Lancer la machine, entrer dans sa bulle. Gaby Burtin

Gaby Burtin s’est réellement intéressé à la photographie au début des années 80, avec l’acquisition d’un Praktica et la découverte du développement argentique ; il n’a jamais cessé de photographier depuis. Il travaille aujourd’hui avec un Fujifilm X100V et un Ricoh GR III, plus compacts et plus discrets. Il se dit simple amateur et cherche surtout à faire ressortir un maximum de sensibilité et d’émotion ; plutôt introverti, aller au plus près des gens reste pour lui un vrai challenge.

On pose les questions à Gaby…

Portrait de Gaby Burtin

Un amateur passionné depuis les années 80, qui cherche l’émotion et doit chaque fois vaincre sa réserve.

SPF : Votre parcours et background. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Gaby Burtin : Je me suis réellement intéressé à la photographie début des années 80 avec l’acquisition d’un appareil Praktica et la découverte du développement argentique… à partir de là, je n’ai jamais cessé de photographier et je suis devenu passionné. À ma retraite en 2015, souhaitant améliorer mes connaissances, j’ai suivi plusieurs formations en ligne, principalement avec Laurent BREILLAT du site Apprendre.Photo et avec Genaro BARDY, photographe Youtuber spécialiste de la photo de rue. J’ai alors découvert les travaux des grands photographes tels que Saul LEITER, Alex WEBB, Martin PARR, Harry GRUYAERT… la photographie de rue s’est alors imposée et devenue incontournable pour moi. Mes enfants habitant Barcelone, mes fréquents déplacements vers la cité catalane m’ont amenés à parcourir cette ville l’appareil à la main, et c’est donc de l’autre côté de la frontière française que j’ai le plus pratiqué pour l’instant.

SPF : Quel équipement utilisez-vous pour votre travail en photographie de rue ?

Gaby Burtin : Ces dernières années, j’utilisais un réflex APSC Nikon D7500 et puis j’ai voulu m’équiper de boîtiers plus compacts et discrets pour la photographie de rue, aujourd’hui j’utilise un Fujifilm X100V et un Ricoh GR III.

SPF : Comment décririez-vous votre approche de la photographie de rue ?

Gaby Burtin : Vous savez, je ne suis qu’un amateur, passionné certes mais loin de savoir définir ou de m’apparenter à un style de photographie. Ce que je peux vous dire c’est que j’essaie de faire ressortir un maximum de sensibilité et d’émotion dans ce que je fais. J’aime photographier les gens, les moments de vie et les paysages urbains. À la prise de vue, mes clichés peuvent être réfléchis mais sont souvent instinctifs et pris de façon très aléatoires. Par ailleurs je passe beaucoup de temps en post traitement, c’est souvent à ce moment là que des séries cohérentes prennent forme. Je suis un grand malade perfectionniste et j’aime faire ressortir des résultats propres, je soigne les compositions, les équilibres et les contrastes. Là dernièrement, je viens de découvrir la photographe croate Olga KARLOVAC, j’aime beaucoup son travail suréaliste en noir et blanc plein de mystère et de sensibilité. Très inspiré par cela je viens de réaliser une première approche de ce concept, noir blanc, très épuré, très contrasté, gros grains…. avec ma série « skateboarding » figurant dans les galeries transmises à Street Photography France. Par ailleurs, j’aimerais partager avec vous ma photo « La chica de Lavapies » que j’ai prise en mars 2018 à Madrid. Ce jour-là, en déambulation dans la rue Lavapies, je m’attarde et photographie une belle fresque murale représentant un visage féminin. Après plusieurs clichés, je repars sur mon chemin et puis en me retournant de nouveau vers la fresque je vois cette jeune femme apparaissant dans le champs de vision, la fresque en arrière plan, c’est un vrai déclic, elle est sublime et ressemble comme 2 gouttes d’eau au personnage de la fresque… je prends plusieurs clichés, moment magique pour moi. Je vous transmets 2 versions, couleur et noir et blanc (après post traitement sur Lightroom).

SPF : Quels sont les défis que vous rencontrez en photographie de rue et pourriez-vous partager une expérience marquante ?

Gaby Burtin : On va dire que je suis quelque peu introverti (pour ne pas dire beaucoup!), donc il est clair que cela est un peu compliqué avec la pratique de la photo de rue où il faut aller souvent au plus près des gens. Donc à chaque fois c’est un vrai challenge, il faut lancer la machine et arriver à rentrer dans sa bulle. À partir de là, résilience et transcendement font le boulot et c’est dans ces moments que notre personnalité se révèle. De toute façon je pense que la photographie est un véritable exutoire pour les introvertis, qu’elle est très valorisante pour eux car c’est un moyen de communiquer silencieusement, le langage ne restant que visuel.

