Dans l’Ombre de la Nuit : L’Art de Nicolas Bellemont en Photographie de Rue

Plongez dans l’univers unique de Nicolas Bellemont, un photographe de rue autodidacte et membre de Street Photography France. Dans cette interview, Nicolas partage son voyage photographique, de ses débuts à sa passion pour la capture de la solitude nocturne. Découvrez son approche artistique, inspirée par des légendes comme Brassaï et Todd Hido.

On pose les questions à NICOLAS…

Dans cette interview, Nicolas Bellemont partage avec nous son parcours photographique.

 

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Nicolas Bellemont : Au fur et à mesure que je prenais des photos sans spécialement avoir d’idées directrices en tête, je me suis rendu compte que je tendais à faire ce que l’on pourrait qualifier comme étant de la photo de rue. Après ce déclic, j’ai décidé de sciemment m’orienter dans cette direction au fil de mes sorties.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Nicolas Bellemont : 4 ans en comptant les balbutiements, mais 3 ans que je me considère réellement comme pratiquant de la photo de rue.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Nicolas Bellemont : Je suis totalement autodidacte.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Nicolas Bellemont : J’ai commencé avec un Nikon D3300 car c’était à l’époque une bonne entrée de gamme pour l’étudiant que j’étais. Actuellement j’utilise un Nikon D850, que je couple avec principalement 2 objectifs : un 50 mm, un 28 mm. Le tout complété par un trépied lorsque j’ai vraiment besoin d’un long temps de pose.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Nicolas Bellemont : Mon D850 reste le boitier que je préfère pour une simple raison, sa très bonne performance en basse lumière qui me permet d’avoir une bonne montée en ISO sans rendre mes clichés trop bruités.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Nicolas Bellemont : Pour ce qui est de la forme c’est assez simple : de la photo de rue nocturne! Dans mon approche j’aime documenter la nuit et tout ce qui peut s’y trouver. Voir un décor que l’on a l’habitude d’arpenter et que l’on pense connaitre, se vider complètement pour laisser place au silence à quelque chose de fascinant, car peu importe où vous vous trouvez (puisse-t-il être dans une ville aussi dense que Paris) la nuit est irrémédiablement fuie. J’aime particulièrement observer les ombres et les silhouettes, ce sont elles qui m’intéressent le plus. Cela peut paraître paradoxal pour de la photographie de rue, mais je trouve que de ne pas voir le visage d’une personne nous permet de ressentir un plus grand sentiment d’identification car finalement n’importe quelle personne pourrait se cacher derrière cette ombre, n’importe laquelle de nos histoires pourrait être celle de cette silhouette. J’aime l’idée de retourner le prisme de l’empathie en ne montrant non pas un sujet en proie à une émotion mais directement l’émotion concernée. La plus importante de ces émotions étant à mes yeux la solitude. Pas uniquement la solitude triste et pesante, mais également la solitude calme et reposante, celle qui nous procure un profond sentiment d’existence par le simple fait d’être présent ici et maintenant dans un monde qui, tout entier autour de nous, se trouve en pause. Pour éviter de m’étendre encore plus, je résumerai mon style photographique comme étant un documentaire des solitaires qui comme moi peuplent la nuit en quête d’existence. Comme disait Depardon « Il faut aimer la solitude pour être photographe. »

