Dans le mouvement des autres. Bruno Palisson

Photographe autodidacte, Bruno Palisson est venu à la photographie de rue par le travail de Raymond Depardon, Bernard Plossu et leurs manières de traverser le réel. Après avoir longtemps observé cette pratique à distance, il s’y consacre depuis trois ans, avec un intérêt particulier pour le mouvement, les déplacements et la rencontre.

Équipé d’un Fujifilm X-E5, il photographie en marchant, sans mettre en scène ni attendre. Son approche cherche moins à se tenir à l’extérieur des situations qu’à entrer dans leur rythme, en anticipant les gestes et les trajectoires.

Du Japon aux transports en commun, ses images racontent des présences fugitives et des instants de confiance. Empathie, discrétion et respect structurent une pratique encore en évolution, portée par le désir de développer un travail au long cours sur la vie dans les transports.

On pose les questions à Bruno…

Dans cette interview, Bruno partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Bruno Palisson : C’est en découvrant le travail de Raymond Depardon, en 1981. Je crois qu’il avait reçu une commande de Libération pour réaliser une photo par jour à New York. Ses voyages en Afrique, en 1988, m’ont également marqué, tout comme le travail de Bernard Plossu, découvert en 1989.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Bruno Palisson : Depuis trois ans. J’ai attendu très longtemps : je l’ai toujours regardée de loin, dans une sorte de « je t’aime, moi non plus ». J’avais beaucoup de projets à réaliser auparavant et je ne le ressentais pas encore. Aujourd’hui, je suis pleinement dans cette ambiance, mais je la travaille autour d’un thème, notamment celui du déplacement, dans lequel je me trouve moi aussi.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Bruno Palisson : Je suis autodidacte.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue ?

Bruno Palisson : Un Fujifilm X-E5 avec un zoom 16–50 mm ou un 23 mm fixe, selon l’humeur.

SPF : Avez-vous un équipement préféré, et pourquoi ?

Bruno Palisson : Le Fujifilm X-E5 : il est petit, léger et qualitatif. Il me convient très bien aujourd’hui.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Bruno Palisson : J’aime être dans le mouvement des personnes que je photographie. Je ne m’arrête presque pas. Je ne chasse pas, je n’attends pas et je ne mets rien en scène. Je n’aime pas trop être extérieur à la scène. J’aime ressentir et donc anticiper ce qui va se passer. J’aime l’idée de la rencontre. Cela ne fonctionne pas toujours ! De là à dire que j’ai un style, je ne sais pas.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Bruno Palisson : Raymond Depardon, Bernard Plossu, Harry Gruyaert, Tatsuo Suzuki, Miguel Leache, Bruno Labarbère et plein d’autres.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Bruno Palisson : Une jolie rencontre avec un chauffeur de taxi à Tokyo. J’appréhendais, car je respecte leur réserve, leur courtoisie ; le rapport à l’autre n’a vraiment rien à voir avec le nôtre. Je souhaitais rencontrer un chauffeur un peu âgé, dans une voiture ancienne avec des housses en dentelle, donc avec une éducation moins actuelle. Cerise sur le gâteau, il avait même installé un rideau de douche comme séparation : génial pour l’ambiance.

Ma femme, elle, était sûre que cela pouvait les amuser. Ne parlant pas japonais, j’avais fait préparer un texte expliquant ma démarche. Il est resté très silencieux et j’ai pensé qu’il allait me prendre pour un fou. Contre toute attente, il nous a dit oui, s’est pris au jeu et nous a promenés pendant deux heures, de nuit, dans les lieux connus de Tokyo. Nous avons pu échanger ; il veillait même à ce que le parcours convienne à mes photographies.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Bruno Palisson : En France, photographier les personnes de face est plus compliqué qu’à l’étranger. Il faut parfois regarder ailleurs, ou croiser le regard de la personne tout en gardant l’appareil sur le ventre au moment de déclencher. Cela étant, je le fais un peu partout et je cadre en marchant.

SPF : Avez-vous une anecdote amusante ou mémorable liée à une séance de photographie de rue ?

Bruno Palisson : Je vous ferais la même réponse qu’à la question précédente sur le chauffeur de taxi à Tokyo : c’est un très joli souvenir.

SPF : Comment gérez-vous les questions éthiques liées à la photographie de rue ?

Bruno Palisson : Je ne photographie pas les enfants ni les situations familiales.

SPF : Comment réagissez-vous face aux personnes qui ne souhaitent pas être photographiées ?

Bruno Palisson : Je n’ai pas encore rencontré cette situation pour le moment.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants en photographie de rue ?

Bruno Palisson : Je débute encore moi-même, alors je n’oserais pas vraiment donner de conseil.

SPF : Comment préparez-vous une session de photographie de rue ?

Bruno Palisson : Je crois qu’il faut de l’affection et de l’empathie, même lorsque l’on pourrait être un peu moqueur.

SPF : Quels sont vos projets ou objectifs futurs en photographie de rue ?

Bruno Palisson : J’aimerais développer davantage un travail sur la vie dans les transports, mais la tâche est assez délicate dans ce huis clos. Lorsque Miguel Leache photographie les gens endormis, moi, j’aimerais le faire lorsqu’ils sont réveillés. Je dois encore réfléchir à la manière de l’aborder.

SPF : Envisagez-vous de participer à des expositions ou des concours ?

Bruno Palisson : Je participe au festival photo de Vic-sur-Seille les 23, 24 et 25 octobre. À la mi-décembre, j’exposerai avec le collectif Libres Perspectives à Paris, puis de nouveau en mars 2027.

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