De l’Enfance à la Rue : Le Voyage Photographique de Dominique Roellinger

Explorez le captivant voyage photographique de Dominique Roellinger à travers les rues de Paris, depuis son enfance où il empruntait le ‘Kodak Instamatic’ de sa grande sœur jusqu’à aujourd’hui, où il immortalise l’essence vibrante de la vie urbaine avec les boîtiers Ricoh GR III et GR IIIx.

Dans cette entrevue exclusive avec Street Photography France, Dominique dévoile les influences qui ont façonné son style unique. Découvrez comment, après une période de calme photographique due à sa carrière professionnelle et à sa vie familiale, la révolution numérique a ravivé sa flamme pour la photographie. Les moments clés de sa carrière, les choix d’équipement, et les rencontres mémorables dans les rues parisiennes sont autant d’étapes qui ont contribué à forger son regard singulier.

Avec un amour particulier pour la proximité avec ses sujets, Dominique se décrit comme un « sociologue visuel » cherchant à documenter la vie quotidienne. Explorez ses réflexions sur l’éthique de la photographie de rue et ses conseils aux débutants, tout en plongeant dans ses rêves d’expositions et de publications à une échelle plus vaste.

Rejoignez-nous pour un voyage visuel captivant à travers le temps, où chaque image de Dominique Roellinger raconte une histoire, capture un moment et témoigne d’un amour profond pour la street photography.


On pose les questions à Dominique…

Dans cette interview, Dominique Roellinger partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Dominique : Je pratique la photographie depuis mon enfance. Très souvent j’ai emprunté le « Kodak Instamatic » de ma grande sœur, alors que j’avais qu’à peine 10 ans! À 13 ans, mes parents m’avaient offert mon premier reflex, un Minolta SRT 100x équipé d’un magnifique 50mm. Des tonnes de pelloches Kodak Tri-X 400 ont été grillées en ce temps-là!

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Dominique : Alors que le service militaire était encore obligatoire à mon époque, j’avais été incorporé à la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris. C’est durant cette période, je n’avais que 19 ans, que je suis littéralement tombé amoureux de la capitale. À mes yeux, surtout venant d’un petit village alsacien, Paris représentait un théâtre à ciel ouvert! J’y voyais des photographies à saisir dans tous les coins de rue! J’ai donc fait, durant cette période, beaucoup de photographie de rue, toutefois, après la fin de mon service militaire, s’en ai suivi une période bien plus calme sur le plan photographique. Mon début de carrière professionnelle, mon mariage, les enfants… m’avaient bien calmé au niveau de ma passion photographique. Néanmoins, dans les années 2000, lorsque les appareils numériques ont commencé à pointer leur nez, la curiosité aidant, ma passion pour la photo a littéralement ressuscité dans mon cœur! Le besoin de photographier brûlait en moi. Et c’était avec un minuscule Canon IXUS de 2mp que je suis partie, avec mon épouse, pour quelques jours de repos, en Israël! Même si cet appareil se comparait davantage à un « Instamatic », certes numérique, le plaisir que j’en avais retiré m’a conforté dans mon besoin d’aller plus loin et de revenir à mon premier amour pour la photographie! J’ai, par la suite, usé plusieurs boîtiers numériques, même si je n’ai jamais totalement abandonné l’argentique.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Dominique : Je suis autodidacte. Néanmoins, j’ai eu le privilège de me frotter à quelques professionnels qui m’ont donné de précieux conseils.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Dominique : Actuellement, après avoir utilisé des boitiers argentiques (Nikon F2A et surtout un Olympus mju ii), j’utilise principalement un Ricoh GR III et son frère le Ricoh GR IIIx. Le GR III est souvent dans ma main droite et le GR IIIx autour de mon cou! Ces boitiers sont vraiment taillés pour la « street » et d’une efficacité redoutable. J’en suis super fan! Auparavant, j’ai utilisé beaucoup de boitiers Fujifilm, dont l’X-Pro1 équipé d’un XF 18mm ou 35mm, également un X-T20, X-H1, et j’ai toujours encore un X-T4 avec pas mal d’objectifs. Cependant, depuis que je suis venu aux Ricoh GR III et GR IIIx, mes Fuji’s ne sortent quasi plus! Il est d’ailleurs très probable que je finisse par m’en débarrasser! Étant fan du noir et blanc, je suis très tenté par le Pentax K3 III Monochrom qui sort de la même écurie Ricoh!

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Dominique : Oups! Je viens de me rendre compte que j’ai quasiment répondu à cette question juste plus haut sous la rubrique « équipement »! Vous l’avez compris, les Ricoh GR sont à mes yeux le meilleur compromis pour la photographie de rue. J’ai eu entre mes mains, les boîtiers Fuji dont l’X100V, j’ai eu l’occasion de tester le Leica Q2, et bien d’autres… le GR reste, pour moi, vraiment – je le sais bien, c’est très subjectif et du coup, très personnel – LE boitier pour faire de la Street. Sa compacité, sa fonction (unique) snap-focus, son IBIS (stabilisation) embarqué, son obturateur central, son filtre ND intégré, son objectif ultra piqué et très défini, son look intemporel et ultra classique qui le rend quasi invisible (insignifiant) aux yeux des gens, etc. fait que… je ne pourrais plus m’en passer! Faut dire que j’avais déjà utilisé, à une autre époque, un Ricoh GRD IV qui m’avait, à l’époque déjà, donné beaucoup de satisfaction.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Dominique : J’aime beaucoup aller au plus près des gens, saisir leurs expressions sur le vif, tout le contraire des photos posées! Je me considère en quelque sorte comme un sociologue visuel… D’une certaine manière, je documente. D’ici 20, 30 ou 50 ans, en regardant mes photographies, on dira: ah, c’est ainsi que les gens s’habillaient et s’exprimaient à l’époque! En vérité, j’aime les gens, et suis passionné par le fait de pouvoir en garder une trace, d’immortaliser des instants éphémères qui seraient perdus à jamais sans la trace photographique.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Dominique : Oui, beaucoup! Pour n’en citer que quelques-uns: Bruce Gilden, Saül Leiter, Daido Moriyama, Henri Cartier Bresson, Martin Parr, Elliot Erwitt, Robert Doisneau, Joël Meyerowitz, Tatsuo Suzuki, …

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Dominique : Bien certainement! Bien qu’il y en a plusieurs qui font partie de mes photos préférées! Alors que j’étais dans une rame de métro (ligne 10) bondée de monde, au moment où je m’empresse de sortir (à la station Javel), je vois cet homme religieux au milieu de ces multitudes de gens impassibles et absorbés par l’écran de leur smartphone, ou respirant la fatigue qu’ils ont accumulée durant la journée sans se préoccuper de « l’autre »! Ce « religieux » faisait vraiment « tache » en sortant du lot! J’avais comme l’impression qu’il prenait toute la place et que tous les autres disparaissaient autour de lui! J’ai eu le réflexe de saisir, à ce moment-là, mon Fuji (X-H1) équipé d’un objectif Nikkor AIS 105mm monté via une bague Zhongyi (Mitakon) Lens Turbo Mark II. Je n’arrivais quasi pas à bouger à cause du nombre important de passagers à bord, et j’étais donc tributaire de devoir faire avec l’angle de cette focale fixe relativement resserré! Notre regard s’est croisé, j’ai souri et j’ai déclenché. Je lui ai fait un signe en guise de remerciement et suis sorti… J’aime beaucoup cette photographie qui, chaque fois que je la regarde, m’apporte une émotion particulière…

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Dominique : Un des défis auquel je fais face, c’est de trouver du temps sur mon planning qui – trop souvent – est ultra chargé par une activité autre qui également me passionne! Ce qui fait que lorsque j’ai l’occasion de déambuler dans les rues (souvent parisiennes), je veille à garder mon regard alerte pour écouter, car le regard c’est aussi de l’écoute, ce qui me permet d’engranger un maximum de photographies. Je rêve d’un agenda extensible!

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Dominique : Je me souviens de ce dimanche après-midi, j’étais accompagné par mon épouse Annic, il était environ 18h et nous traversions Le Marais parisien à pied. Au coin d’une rue, je suis tombé sur un homme qui avait vraiment une bonne tête, une tête que j’ai eu l’envie de saisir sous forme de portrait de rue. Je l’ai interpellé et il a accepté d’être photographié. C’est avec une grande simplicité et humilité qu’il m’a – ensuite – raconté sa vie. Alors qu’il n’était qu’un tout petit garçon, durant la dernière guerre mondiale, juste avant que ses parents de confession juive eussent été déportés par les nazis, il avait été caché par de braves voisins. Cela lui a été salutaire, et a sauvé sa vie. Nous avons gardé contact. Il y a ainsi, de très belles rencontres qui comptent et qui nous marquent, des rencontres qui vont bien plus loin dans l’échange que la photographie! Ne parlons-nous pas aussi de photographie humaniste en faisant de la « street »?

