Composer de l’extraordinaire avec du banal. Vincent SZUSTA

Vincent SZUSTA est venu à la photographie de rue par goût de l’esthétique : extraire une micro-seconde d’une scène passée devant tout le monde, et composer de l’extraordinaire avec du banal. Il avait commencé il y a longtemps, avant qu’un vol d’appareil à Buenos Aires et un rythme de travail trop effréné ne l’en éloignent. Autodidacte, nourri de livres sur l’histoire de la photographie, il photographie aujourd’hui avec un Olympus OM-5 et une focale fixe de 35 mm, et cherche les clichés où se dégage une tension urbaine.

On pose les questions à Vincent…

Portrait de Vincent SZUSTA

De Buenos Aires à une boucherie de Palerme : Vincent SZUSTA raconte la timidité, la connexion qui se joue en une fraction de seconde et les jours « sans ».

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Vincent : Étant sensible à l’esthétique en général, ce penchant s’est naturellement invité jusque dans la rue. Je trouve passionnant de pouvoir extraire une micro-seconde de scène qui s’est passée devant tout le monde, mais que vous-même avez remarquée. Composer de l’extraordinaire avec du « banal », c’est jouissif.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Vincent : J’avais commencé il y a bien longtemps, mais un vol d’appareil photo à Buenos Aires et un rythme de travail à l’étranger trop effréné m’en avaient éloigné.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Vincent : Autodidacte. Des livres divers, pas tant sur la technique que sur l’esprit général, l’attitude, et surtout sur l’histoire de la photographie.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Vincent : Un petit micro 4/3, un Olympus OM-5, avec une focale fixe Sigma 35 ou 50. C’est un parfait compagnon de voyage, léger et résistant. Mais j’attends mon Sony Alpha 7R IV très prochainement.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Vincent : Une focale fixe de 35 mm bien piquée, et de très bonnes chaussures. Surtout : ressentir l’envie d’aller chasser, et ne pas insister quand c’est un jour « sans », c’est-à-dire lorsque je ne suis pas assez connecté avec moi-même pour ressentir ce qu’il se passe autour.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Vincent : Je ne sais pas vraiment, mais je crois que j’aime les clichés où se dégage une sorte de tension urbaine, quand la jungle c’est nous. J’aime aussi ce qui dénonce l’hypocrisie humaine.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Vincent : Cartier-Bresson, Marc Riboud, McCurry, Koudelka, Fan Ho… il y en a tellement. Mais je pense aussi que l’on regorge de talents un peu moins connus : Jozef Macák, Ovidiu Selaru, Stéphane Pia, Greg Mo, GMB Akash…

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Vincent : Ce boucher de Palerme était immobile à partir du moment où il m’a vu. Il a continué à envelopper sa viande, puis n’a plus bougé. Il m’a simplement regardé fixement pendant ce qui m’a semblé une éternité.

Vincent : Trop intimidé, je suis parti, et j’ai remarqué que deux personnes me suivaient. Elles se sont ensuite dissipées, voyant que je suis un amateur sûrement. Je ne suis jamais retourné à cette boucherie 🙂

Un boucher de Palerme fixe l’objectif derrière son étal, photographie de Vincent SZUSTA.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Vincent : La timidité, oser s’imposer — d’où la nécessité d’être dans un « bon jour », d’avoir le cran de s’affirmer et de sourire.

Vincent : Se connecter au bon moment : ça se joue sur une fraction de seconde. Si cette micro-seconde est loupée, l’absence de connexion éteint la possibilité d’un beau cliché. Pour ça, une seule solution : sortir et pratiquer davantage, et être souriant et avenant !

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Vincent : Pas en particulier. Je peux juste dire que la pratique va de pair avec les connexions : rencontrer d’autres férus de photo dans la rue est toujours intéressant, partager nos clichés du jour sur l’écran de l’appareil, avoir des étincelles dans les yeux en parlant de telle ou telle photo du jour. Ça apporte beaucoup — on peut parfois se sentir seul après de longues heures un peu bredouille.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Vincent : Je m’arrête là où le sujet est gêné. S’il veut que j’efface, je le fais ; je ne cherche pas à débattre car je ne veux pas mettre mal à l’aise. J’argumente pourtant en disant que l’espace public est permis en France, mais chacun a ses limites et je respecte cela.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Vincent : Non, pas vraiment de situations trop délicates.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Vincent : Sortir le plus souvent possible, sans aller loin de chez soi, et sortir dans des conditions différentes. Lire beaucoup sur l’histoire de la photo, les différents courants ainsi que les pionniers. Aiguiser son regard même quand on n’a pas l’appareil — et surtout quand on ne l’a pas.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Vincent : S’arrêter et souffler un peu quand on ne se sent pas à la hauteur de ses propres espérances. Et ne pas se décourager : combien de fois suis-je rentré en pensant que je n’avais rien de bon, et puis à l’écran ce n’est pas si mal. Donc le conseil est de ne pas éditer le jour où l’on se sent « moins bien » !

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Vincent : En construction !

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Vincent : Oui, je construis tout doucement en vue de pouvoir me montrer davantage. Je vais passer le pas et envoyer quelques clichés vers des médias qui me plaisent.

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