Donner de la vie à la scène — Amina Hadef

Amina Hadef a découvert la photographie de rue il y a quelques mois à peine, à Londres d’abord, puis dans les rues de Paris avec son premier boîtier. Elle a commencé par l’architecture, la nature et les gens de dos, avant d’oser le profil, puis le face-à-face. Autodidacte — des vidéos, des livres, une pratique quotidienne —, elle fait des centaines d’images par semaine et n’en garde que très peu. Ce qui l’occupe aujourd’hui n’est pas le matériel : c’est une question, celle d’empêcher une photographie du quotidien de n’être qu’un instantané. Sa réponse se cherche du côté du contraste, des ombres et de la lumière, et d’un récit à faire tenir dans le cadre.

On pose les questions à Amina…

Amina Hadef photographie depuis avril 2026. Tout est parti d’une promenade à Londres, près de Westminster : des touristes, des appareils en bandoulière, une atmosphère qui lui plaît. Le même jour, à Covent Garden, elle pousse la porte de la Fujifilm House of Photography et repère un X-T30 III. Elle ressort sans l’acheter, se donne quelques jours pour changer d’avis, et ne change pas d’avis. L’appareil arrive avec son zoom de kit ; les rues de Paris suivent dans la foulée, parce que la photographie de rue est, dit-elle, accessible à tout le monde.

Depuis, elle avance par essais : un 56 mm qui l’oblige à se déplacer au lieu de zoomer, un grand-angle qu’elle a longtemps cru réservé au paysage et qu’elle apprend à aimer, un téléobjectif emporté au cas où. Elle photographie les gestes, les passants, les plantes, plus rarement l’architecture seule. Elle s’interdit les enfants, les personnes en difficulté, tout ce qui relèverait de l’intrusion. Et elle regarde beaucoup : des photolivres — Gordon Parks, bientôt Vivian Maier —, des peintures au musée, une exposition au Tate Modern dont elle a retenu Lang Jingshan.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Amina Hadef : J’ai découvert le monde de la photographie il y a de cela quelques mois. Je me baladais à Londres, près de Westminster, et je voyais tous ces touristes avec leurs appareils autour du cou, ou en bandoulière, et j’ai vraiment aimé la vibe que cela dégageait. L’idée m’est restée en tête et puis le même jour, tout en me baladant à Covent Garden, je suis tombée sur le magasin Fujifilm (Fujifilm House of Photography). J’ai tout de suite ’flashé’ sur le XT30 III. J’ai hésité entre celui-ci et le XT50 mais j’ai décidé d’opter pour le XT30 III. Voulant me donner plus de temps pour y réfléchir, à contrecœur, je n’ai pas acheté l’appareil en magasin et j’ai attendu quelques jours pour voir si j’allais changer d’avis. Voyant que mon enthousiasme pour cet appareil n’avait pas diminué j’ai décidé de m’acheter cet appareil avec le kit’s lens (Fujinon XC 13-33mm) et je ne regrette pas mon choix ! Une fois l’appareil en main je me suis dirigée vers les rues de Paris pour mes premiers shots, celle-ci étant un type de photographie accessible à tous. C’est comme cela que j’ai découvert la photographie de rue. J’ai commencé par prendre en photo l’architecture, la nature et les gens de dos ! Puis en prenant doucement confiance, j’ai commencé à prendre en photo les gens de face ou de profil. J’ai aussi pu ajouter à ma petite collection d’objectif le 56mm de Viltrox ainsi que le Fujinon XF 70-300mm avec lesquels j’expérimente mon style de photographie.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Amina Hadef : Je pratique la photographie de rue depuis que j’ai commencé à apprendre la photographie et depuis l’obtention de mon premier appareil ’pro’ c’est-à-dire depuis avril 2026.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Amina Hadef : J’apprends les bases de la photographie sur LinkedIn Learning, Youtube, ainsi qu’au travers de livres. Et bien évidemment au travers de la pratique quotidienne de la photographie. Je me considère autodidacte, n’ayant pas eu de cours formels sur la photographie.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Amina Hadef : J’utilise mon Fujifilm XT30 III avec les objectifs suivants : Fujinon XC 13-33mm, Fujinon XF 70-300mm et le Viltrox 56mm.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Amina Hadef : En ce moment, j’essaye de pratiquer avec le 13-33mm et le 56mm. J’aime pratiquer avec le 56mm car il me force à changer de position et à bouger (à l’opposé d’utiliser mon zoom). Au début de ma pratique, je n’affectionnais pas particulièrement l’utilisation du 13-33mm car je pensais qu’il ne s’utilisait que pour les paysages (nature, montagnes etc..) et j’avais une vision assez restreinte de cet objectif (malgré le fait qu’il soit tout le contraire !). Mais j’apprends à l’apprécier de plus en plus et n’hésite pas à choisir une focal length et à la maintenir tout au long de mon shoot, ou bien à orbiter entre le ~ 16-27mm. Je suis de plus en plus à l’aise avec cet objectif. Lorsque je sors, j’emporte toujours mon appareil avec moi et comme je ne veux pas être restreinte par mon objectif et je ne sais pas à l’avance ce que je vais photographier, j’ai tendance à emmener tous mes objectifs avec moi (j’aime l’idée d’être prête pour toute éventualité afin de ne manquer aucune occasion). Mais cela fait quelques jours que je sors avec qu’un seul objectif et ça n’est pas plus mal (surtout pour mon dos) !

