Générer des émotions, susciter la curiosité. David Makima
David Makima ne retient pas un moment précis : la photographie de rue faisait déjà partie de son environnement, de son quotidien aux expositions et aux livres. Il s’y est mis à l’occasion d’un déplacement professionnel à New York, en s’achetant un appareil pour rapporter des images. Autodidacte, il travaille au Fujifilm X-S10 et dit chercher avant tout à générer des émotions, à susciter la curiosité et la réflexion.
On pose les questions à David…
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
David Makima : Il n’y a pas un moment auquel je puisse me référer. Je pense que comme beaucoup de gens, la photographie de rue fait partie de mon environnement. Je peux la voir dans mon quotidien, dans des expositions, des livres…
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
David Makima : J’ai débuté la photographie de rue il y a 7 mois à l’occasion d’un déplacement professionnel à New York. J’avais envie de ramener des images, je me suis acheté un appareil photo et ce fut le début de l’aventure.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
David Makima : Je suis autodidacte.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
David Makima : J’ai un Fujifilm X-S10 avec le XF 16-80 mm et le XF 23mm f1.4. Selon les situations, je peux utiliser un trépied ainsi que mes filtres Kase.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
David Makima : Je me concentre principalement en ce moment sur le 23mm. J’aime le fait d’être contraint dans la longueur focale, la possibilité de capturer un sujet dans son environnement et la nécessité de sortir de sa zone de confort pour se rapprocher des gens.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
David Makima : Je ne sais pas si j’ai déjà un style, ma pratique est encore récente. J’essaie de générer des émotions à travers mes photographies, de susciter la curiosité, la réflexion.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
David Makima : Depuis mes débuts, je ne cesse de découvrir des personnes inspirantes, chacune à leur manière. Parmi les premiers noms qui me viennent en tête, je pense par exemple à Saul Leiter, Lukasz Palka, lepetitgarsnoir.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
David Makima : Je viens de passer 10 jours au Portugal dédiés à la photographie et il y en a effectivement une que j’apprécie particulièrement. Au premier plan à gauche, une mamie avec sa visière et son allure de touriste finit de traverser le cadre. Sur la droite se trouve un monsieur adossé à un muret fumant sa cigarette. J’avais facilement repéré ce dernier, j’attendais le petit truc pour prendre la photo jusqu’à l’arrivée de la mamie. Je trouve cette photo assez symbolique de ce qu’est la photo de rue, la proximité avec les sujets, le dynamisme de l’environnement, les couleurs intemporelles. La bouche à incendie me plaît particulièrement. Je lui trouve un petit côté art déco qui la distingue du reste de l’environnement et surtout, je ne l’ai découverte qu’au développement de la photo. Je ne l’avais pas remarquée à la prise de la photo. Belle surprise.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
David Makima : Me rapprocher des sujets et les viser avec mon objectif pour susciter une réaction est sans aucun doute l’exercice le plus difficile auquel je me confronte.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
David Makima : Je suis à Tokyo en déplacement professionnel. J’ai quelques heures devant moi avant le dîner avec les collègues et décide de marcher à travers la ville pour prendre des photos. Au fameux carrefour de Shibuya, je m’installe dans un café en hauteur face à une vitre avec une bonne vue d’ensemble. J’y reste de longues minutes à prendre des photos jusqu’à ce qu’une fille s’installe à côté de moi et me demande en anglais si je peux la filmer pendant qu’elle court dans la rue… avec son smartphone. Situation complètement inattendue puisqu’elle me laisse alors son smartphone à la pomme, descend un étage, sort du café et se mêle à la foule. J’ai mis plusieurs secondes avant de la repérer mais je réussis à la filmer. Je ne sais pas si c’est le fait de m’avoir vu installé depuis un moment avec mon appareil photo qui lui a inspiré confiance, en tout cas je trouve ce moment assez symbolique de l’atmosphère qui règne dans cette ville.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
David Makima : De manière générale, j’essaie de rester bienveillant à travers toutes mes photos et lorsque j’ai un doute sur certaines, je ne les publie pas même si je les apprécie. J’ai par exemple une photo d’une dame âgée, sourire aux lèvres, en train de se reposer assise devant une vitrine sur laquelle est inscrit « For lease ». Bien qu’elle soit amusante, je préfère la conserver au fond du sac.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
David Makima : Shootant au 35mm, je suis amené à me rapprocher des gens ce qui n’est pas du goût de tout le monde. Lorsqu’une personne ne souhaite pas être prise en photo, je lui explique ma démarche et si besoin efface le cliché. Je ne souhaite pas prendre une photo contre le gré d’une personne et je pense qu’il est important de rester toujours ouvert à la discussion dans ce genre de situation. Je crois que c’est Trevor Wiscup qui, dans un épisode de Walkie Talkie, disait que le respect du choix des gens et la communication étaient importants afin de préserver l’image de la discipline et de laisser une chance au photographe suivant de prendre cette même personne en photo en espérant que notre échange l’aura rendu moins méfiante. Je me retrouve assez bien dans ce message.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
David Makima : Internet regorge d’informations et de ressources précieuses. Il suffit juste d’être curieux et de chercher les réponses. Le matériel est secondaire, l’argent ne doit pas être un frein. Prenez des photos, encore et encore, et analysez-les avec un esprit critique.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
David Makima : Je pense que le processus créatif est propre à chacun. Quoiqu’il en soit, je pense qu’il faut maîtriser les règles pour pouvoir s’en affranchir. Par ailleurs, j’ai souvent besoin de plusieurs minutes pour trouver mon rythme et rentrer dans ma « zone ». Il faut savoir se laisser le temps et persévérer. Enfin, je pense qu’il faut savoir faire confiance en son jugement sans être trop influencé. Ce n’est qu’en restant soi-même, singulier, qu’on parvient à proposer des choses nouvelles.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
David Makima : Mon objectif pour le moment est de progresser tout en augmentant la visibilité de mon travail. J’ai l’impression que c’est une démarche qui permet de générer des opportunités à la fois en termes de projets et de rencontres.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
David Makima : Ce sont des éléments que j’ai effectivement en tête.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
David Makima : Instagram.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
David Makima : J’apprécie le partage au sein de la communauté. Il s’en dégage une énergie collective, une émulation. C’est stimulant créativement.
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
David Makima : Des événements pour rencontrer les membres.

