Conversation avec Gontran Verrier, Photographe de Rue

Dans cette interview, nous vous invitons à découvrir l’univers de la photographie de rue en noir et blanc aux côtés de Gontran Verrier, un discret chasseur d’images urbain passionné. Originaire de Normandie et parisien d’adoption depuis 25 ans, Gontran partage ses inspirations, ses méthodes de création, et sa quête pour capturer l’essence mélancolique de la vie urbaine à travers son objectif. Découvrez comment il s’inspire des grands maîtres de la photographie tout en explorant les rues de Paris, et comment il aspire à transmettre des réflexions sociologiques à travers ses images.

On pose les questions à Gontran…

Dans cette interview, Gontran Verrier partage avec nous son parcours photographique.

 

SPF: Pourriez-vous nous expliquer comment vous avez découvert votre passion pour la photographie de rue en noir et blanc ?

Gontran: Né en Normandie et parisien d’adoption depuis 25 ans, je suis un passionné de photos de rue et me définis plutôt comme un discret chasseur d’images urbain. Inspiré par les grands maîtres comme Cartier Bresson, Brassai, Willy Ronis, j’ai commencé la photo de rue à mon arrivée à Paris, d’abord dans le 15e arrondissement, très graphique avec les tours du front de Seine et le parc André Citroën puis très vite et naturellement la photo de rue en noir et blanc s’est imposée à moi. Paris est un magnifique terrain de jeu ! Nul besoin d’aller loin, il suffit bien souvent de faire le tour de son quartier pour trouver une image intéressante.

SPF: Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans la photographie de rue et dans l’expression de la mélancolie à travers vos images ?

Gontran: Le spectacle de la rue me fascine, m’attire irrémédiablement avec ses scènes furtives dans les différentes ambiances des rues parisiennes. J’essaie de capter de beaux instants de vie urbaine avec des prises de vues sur le vif aux cadrages rigoureux, je privilégie toujours le snapshot. La photo idéale est sans aucun doute celle qui ne passe pas en post-production.

SPF: Y a-t-il des photographes de rue en noir et blanc qui ont influencé votre style artistique ? Si oui, lesquels et de quelle manière ?

Gontran: Au fil du temps, j’ai vite compris humblement que je m’inscrivais dans la tradition photographique d’une autre époque. Mes inspirations sont les photographes des années 70 80 comme Willy Ronis, Cartier-Bresson, Depardon ou encore Elliott Erwitt. Autodidacte et avide de connaissances, je lis des livres photos, je m’initie sur la technique photo, je me rends aux expositions photos. La culture de l’image et la pratique photo sont indissociables dans la création.

SPF: Comment choisissez-vous vos sujets ou vos scènes dans l’environnement urbain pour créer cette ambiance mélancolique ?

Gontran: Lors de mes balades photographiques, je choisis un quartier au hasard. En arpentant les rues à l’affût d’une opportunité, l’émotion et l’instinct d’une vision me donnent bien souvent l’occasion de déclencher une scène émouvante à mes yeux.

SPF: Pourriez-vous partager avec nous votre processus de création, de la prise de vue à la post-production, pour obtenir ces tonalités mélancoliques ?

Gontran: Au début de ma promenade et après les réglages de mon appareil photo, je fais abstraction du bruit de la rue pour rentrer dans ma bulle. Comme un sportif, je m’échauffe sur deux ou trois shootings sans intérêt quoique… mais qui me permettent de confirmer les bons réglages de mon appareil compact et léger.

Ce rituel est récurrent pour une mise en condition visuelle et émotionnelle. L’appareil photo toujours en bandoulière, beaucoup de mes clichés sont pris comme avec un appareil 6×6. La composition et le cadrage reflètent mes émotions. La technique que j’utilise est un gain de temps, pour un déclenchement optimal. L’anticipation de l’instant décisif est la clef d’une bonne photo. Ainsi, je ne cherche pas à passer du temps sur la technique, ma priorité est une prise de vue dans l’instant D qui reflète la réalité, et les émotions qu’elle m’inspire. Par ailleurs, j’essaie de ne pas trop utiliser la post-production qui, à mon sens, peut très vite changer la lecture de la photo originale. Les outils classiques comme le recadrage, les contrastes, l’exposition sont largement suffisants pour obtenir une belle image.

SPF: Quels sont les défis que vous rencontrez fréquemment lors de vos séances de photographie de rue, en particulier lorsque vous recherchez cette esthétique mélancolique ?

Gontran: Sans aucun doute trouver le bon cadrage en me rapprochant au maximum du sujet en suivant la devise et le conseil de Robert CAPA: « Si la photo n’est pas bonne, c’est que vous n’êtes pas assez près ». L’utilisation d’une focale fixe grand angle oblige vraiment de se déplacer autour du sujet tout en observant la scène dans sa composition finale avant le déclenchement.

SPF: Comment gérez-vous l’interaction avec les personnes que vous photographiez dans la rue ? Y a-t-il des anecdotes intéressantes à partager à ce sujet ?

Gontran: Toujours avoir le sourire. Je vois souvent des shooting de rue de portraits avec des jeunes prenant la pose comme des top modèles… le résultat est bien souvent médiocre. Le métier de mannequin ne s’improvise pas. L’instantanéité d’un portrait dévoile toujours le charme de la personne, donne de la spontanéité et du dynamisme à l’image.

SPF: Quel message ou émotion espérez-vous transmettre aux spectateurs de vos photographies en noir et blanc mélancoliques ?

Gontran: Modestement, je dirais être le témoin de la condition humaine de notre époque. Cette transmission me semble intéressante d’un point de vue sociologique. Les images en disent beaucoup sur la société actuelle.

SPF: Pouvez-vous nous parler de projets futurs ou de collaborations artistiques auxquels vous aspirez dans le monde de la photographie de rue ?

Gontran: À ce jour, je travaille sur un projet axé plutôt sur la communication à travers l’image… j’aspire dans l’absolu, à progresser dans la photo de rue avec des rencontres physiques pour des moments de convivialité et d’échanges de bonnes pratiques.

SPF: Comment envisagez-vous votre propre développement artistique dans les années à venir et quelles sont vos aspirations artistiques à long terme ?

Gontran: Cette réflexion n’est pas encore mûre, je me laisse encore du temps et de l’apprentissage pour envisager une vision artistique plus affinée.

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