Entre instinct et observation : l’univers photographique d’Oliver Gaillard

Graphiste et photographe, Oliver Gaillard découvre la photographie de rue presque par hasard, avant d’en faire un véritable moyen d’expression. Depuis 2007, il explore la ville avec curiosité et sensibilité, cherchant à capter l’émotion du quotidien et la beauté des gestes simples. Pour lui, la rue est un espace vivant, parfois brut, mais toujours profondément humain.
Son approche mêle observation, spontanéité et recherche esthétique. Membre de Street Photography France, il partage avec le collectif une même envie : montrer la réalité urbaine dans toute sa complexité, entre lumière, mouvement et rencontres inattendues.

On pose les questions à Oliver …

Dans cette interview, Oliver Gaillard partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Oliver Gaillard : Pendant mes études en design graphique et conception 3D, j’ai acheté mon premier reflex, un Canon 400D, d’abord pour créer mes propres textures pour mes projets. Puis je me suis mis à prendre des photos dans la rue sans trop savoir ce que je faisais. Un jour, en montrant mes images à un ami des Beaux-Arts de Grenoble, il m’a dit : “Mais Oliver, tu fais de la photo de rue !”

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Oliver Gaillard : Depuis 2007, avec des pauses et des reprises au fil du temps. Récemment, après une rupture difficile, j’ai décidé de m’y investir davantage. La photographie de rue est, à certains égards, devenue une forme de thérapie pour moi.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Oliver Gaillard : Un peu les deux. J’ai commencé la photographie en autodidacte. Par la suite, aux Beaux-Arts de Marseille où j’ai étudié, j’ai suivi les cours de Jean-Louis Garnell et de Brice Matthieussent, qui ont affiné mon regard. Plus tard, au Canada, j’ai travaillé plusieurs années comme photographe et créateur de contenu multimédia, en explorant des domaines variés : corporatif, concerts, photographie de produit et portrait en studio.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Oliver Gaillard : J’utilise principalement un Sony A7IV, avec deux optiques selon mon humeur. Quand j’ai l’énergie d’aller vers les gens, j’opte pour un Sigma 18-50 mm f/2.8 APS-C. Et les jours où je n’ai pas cette énergie, je préfère mon Sony 24-240 mm f/3.5-6.3 plein format. Il m’arrive aussi d’utiliser des appareils argentiques : un Minolta Maxxum 7000, et plus récemment un Canon T50. Quand je n’ai pas d’appareil avec moi, j’utilise mon iPhone.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Oliver Gaillard : Clairement, mon Sony A7IV. C’est un vrai bijou de technologie : rapide, versatile et doté d’une excellente autonomie. Tout ce qu’il me faut pour passer une journée entière à arpenter les rues et faire face à toutes sortes de situations.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Oliver Gaillard : À mon avis, un style est sujet à évolution. Donc je dirai que mon style en ce moment se situe entre observation et instinct. J’aime saisir des instants où la rue laisse apparaître une émotion, un geste, un regard, une lumière, une présence humaine. Qu’il soit en couleur ou en noir et blanc, chaque cadrage est pour moi une manière d’équilibrer le hasard et la composition, en laissant au sujet et à l’espace toute leur liberté. Selon l’humeur, je peux être chasseur ou pêcheur : parfois je capture l’instant sur le vif, parfois j’attends patiemment que la scène se crée d’elle-même. Mon objectif reste toujours le même : révéler la sensibilité et l’humanité qui se cachent dans la rue et les espaces publics.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Oliver Gaillard : Oui et il y en a beaucoup, et c’est assez varié. Mais en ce moment, je passe beaucoup de temps à observer le travail de João Cabral, Alan Schaller, Eduardo Ortiz, Todd Hido, Khaled Mechri, Ali El Madani et Gustavo Minas. Les cinéastes peuvent m’inspirer également. Je pense à Robert Frank, William Klein, Johan Van Der Keuken, Leos Carax, Wong Kar Wai ou encore Wes Anderson.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Oliver Gaillard : Je me promenais dans la médina de Rabat lorsque mon regard a été attiré par un mur bleu éclatant. Devant, se tenaient deux femmes : l’une, vêtue de rouge, portait un seau bleu, l’autre tenait un immense plateau. Je n’ai pas pu résister à la scène et j’ai pris une photo. Mais elles m’ont aperçu, visiblement mécontentes. Je me suis alors approché d’elles pour m’excuser et leur dire que j’allais l’effacer. Elles m’ont demandé de voir la photo. Je la leur ai aussitôt montrée et, soudain, leurs visages se sont illuminés. Elles ont éclaté de rire et m’ont finalement autorisé à garder la photo.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Oliver Gaillard : Mon principal défi est de passer inaperçu car ce que j’aime le plus est de saisir la spontanéité des gens. Mon appareil est assez imposant, surtout lorsque j’utilise le téléobjectif. Alors je fais en sorte qu’on ne me remarque pas. Mais parfois, un regard direct vers l’objectif apporte une autre dimension, une forme de connexion qui peut enrichir la photo.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Oliver Gaillard : Un jour en 2007, je me baladais dans la médina de Marrakech avec mon appareil photo, j’ai fait la rencontre d’un homme d’une soixantaine d’années. Très vite, le courant est passé entre nous, et il m’a invité chez lui pour partager un thé. J’y ai rencontré sa famille, qui m’a ensuite proposé de rester dîner, ce que j’ai accepté avec plaisir. Au fil de la conversation, il m’a raconté sa vie. Il m’a notamment confié avoir travaillé autrefois dans la production de haschich, dans les montagnes du Rif. Puis, à un moment, il m’a affirmé avoir côtoyé Jimi Hendrix, ce que j’ai d’abord eu du mal à croire. Mais, contre toute attente, il m’a sorti une superbe photo noir et blanc de lui aux côtés du guitariste. En tant que fan, j’étais subjugué.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Oliver Gaillard : J’évite, par exemple, de photographier des personnes à leur domicile, à travers une fenêtre par exemple, ou dans une posture qui ne les mettrait pas à leur avantage. Bien sûr, si on me demande d’effacer une photo, je le fais sans poser de question. Et si je sens qu’une personne ne veut pas être prise en photo, je m’abstiens.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Oliver Gaillard : Une seule fois, à Vancouver, en pleine journée alors que je prenais des photos dans le quartier chinois, près de Hastings Street. Un homme visiblement très alcoolisé (ou peut-être drogué) a commencé à s’en prendre physiquement à moi. Il cherchait à m’arracher l’appareil des mains. Il exigeait que j’efface les photos de lui que j’aurais prises, sauf que je ne l’avais même pas photographié. En fait, j’ai compris que le simple fait d’avoir mon appareil photo en main le mettait en colère. Heureusement, un de ses amis présent, un peu plus lucide, a réussi à le calmer, et j’ai pu reprendre mon chemin. Sur le coup j’étais un peu sous le choc, j’ai rangé mon appareil et suis parti dans un autre quartier plus calme pour souffler un coup.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Oliver Gaillard : Sortez, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, et prenez des photos ! Et surtout, prenez du plaisir à le faire !

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Oliver Gaillard : Je dirai la même chose que la question précédente. Aujourd’hui, grâce à des plateformes comme YouTube, on trouve énormément de photographes/influenceurs qui partagent leurs techniques photographiques, et je trouve ça vraiment bien pour développer sa créativité. Et bien sûr, les clubs de photographie où l’on peut confronter son travail aux regards des autres photographes.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Oliver Gaillard : J’aimerais travailler un jour sur des projets avec une dimension plus documentaire et, éventuellement, avoir l’opportunité de les exposer.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Oliver Gaillard : Pas du tout.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Oliver Gaillard : J’ai découvert SPF sur Instagram, et j’ai tout de suite accroché à la qualité du contenu et à l’esprit du collectif. Ça m’a donné envie de devenir membre.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Oliver Gaillard : Cette communauté permet de rencontrer d’autres photographes et de découvrir leur travail, leurs approches, ce qui est toujours une belle source d’inspiration. Les articles et reportages publiés par SPF sont aussi pour moi un excellent moyen d’enrichir ma réflexion sur la photographie de rue. J’ai vu que des rencontres étaient organisées, mais je n’ai pas encore eu l’occasion d’y participer. Je trouve que c’est un vrai plus : échanger et confronter son travail au regard d’autres photographes peut ouvrir de belles perspectives d’évolution.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Oliver Gaillard : Aucun pour le moment, mais si je pense à quelque chose, je vous en ferai part avec plaisir.

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