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Nicolas Bellemont : Bien entendu, ma source principale d’inspiration est le photographe Brassaï, que l’on pourrait considérer comme le pionnier de la photographie nocturne. À une époque où de telles photos demandaient non pas quelques secondes de pose mais plusieurs minutes, il a su voir et documenter de la nuit Parisienne et ceux qui la composent. Une autre grande inspiration pour moi est l’Américain Todd Hido qui a une approche plus centrée sur l’ambiance presque cinématographique de la nuit, ambiance qui nous fait ressentir de fortes émotions sans même qu’aucun humain ne soit présent dans le cadre au profit de « traces », de « passages » de l’humain. Finalement j’aime énormément le travail de Saul Leiter pour son approche de la lumière et des couleurs.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Nicolas Bellemont : Je dirais être confronté à deux défis majeurs. Le premier purement technique est qu’il est assez difficile de photographier de nuit et de trouver des sujets intéressants, mais cela force la créativité et c’est au final un mal pour un bien. Le deuxième concerne quelque chose d’assez inerrant aux pratiques artistiques, c’est d’arriver à aimer son travail et à en être fier. La photographie de rue est une discipline ancienne qui a eu le temps de s’imposer et il peut parfois être assez compliqué d’avoir la motivation d’apporter sa pierre à l’édifice lorsqu’on observe les cathédrales qui peuvent se dresser autour de nous. Mais comme toute chose, il est important de se comparer non pas aux autres mais à nous-même et de savoir apprécier notre évolution.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Nicolas Bellemont : Lors du premier semestre 2020, j’étais en Angleterre et je travaillais à l’époque sur une série qui visait à mettre en lumière les magnifiques œuvres de street art qui se trouve dans la ville de Liverpool grâce à des techniques de light painting. Un soir où je me trouvais dans une rue assez sombre des quartiers industriels, je préparais mon matériel (trépied, lampe, etc.) et je vis du coin de l’œil une personne qui tournait en rond, je ne m’en préoccupe pas trop et commence à « peindre » la fresque tout en surveillant cette personne au cas où. Au bout d’un petit moment, elle commença à s’approcher interloquée par toutes les lumières que je générais et il s’avéra que cette personne était une prostituée qui observait ce que je pouvais bien faire dans un tel coin. Nous avons discuté quelque peu, je lui ai expliqué ce que je faisais avec cette fresque et elle avait l’air assez intriguée, nous avons échangé comme ça quelques minutes avant que je ne retourne à ma fresque, étonné de cette interaction plutôt bienveillante désamorçant la situation de deux silhouettes inquiétantes dans une sombre ruelle anglaise.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Nicolas Bellemont : J’essaie toujours d’être dans la démarche de suggérer la présence humaine plutôt que de la montrer frontalement, et sur la plupart de mes clichés les personnes présentes ne sont pas identifiables (que ce soit sous forme d’ombres ou de dos, etc.). Pour le reste, je m’assure toujours d’être dans un cadre qui ne portera pas préjudice aux sujets photographiés, et bien que cela puisse être le sujet de nombreuses discussions concernant la vie privée dans l’espace public, j’utilise mes codes moraux pour mettre des barrières aux choses que je juge inappropriées.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Nicolas Bellemont : Le conseil principal que je donnerais aux débutants se découpe en deux morceaux. Premièrement, il faut sortir shooter, partout, tout le temps. Toujours avoir son appareil sur soi et ne jamais hésiter à déclencher. Deuxièmement, et cela rejoint mon premier point, ne surtout pas perdre du temps à (trop) s’intéresser à la techno. C’est un avis qui peut lui aussi soulever de très longues discussions, mais à mon sens, passer des heures, des jours à étudier tel boîtier, regarder des reviews de tel objectif, toujours attendre la nouvelle innovation, tout cela est une perte de temps. Préférez investir ce précieux temps à photographier, trouver votre style, étudier des livres photos et découvrir des photographes qui deviendront vos sources d’inspiration. À une époque où le moindre smartphone est déjà d’une qualité redoutable, débutant, prenez un appareil photo et sortez dans la rue!

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Nicolas Bellemont : Allez à l’encontre de ses réflexes, comprendre quelle posture, quel angle de vue nous adoptons de manière automatique lorsque nous voulons déclencher et aller à contresens pour trouver de nouveaux angles de vue, de nouveaux sujets, de nouvelles techniques.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Nicolas Bellemont : N’étant pas Parisien de souche, je porte un grand amour à ma région natale qu’est la Franche-Comté. Comme beaucoup de régions de campagne, elle se retrouve boudée par la photographie et même l’histoire de manière générale. Alors (très inspiré par le travail de la France de Depardon) je me suis lancé dans le projet de photographier chaque commune des 4 départements la composant dans un grand travail de reportage.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Nicolas Bellemont : Pas pour le moment.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Nicolas Bellemont : Je suivais quelques comptes Instagram qui en étaient membres et la curiosité m’a fait découvrir cette communauté.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Nicolas Bellemont : L’aspect communautaire qui offre, au-delà de l’inspiration évidente, un bel endroit d’expression et d’amélioration via les discussions entre membres. Et bien entendu toutes les opportunités de voir son travail mis en lumière par les différents médiums de SPF.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Nicolas Bellemont : Les idées fusent déjà tellement vite au sein de la communauté que le temps d’écrire ces lignes, il est fort probable que les idées qui me soient venues en tête aient déjà été proposées.

En savoir plus sur Street Photography France

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture