Des scènes qui racontent quelque chose. Dominique Renckel

Dominique Renckel a découvert la photographie de rue en se passionnant pour la photo « en bloc », YouTube en guise de porte d’entrée. Longtemps en tournée et proche du monde artistique depuis ses 20 ans, il ne pratique vraiment « avec une réflexion » que depuis deux ans. Autodidacte, parti de zéro, il photographie aujourd’hui avec un Nikon Zf, un petit 40 mm en plastique et de vieux Canon FD. Il cherche des scènes de vie, des visages, des situations qui racontent quelque chose, et revendique une pratique discrète, jamais intrusive. Philippe Schalk, Alan Schaller, Harry Gruyaert, Martin Parr, Saul Leiter et Salgado l’inspirent.

On pose les questions à Dominique…

Un GX8 tombé en panne, un Nikon Zf, de vieux Canon FD et un 75 mm chinois acheté 100 € : autodidacte et venu du monde du spectacle, Dominique Renckel cherche dans les rues de Strasbourg et d’ailleurs les scènes, les visages et les situations qui racontent quelque chose.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Dominique Renckel : Quand je me suis passionné pour la photo, j’ai tout pris de front, en bloc. Tout ce qui touchait à la photo m’intéressait. J’ai découvert un vaste monde, la street photo en faisait partie. Je pense que YouTube a été la porte d’entrée. Le début du début.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Dominique Renckel : J’ai du mal à définir un moment ou une période. J’ai pratiqué la photo en rue sans avoir aucune culture de la photo de rue au début. Ce sont des périodes hachées parce que j’étais beaucoup en tournée à l’époque et je n’avais simplement pas le temps. Je prenais pas mal de photos des coulisses quand je pouvais. Bref, pour répondre à la question, cela doit faire vraiment deux ans que je pratique avec une « réflexion » sur ce mode.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Dominique Renckel : Je suis autodidacte. On y perd beaucoup de temps mais on peut trouver réponse à ses questions sur YouTube. Ce n’est pas la meilleure façon de procéder, mais on n’a pas forcément un « mentor » à disposition. Je suis vraiment parti de zéro. Après, je baigne dans le monde artistique depuis mes 20 ans. Ça ne peut qu’aider. Je savais que c’était avant tout une question de travail et de passion. La technique de base en photo est tout de même très simple si on la compare à la musique, par exemple. Par contre, comme dans tout art, le reste c’est le travail d’une vie.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Dominique Renckel : J’ai eu plusieurs appareils photo. À commencer par un OVNI qui est en fait une caméra : la Z Cam E1. Si ça ne vous dit rien c’est normal, et c’est tant mieux. C’est vraiment adapté à… rien. Mais bon, j’y ai monté des objectifs vintage avec une bague d’adaptation et j’ai pu découvrir les focales, l’ouverture. Je suis resté en micro 4/3 après, avec un « vrai » APN de chez Lumix. Un GX8 que j’ai adoré. Il a fini par tomber en panne et je suis passé au S5 (super en portrait au flash avec des Sigma Art). Maintenant j’ai un Nikon Zf. J’utilise encore mes vieux Canon FD, mais moins souvent que le petit 40 mm (autofocus, en plastique) et un 75 mm chinois à 100 € trouvé sur leboncoin. Je sors souvent léger.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Dominique Renckel : Comme je le dis à la question précédente, j’utilise un Nikon Zf. J’utilise encore mes vieux Canon FD, mais moins souvent que le petit 40 mm (autofocus, en plastique) et un 75 mm chinois à 100 € trouvé sur leboncoin. Je sors souvent léger pour des raisons évidentes de commodité et de discrétion. Par moments j’aimerais avoir plus de mégapixels pour pouvoir croper dans l’image, mais je suis aussi content avec des fichiers pas très lourds. Il y a un dilemme, mais on voit bien que rien n’est parfait et qu’il faut composer avec différents paramètres, à commencer par le budget.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Dominique Renckel : Très difficile de répondre soi-même à cette question. Le rire est un de mes moteurs de vie, donc je suis toujours attiré par ça. Est-ce que ça se retrouve dans mes photos ? Je ne sais pas. Je cherche des scènes de vie, des scènes, des visages, des situations qui racontent quelque chose. La lumière, bien évidemment, est un élément majeur, notamment parce qu’elle peut sculpter le décor. Le travail sur les séries permet aussi plus facilement de créer un récit. Je suis très fan des dessinateurs qui racontent quelque chose en quelques coups de crayon.