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Dominique : Je n’ai aucun problème pour photographier les gens dans l’espace public puisque cela est parfaitement autorisé dans notre pays! Une importante bibliographie et bien des articles, vidéos, etc. sont disponibles à titre d’information à ce sujet. Cependant, lorsqu’une personne m’interpelle en démontrant du mécontentement, avec une certaine violence, je m’en excuse et renonce à déclencher. Si la photo est déjà prise, soit, la personne finit par ne plus rien dire, soit elle me demande d’effacer le fichier, ce que je fais à ce moment-là, ne serait-ce que par respect.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Dominique : Oui, bien sûr, mais, toutefois, rarement… Je garde toujours le sourire, je salue les gens, et lorsqu’ils se rendent compte que je les ai photographiés, je les remercie… Il m’arrive de pouvoir entamer une discussion avec la personne, de lui remettre ma carte de visite avec le lien de mon compte Instagram, etc., et de pouvoir partager sur bien des sujets de la vie avec eux!

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Dominique : S’y lancer! Sortir, se bouger, écouter et regarder ce qui se passe autour de soi! Cela peut-importe le matériel à disposition. Un simple smartphone peut parfaitement faire l’affaire! Lorsqu’un spot semble intéressant au niveau d’un fond (arrière-plan), il faut apprendre à patienter, à rester sur place, le temps qu’un sujet intéressant passe par là pour le saisir! Apprendre à faire « du rentre-dedans » en marchant vers les gens, les regardant – avec le sourire et une attitude de gentillesse – droit dans les yeux, tout en déclenchant! Apprendre à surmonter ses peurs… Les gens ne sont pas sauvages! Beaucoup sont même très collaboratifs et répondent par un sourire.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Dominique : Il ne faut pas avoir peur de varier et tester de nouveaux cadrages, varier les compositions, travailler tantôt en plongée, tantôt en contre-plongée, de face, etc. Dans cette pratique, il est important de se laisser guider par son instinct. D’ailleurs, j’ai l’impression que je photographie surtout en me laissant guider de la sorte (par mon instinct)! D’une certaine manière, c’est comme si je déambulais dans les rues en reniflant et en déclenchant lorsque je le ressens. Bien sûr, il y a beaucoup de photos – au moment du tri – qui sont à jeter, mais cela n’est pas bien grave et fait partie du jeu! C’est en forgeant qu’on devient forgeront! Aussi, un conseil plus qu’utile consiste également à ne jamais arrêter de regarder les photographies des grands maîtres de la photo de rue… Le travail des autres est une immense source d’inspiration… même s’il est nécessaire de prendre de la hauteur pour laisser sa propre sensibilité pleinement s’exprimer. « Street Photographie France » représente une ressource idéale à ce sujet!

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Dominique : Je rêve d’une expo, et de publier d’autres livres. J’ai commencé à en publier, mais cela reste invendable, car produit à l’unité au format numérique, le coût de la mise en œuvre n’est pas raisonnable! Du coup, je n’ai jamais fait connaître mes publications qui sont restées, d’une certaine manière, cachées! Donc, oui, le rêve de publier à une autre échelle, très clairement!

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Dominique : Oui, cela fait partie de mes projets…

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Dominique : En découvrant Street Photography France sur le Net, tout simplement! Via Insta, ou FB, je pense? Je ne m’en souviens plus trop bien! Ah oui, probablement, en tombant sur une vidéo publiée sur YouTube, oui, c’est ça!

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Dominique : C’est une source incroyable d’inspiration, et aussi, le fait de ne pas (plus) se sentir isolé dans son coin, mais de pouvoir partager, communiquer, vivre sa passion et le plaisir qu’on en retire, avec d’autres, est une fontaine de ressources incroyables.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Dominique : Avec plaisir je ferais tout mon possible pour aider à développer cette merveilleuse initiative et plateforme ouverte à tous les amoureux de la « street photography ». C’est avec beaucoup de plaisir que j’y participerai!

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