que tu regardes ensuite dans l’objectif. Si ce que tu vois te fais ressentir quelque chose, prends-le. Si l’image a du sens pour toi, c’est que c’est réussi. La photo c’est une expérience avant tout personnelle. On en fait pour s’amuser, pour s’exprimer. Il ne faut pas perdre cela de vue. Prends la photo d’abord pour toi. Si les autres aiment ta photo, tant mieux. » Évidemment, c’est toujours utile de regarder des vidéos ou lire des bouquins sur la technique. Mais une fois les bases techniques, n’hésitez pas à acheter des bouquins photos, de regarder ce que les autres font, d’explorer les comptes Instagram qui font de la photo de rue. Plus vous regarderez de photos, plus vous développerez votre inspiration.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Killian Roger : Je pense que la créativité vient souvent en s’accordant le temps d’observer et de ressentir ce qui nous entoure. C’est souvent dans ces moments que l’on trouve l’inspiration, quand on s’immerge dans une atmosphère particulière ou qu’on découvre un détail caché dans la banalité du quotidien. Écouter de la musique, par exemple, peut vraiment m’aider à entrer dans un état d’esprit créatif. Cela me permet de me déconnecter du reste et de m’immerger dans l’instant. Je crois qu’il ne faut pas s’enfermer dans des objectifs prédéfinis. En général, je me laisse porter par le hasard et laisse l’environnement guider mes photos. En réalité, je ne sors pas souvent prendre des photos. Mais quand je le fais, c’est vraiment car j’en ai envie. Il ne faut pas s’enfermer dans une routine. Varier les angles, jouer avec la lumière, les ombres, ou intégrer des éléments du décor qui semblent anodins mais qui révèlent une esthétique quand on les regarde sous un autre angle. C’est dans ces détails que la créativité peut se développer. Soyez créatif avec ce qui vous inspire personnellement.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Killian Roger : Mon principal projet est de continuer à m’amuser, de continuer à explorer et à renforcer mon œil photographique. Je pense que c’est un bon projet.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Killian Roger : Je serais sûrement présent à l’exposition annuelle de mon club photo « La Focale » à Soultz-Haut-Rhin, où vous pourrez certainement voir quelques-uns de mes clichés. Aussi, je développe actuellement un projet d’exposition photographique, dans le cadre d’un projet universitaire en management de projet. Une expo photo, n’est-ce pas un chouette sujet pour réaliser un projet ? Cette exposition se déroulera certainement en 2025, à Mulhouse. Plus d’infos prochainement.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Killian Roger : J’ai rejoint SPF car je voulais me rapprocher de personnes partageant cette passion pour la photo de rue. Certains membres de mon club photo m’ont parlé justement de SPF, et je connaissais déjà de nom, les ayant vu sur Instagram. Finalement, j’ai décidé de franchir le cap, pour partager ma passion et pour échanger avec d’autres passionnés, et aussi pour découvrir leurs œuvres.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Killian Roger : C’est toujours enrichissant de voir le travail d’autres collègues photographes, et de pouvoir échanger avec eux. Également pour recevoir des retours constructifs et bienveillants sur son travail.
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Killian Roger : Étant encore relativement nouveau dans la communauté, je n’ai pas encore le recul nécessaire pour proposer des innovations. Mais soyez sûr que je n’hésiterai pas à en faire part si jamais il me vient des idées intéressantes !