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Dominique Renckel : Philippe Schalk, à Strasbourg, a une sensibilité dont je me sens proche par exemple, mais il y en a tellement et j’ai mauvaise mémoire. Alan Schaller, Harry Gruyaert, Martin Parr, Saul Leiter, Salgado… et 400 autres.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Dominique Renckel : C’est typiquement une journée sans jolie lumière et sans rien qui ne se passe sous mes yeux. Dans ces cas-là, j’essaye de tirer parti de mon boîtier et d’en faire un usage créatif. Je suis en vitesse très lente. Je sais maintenant ce que je peux tirer en postproduction dans ce cas de figure. J’aime le rendu. J’aime me sortir d’une situation très (trop) banale. On est dans la photo et proche du dessin.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Dominique Renckel : Le plus grand défi, c’est de produire au moins « une » bonne photo ! Il y a une sorte de « zone » dans laquelle il faut entrer. Un état où l’on fait plus corps avec les éléments et son appareil. Une sorte d’état d’alerte intérieur. Bon, des fois on y est, on a l’impression de voir, d’être désinhibé, et au retour… tout va à la corbeille. C’est l’intérêt de la pratique. C’est difficile. Tout ne dépend pas de nous… mais si certains sont meilleurs que d’autres, il y a une raison.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Dominique Renckel : J’ai pour l’instant échappé aux moments très délicats que d’autres ont vécus. Je pense que c’est dû aussi au fait que je ne suis pas très intrusif. Je ne rentre pas dans la sphère des gens. C’est aussi une histoire d’éducation. Tout simplement, je ne sais pas faire ça, ça me met mal à l’aise. Je dis ça sans aucun jugement envers ceux qui y arrivent. Ce n’est simplement pas moi. Il m’est arrivé d’entendre « Hé ! Pas de photos ! ». À chaque fois c’était injustifié selon moi, et donc j’ai continué à faire ce que je voulais faire, en bluffant un peu.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Dominique Renckel : Comme dit précédemment, j’ai plutôt une pratique soft, mais c’est vrai que je peux me retrouver à « poster » des photos de personnes plus facilement si elles ont été prises loin de chez moi, ou si lesdites personnes sont des touristes qui ont peu de chances de tomber sur ces photos. Il y a là, moralement, quelque chose de pas très propre, j’en conviens. Je pense aussi que, globalement, il y a une propension à l’indignation et au drama totalement ridicules et irrationnels.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Dominique Renckel : Non, pas vraiment, comme expliqué précédemment. Je n’ai pas envie de me retrouver dans une situation conflictuelle, ni de perdre mon calme et du temps avec des gens avec qui c’est trop difficile de parler et de s’entendre. À quelques rares occasions j’ai été alpagué, mais sans conséquences. Un jour où je testais un 24 mm à la Petite France (quartier très touristique de Strasbourg), j’ai entendu un type — qui était tout petit dans mon grand angle — me crier « Pas de photos !!! ». Il s’agitait beaucoup et était très remonté. Ce type jouait du oud (enfin, j’ai identifié l’instrument comme tel). Il n’avait à l’évidence demandé à personne s’il pouvait jouer, si éventuellement ça pouvait déranger. Moi j’aime beaucoup, mais on peut tout à fait avoir envie de se balader sans avoir à « écouter » quelqu’un. Ce monsieur, par contre, dans un lieu touristique, ne permettait pas qu’on prenne de photo du site parce qu’il se trouvait fatalement dans l’image. J’avoue que lui m’a un peu gonflé.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Dominique Renckel : Comme toute chose, il faut essayer et voir si on accroche. Il faut comprendre que c’est normal d’avoir un ratio énorme de photos pas terribles, et il faut l’accepter, sinon on va au-devant de grosses déconvenues. Selon moi aussi, mais ça n’engage que moi, il faut laisser passer un peu de temps avant de publier — deux ou trois semaines si possible, ou plus —, revoir ses images et les redécouvrir. Je trouve que ça aide vraiment pour se faire un avis. La question du matériel est aussi très sur-commentée. On aime les appareils photo, c’est sûr, mais on peut faire de la rue avec l’appareil dont on dispose.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Dominique Renckel : Partir avec un seul objectif fixe. Chercher les reflets. Comprendre l’orientation de la lumière. Travailler sur l’espace négatif. Jouer avec la vitesse…

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Dominique Renckel : C’est en cours de réflexion.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Dominique Renckel : Oui, mais plus en 2026.

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