Derrière l’Appareil : François de Rivière et sa Vision de la Vie Urbaine
Découvrir le monde à travers l’objectif d’un photographe de rue passionné est une expérience unique. François de Rivière, membre actif de la communauté Street Photography France, nous ouvre les portes de son univers artistique. Dans cette interview, il partage sa passion pour la photographie de rue, une forme d’art qui lui permet de capturer des moments spontanés de la vie quotidienne avec une esthétique en noir et blanc intemporelle. Nous plongeons dans son approche artistique, ses techniques secrètes pour saisir l’essence d’une scène sans être remarqué, et les défis qu’il relève avec brio.
On pose les questions à François…
Dans cette interview, François de Rivière partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Qu’est-ce qui vous passionne dans la photographie de rue et qu’est-ce qui vous pousse à capturer des moments spontanés de la vie quotidienne?
François : L’infini de situation, on ne se lasse jamais. La rue offre un graphisme très marqué et la rondeur des personnes l’équilibre. C’est aussi un témoignage de notre style de vie pour les générations futures. Ensuite je trouve que la photo de rue nous force à observer le quotidien de nos contemporains et nous intègre pleinement dans la vie du monde. Le photographe reste bien sûr un observateur mais la photo de rue demande de passer tellement de temps dans la rue que l’on vit pleinement notre époque. Ça me donne l’impression de participer à la vie de mes collègues humains… et aussi de prendre du recul sur les habitudes de nos contemporains et d’avoir un œil critique sur leur vie et donc de questionner la nôtre. Bref, cela fait de moi un petit philosophe urbain 🙂
SPF : Pouvez-vous nous parler de votre approche artistique en matière de photographie de rue?
François : Je cherche à capturer des situations humaines dans un cadre graphique. Pour moi, une photo sans personne dessus est incomplète, en cela je ne suis pas du tout un photographe paysager ou de monuments, sauf si je peux y intégrer de la vie humaine !
SPF : Comment choisissez-vous vos sujets et quelles techniques utilisez-vous pour capturer l’essence de la scène?
François : Je suis encore en recherche de ma manière de procéder et donc je vais au hasard dans ma ville (Rouen). C’est plus difficile qu’une grande ville car il y a moins de monde et moins de lieux, mais c’est un bon exercice. Ma météo favorite est en fin de journée ensoleillée, car le soleil projette de grandes ombres et les couleurs ressortent mieux. Ensuite soit je repère un lieu avec un graphisme qui me plaît et j’attends qu’une ou plusieurs personnes s’y inscrivent idéalement, soit j’avance et je photographie dès que je croise une situation humaine qui me plaît. Mais cette méthode est plus difficile car on n’a pas le droit à plusieurs prises de vue, les situations ne durant pas longtemps… pour augmenter mon taux de réussite j’utilise le mode rafale de mon appareil…
SPF : En tant que photographe de rue, comment parvenez-vous à saisir des moments intimes et authentiques sans que les gens ne se rendent compte de votre présence?
François : Je ne montre jamais que je « vole » une photo, donc je reste naturel quand je prends une photo à proximité des gens. Si l’on se sent coupable et que l’on cache vite son appareil ensuite, là on est visible. J’essaie donc (et ce n’est pas toujours facile) de rester naturel quand je prends des personnes en photo, de montrer que c’est normal que je les prenne en photo et que ça ne me gêne pas. Cela les alerte moins…
SPF : La photographie en noir et blanc est souvent associée à une esthétique intemporelle. Qu’est-ce qui vous attire dans cette palette de couleurs et comment pensez-vous que cela influence votre travail?
François : Ce style de photographie m’a été imposé quand j’ai commencé la photo il y a 25 ans, car je développais moi-même, donc le noir et blanc est plus accessible à ce niveau-là. Ensuite, je trouvais aussi que la couleur était difficile à maîtriser en argentique et donc je voulais m’en affranchir. J’ai donc travaillé en noir et blanc par facilité… puis j’y ai pris goût, car cela concentre l’image sur le graphisme et la texture. Et en portrait, tout le monde est beau en noir et blanc !
SPF : Pouvez-vous nous parler de votre approche pour capturer des photos en gros plan sans que les sujets ne se rendent compte de votre présence?
François : Pour les gros plans, je pratique souvent la photo au jugé, c’est-à-dire que j’utilise un grand angle (35mm) et que je vise l’appareil sur la poitrine. Il y a une légère contre-plongée mais qui peut apporter de la force à l’image. Ainsi, les gens ne se doutent de rien. Le cadrage en revanche est moins précis mais il y a souvent de bonnes surprises, car grâce au grand angle, d’autres choses rentrent dans le cadre sans l’avoir prévu.
SPF : Qu’est-ce qui vous intéresse dans ces types de clichés?
François : La proximité, l’effet d’immersion que cela donne. Le spectateur vit la scène de manière plus forte car il a l’impression d’être inclus et de toucher les personnages. On est aussi au plus près des expressions des visages des personnes photographiées ce qui permet de partager leurs émotions et donne du caractère aux images. C’est enfin un bon exercice d’approche pour oser sortir de notre zone de confort, il n’y a que comme cela que l’on peut progresser !
SPF : Les photos avec un contraste prononcé contre le soleil peuvent créer des effets visuels intéressants. Comment parvenez-vous à maîtriser cette technique et quel impact cela a-t-il sur vos compositions?
François : J’expose pour les hautes lumières (donc ici le Soleil). Je travaille toujours en manuel, ainsi une fois les réglages effectués je peux me concentrer sur le sujet et rien d’autre. C’est très pratique et le Leica M permet justement cette manière de photographier. Je me mets ensuite face au soleil et cherche à avoir des personnages avec un éclairage en liseré et en silhouette, cela donne un caractère abstrait aux images.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en tant que photographe de rue? Comment les surmontez-vous ou en tirez-vous parti dans votre travail?
François : Le mental y est pour beaucoup : oser s’approcher, ne pas avoir honte de ce que l’on fait ou peur de déranger. Au pire cela engage une conversation qui peut s’avérer aussi une belle rencontre ! Enfin, ne pas désespérer lors de sorties peu fructueuses et persévérer. Accepter qu’il y ait des jours sans… car quand il y a des jours avec, c’est une belle récompense.
SPF : En tant que membre de Street Photography France, comment cette communauté vous a-t-elle aidé à progresser en tant que photographe de rue ? Quels avantages trouvez-vous à faire partie de cette association?
François : C’est la première fois que je suis dans une communauté de photographes, je suis d’un tempérament plutôt solitaire. J’y trouve un intérêt comme toute communauté, des rencontres, échanges de bons procédés, anecdotes. Enfin, pouvoir dans un futur proche faire des sorties groupées et ensuite des expositions. J’ai beaucoup progressé en sortant avec un photographe de rue sur Rouen que j’ai rencontré par Instagram, comme il est très talentueux je progresse vite à son contact (Morgan Le Tourner).
SPF : Comment envisagez-vous l’évolution de votre style et de votre approche en tant que photographe de rue à l’avenir ? Y a-t-il des projets ou des thèmes que vous aimeriez explorer davantage?
François : Un des thèmes que je travaille, pour m’obliger à me rapprocher des gens, est l’immersion : rendre mes photos encore plus immersives avec des premiers plans très proches et qui reprennent une partie de l’anatomie humaine. Quitte à rendre ce premier plan flou, mais cette proximité me paraît pouvoir rendre un effet total d’immersion, comme si l’on était en appui sur cette personne pour en photographier d’autres. Les grandes foules permettent plus facilement cet effet, comme les marchés ou les foires.