Photographie de rue de Gaby Burtin

SPF : L’éthique est un aspect crucial en photographie de rue. Comment gérez-vous les questions d’éthique, notamment concernant la vie privée des personnes photographiées ? Avez-vous rencontré des situations délicates ?

Gaby Burtin : Cette question est très liée avec la précédente. Il est clair que quand on évoque la photographie de rue, c’est le principal défi que l’on a à surmonter et on rebondit automatiquement sur l’éthique, le respect des personnes et le droit à l’image. Et quoi que l’on dise sur le fait que le droit peut nous autoriser à photographier dans l’espace public (selon les pays!), notre propre sensibilité va s’adapter à la question. En ce qui me concerne, ayant du mal à demander des consentements et de plus n’étant pas forcément adepte à faire des portraits de rue posés, les déclenchements sont souvent instinctifs et rapidement exécutés. Dès lors s’il y a une réaction négative de la part de la personne tiers, et je comprends que cela puisse déplaire, je m’adapte au mieux, voire si c’est nécessaire de supprimer les photos. Je dois dire que ces situations sont arrivées et ont été solutionnées sans grandes difficultés. Par ailleurs, j’évite de prendre en photos les personnes dans le besoin ainsi que les scènes très intimes. Je suis très vigilant également par rapport à la publication en faisant attention à diffuser des images valorisantes.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux photographes débutants intéressés par la photographie de rue ? Comment peuvent-ils développer leur créativité ?

Gaby Burtin : Malgré mon âge déjà avancé… il faut bien en convenir…, je me sens toujours comme un débutant et il y a pléthore d’experts dans le domaine qui font très bien le boulot (que je continue d’ailleurs à consulter!). Ce que je peux dire aux débutants, c’est justement de consulter ces experts et j’en ai cité 2, en début de cette présentation, que je leur recommande particulièrement. Je leur conseillerai également de se documenter, à découvrir les grands photographes assimilés à la photo de rue, d’acheter leurs livres, de voir des expos ou de regarder les vidéos existant à leur sujet. Je dirais aussi qu’ils se laissent aller à leurs impulsions et sensations, chacun ayant sa propre vision des choses et sa propre façon de les exprimer. Essayez de reproduire vos photographes préférés mais faites ressortir votre propre personnalité c’est encore mieux, et puis sortez sur le terrain le plus possible : plus vous pratiquez, plus vous concrétisez votre savoir-faire et vous réalisez de belles photos!

SPF : Pouvez-vous nous parler de vos projets futurs en photographie de rue ? Avez-vous des expositions ou des publications prévues prochainement ?

Gaby Burtin : Ces toutes dernières années, on va dire depuis les années COVID, j’ai voulu mettre en place un processus photographique complet, c’est-à-dire jusqu’à l’impression sur papier (mes photos restant auparavant dans les disques durs de l’ordinateur). J’ai alors mis en place la création de magazines auto-édités nommés gabZines. C’était une façon pour moi de partager ma passion avec les autres et de faire connaître mon travail. J’ai réalisé à ce jour une dizaine de ces ouvrages sur des sujets photographiques divers réalisés durant ces 10 dernières années et consacrés à de la photo de rue, paysages et portraits. Mes projets et objectifs on va dire à court terme sont d’une part d’intensifier ma pratique de la photo de rue en augmentant le nombre de mes sorties terrain, de continuer et améliorer mes éditions de gabZines que je souhaite consacrer exclusivement à la photo de rue pour l’année 2024. Pas d’autres projets pour l’instant, je reste par contre disponible pour toute opportunité qui pourrait se présenter pour participer à une exposition. Je ne me sens pas prêt pour l’instant à me lancer en solo.

SPF : Comment avez-vous rejoint la communauté de Street Photography France et quels avantages y trouvez-vous ?

Gaby Burtin : J’ai découvert SPF lors de l’une de mes déambulations sur internet, Instagram probablement, je ne me rappelle plus très exactement. Je suis très sensibilisé sur votre capacité à mettre en avant les photographes adhérents, j’ai beaucoup apprécié les 2 premiers numéros de votre magazine, c’est pourquoi j’ai décidé de m’inscrire à votre communauté. Je suis persuadé que je saurais trouver avec vous l’espace adéquat pour diffuser mon travail. Et pourquoi pas des travaux en commun : expos par exemple !

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