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Amina Hadef : Je ne considère pas avoir un style de photographie de rue en particulier car étant apprenante je me teste à tous les styles de photographie. Cependant, j’aurais plus tendance à photographier des moments avec les gens, des actions en particulier, ou des plantes/nature plutôt que l’architecture ou les bâtiments même s’il m’arrive de prendre ce genre de photo quand l’envie m’en prend.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Amina Hadef : Comme je débute je ne les connais pas tous, mais j’aime regarder et m’inspirer des photos d’Eric Foret, surtout pour les photos qui montrent et illustrent des formes géométriques. Ou même celles qui sont intrigantes. J’ai récemment découvert l’existence des photobooks et j’ai particulièrement apprécié celui de Gordon Parks. Je ne suis pas sûre si on peut vraiment qualifier ses photos de street photography mais j’ai apprécié l’honnêteté et la force que dégagent ses photos. Mon prochain photobook sera celui de Vivian Maier.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Amina Hadef : L’une de mes photos préférées est celle de la personne en jaune passant en vélo le kiosk de livres sur les quais de Paris où l’on voit une peinture de la tour Eiffel. Comme toutes les fois où je sors prendre en photo, je me balade à Paris en immortalisant des moments qui capturent mon attention. J’aime particulièrement cette photo pour plusieurs raisons. Déjà, son timing était très ’chanceux’ et j’aime la dimension créée par le tableau en premier plan et la personne passant en vélo au second plan qui invite l’œil à continuer son observation de la route et de l’avancée du vélo. Cela donne, je trouve, du dynamisme à la photo. D’autre part, j’aime le contraste créé par les couleurs vives du tableau de la tour Eiffel où le blanc, gris et rose ressortent et complètent bien le jaune du manteau du cycliste. Au travers de cette photo, je réalise que j’aime particulièrement prendre des photos où le contraste y est fort, même parfois exagéré. C’est pourquoi, ces derniers jours, j’aime prendre des photos en jouant avec les ombres et les lumières. Je ne sais pas si c’est acceptable mais j’aime beaucoup prendre des photos (qui peut-être paraissent trop sombres ou sous-exposées), mais je les trouve intéressantes comme ça.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontée en pratiquant la photographie de rue ?

Amina Hadef : Mon premier défi est de rendre une photo du quotidien intéressante. La photographie de rue, aussi accessible soit-elle, a ses propres challenges, car je pense qu’il faut (en tout cas c’est ce que j’essaye de faire) éviter qu’elle ne fasse trop snapshot, et qu’il faille donner de la dimension et de la vie à la scène photographiée. Pour moi, c’est l’aspect le plus difficile car je pense que mes photos sont trop ’flats’ et font trop snapshot. C’est pourquoi j’essaye d’apprendre le storytelling et de l’appliquer à ma pratique. Les photos de rue sont certes descriptives de la condition humaine et de son environnement mais je pense qu’elles peuvent aussi être artistiques et aller au-delà de la dimension journalistique et documentaire qu’elle peut refléter.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Amina Hadef : J’ai pour la première fois lors de mes ’balades photographiques’ arrêté une personne et je lui ai demandé si je pouvais la prendre en photo car elle était intéressante. C’était une touriste américaine en visite à Paris, et la particularité de cette personne était qu’elle avait le style Lolitas. Je trouve ça très intéressant et je l’ai donc photographiée. Malheureusement ce jour-là, j’avais le 70-300mm sur l’appareil et l’endroit dans lesquels nous nous trouvions n’était pas idéal et donc je ne suis pas satisfaite de la photo. Mais je suis heureuse d’avoir eu cette expérience.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Amina Hadef : Je ne prends jamais les personnes dans une situation où leur vie privée serait violée ou si cela va à l’encontre de ’human decency’. Je ne prends pas en photo les personnes chez eux, ni dans une situation où je sens que cela serait inapproprié. Je ne prends pas en photo les enfants, les personnes en situation d’handicap ni les sans-abris et personne en situation de difficulté financière ou autre.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Amina Hadef : Non, jamais pour l’instant.

SPF : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui débute en photographie de rue ?

Amina Hadef : Je suis moi-même débutante, mais le conseil que je donnerai à celui qui souhaiterait se lancer est tout simplement de commencer à photographier. Que cela soit dans la rue, à la maison ou autre. L’important est tout d’abord de se familiariser avec son appareil. Cela est crucial pour la suite. J’ai regardé un nombre incalculable de vidéos tuto sur mon appareil sur Youtube et pourtant je pense que je ne suis pas encore arrivée au stade où je pourrais dire avec confiance que je maîtrise mon appareil. Ceci étant dit, je suis de plus en plus à l’aise avec celui-ci, ce qui me permet d’être plus créative (je pense particulièrement au différent mode de photométrie dont j’ai récemment appris l’existence (haha) au cours d’un photowalk). L’apprentissage de ce mode me permet de développer ma créativité avec les ombres et les lumières et j’y prends, d’ailleurs, beaucoup de plaisir ! Apprendre à connaître son appareil et à commencer à photographier sont donc les deux premiers conseils que je donnerai à tous ceux et toutes celles qui souhaitent se lancer dans cette aventure.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Amina Hadef : Je ne me considère pas comme étant très créative donc je lis des livres sur le storytelling et je regarde des photobook. Pour moi, je dirais que c’est un bon début. Je suis aussi mon instinct et prends en photo ce qui me plaît, même si cela peut paraître grotesque comme idée de photo, je le fais tout de même et essaye de photographier la même chose sous différents angles ou avec différentes simulations de film. C’est un exercice d’ailleurs que je dois plus souvent pratiquer. Ce qui aide aussi est de ’work the shot’, c’est-à-dire de prendre le temps de s’arrêter et de composer son image. Essayer différents angles, différentes compositions et voir ce qui marche. Je prends des centaines de photos par semaine et je dois dire qu’il n’y en a pas beaucoup, selon moi, qui seront ’postable sur IG’, mais en prenant du recul et en comparant avec mes premières photos, je vois une légère amélioration et je me rends compte que j’ai tout de même appris beaucoup de choses ces derniers mois.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Amina Hadef : Pour l’instant rien de concret.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Amina Hadef : Je ne pense pas en être capable pour le moment, mais pourquoi pas dans le futur.

J’essaye d’eguiser mon oeil a la composition, jeu des couleurs et des constrastes, ainsi qu’a lire la lumiere, c’est pour cela que j’essaye d’aller plus souvent au musee, voir les peintures et les analyser. J’ai recemment pu voir l’expo Light and Magic : The Birth of Art Photography au Tate Modern (Londres) et j’ai vraiment apprecie les oeuvres qui y etaient exposees. Plus particulierement celles de Lang Jingshan ou il a associe la photographie avec la peinture traditionnelle chinoise.