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Clémence Rougetet

SA GALERIE

Noir, contraste et dignité : écrire la rue sans trahir

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Clémence Rougetet : En 2013, j’emménage à Paris dans le cadre de mes études de communication et de journalisme. Déjà passionnée par la photo de rue, j’ai sauté le pas et je me suis lancée pleinement dans la street photography. Paris est un véritable terrain de jeu pour ce type de pratique: on a beau passé plusieurs aux mêmes endroits, le résultat ne sera jamais le même in fine.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Clémence Rougetet : Le démarrage a été timide, vers 2013-2014. Puis, au fil de mes rencontres professionnelles et personnelles, j’ai pu m’investir pleinement dans la street photography. Une vraie passion dévorante aujourd’hui.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Clémence Rougetet : Autodidacte, à 3000%.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Clémence Rougetet : Je travaille aussi bien en numérique, qu’en argentique. Côté numérique, je travaille avec un Canon 5D Mark IV. Côté argentique, un Rolleiflex SL-35 m’accompagne, avec des pellicules exclusivement en noir et blanc (Rollei Superpan 200, Kosmo Foto Mono 100, Rollei RPX, etc.).

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Clémence Rougetet : Pour ce qui est de mon boîtier argentique, je dispose d’une focale fixe. En l’occurrence, il s’agit d’un Rollei Distagon 35mm f/2.8. Quant au boîtier numérique, je photographie uniquement avec un Canon EF 24-105mm f/4 L IS USM.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Clémence Rougetet : Dans un premier temps, je dirais contrasté. Travaillant uniquement en noir et blanc depuis plusieurs années, j’ai développé une appétence pour des clichés fortement contrastés, permettant de voir le plus de détails possibles sur chacun de mes clichés. Dans un second temps, je vous dirai humaniste, car je suis toujours prudente sur la manière de photographier les gens que je croise, afin de respecter leur intégrité. Pas question pour moi que mes portraits ne nuisent à l’intégrité de la personne photographie, je cherche une certaine forme de poésie.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Clémence Rougetet : Bien évidemment! Deux personnes me viennent en tête: Sabine Weiss et Vivian Meier.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Clémence Rougetet : Cette photo a été prise en argentique, avec une Rollei RPX 100 ASA, en 2024, du côté de la Rue du Louvre (Paris 1er). Au moment de l’enclenchement, je m’aperçois que mes réglages n’étaient pas bons, craignant une surexposition in fine. Au moment du développement, cet « accident » technique se transforme en « heureux hasard », donnant au final un résultat assez intéressant et contrasté comme j’aime. J’en ai fait un tirage depuis, qui décore actuellement mon intérieur. Ce cliché, je l’ai baptisé: « Smog in the street ».

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Clémence Rougetet : Outre les conditions météorologiques, je fais en sorte que mes modèles d’un instant ne soient pas dévalorisés. J’essaie de trouver une cohérence entre un passant avec son décor, et inversement. Mes séries se construisent sur du long terme généralement.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Clémence Rougetet : Je n’en pas particulièrement en mémoire à ce jour.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Clémence Rougetet : J’évite de prendre en photo les enfants (sauf si les parents m’y autorisent bien sûr). Si le cadrage ne me permet pas de les éviter, j’essaie de trouver un subterfuge – notamment le contre-jour – pour éviter qu’ils ne soient pas reconnaissables sur mes clichés.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Clémence Rougetet : Malheureusement, oui. C’était du côté de Beaubourg, en fin de journée, c’était l’hiver, la nuit tombait alors tôt. En attendant un ami photographe, je commence à faire mes réglages en direction d’un kiosque à journaux. Encore ouvert, son éclairage intérieur a forcément attiré mon regard. Tout en faisant mes réglages, j’entends le kiosquier s’énerver verbalement. Je pensais qu’il s’adressait au client alors présent devant lui. Je poursuis mes réglages et c’est à ce moment-là que le kiosquier sort de sa boutique, muni d’une batte de baseball, et vient me menacer physiquement pour que je « dégage » du secteur. Premier réflexe, je protège mon matériel. Coup de chance, il se calme aussi tôt, mon ami arrive enfin et nous partions rapidement dans la foulée.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Clémence Rougetet : Ne jamais partir seul(e) quand on démarre la photo de rue, car on ne sait jamais d’avance comme vont réagir les gens. Je conseille de partir en binôme avec quelqu’un qui a déjà « l’expérience de la rue », en cas de pépin. C’est aussi un excellent moyen de partager et de se relever des défis, d’échanger des conseils, etc.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Clémence Rougetet : Se faire des défis thématiques est un excellent moyen de booster sa créativité. Si le résultat n’est pas celui escompté au démarrage, ce n’est pas grave, demain ne sera que meilleur. L’avantage du numérique, c’est qu’il n’y pas de « frein technique », où les pellicules sont limitées à 36 poses.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Clémence Rougetet : OOOOh que oui, j’ai plusieurs séries en cours, dont le best-of que je vous aie envoyé ci-joint. La série s’appelle « Géométries urbaines ».

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Clémence Rougetet : Bien évidemment! Je participe cet été, du 22 au 26 juillet 2026, au « Kiff Urban Fest »: deux de mes clichés ont été retenus. Je participe également au « Prix international La Cense de le Photographie de Cheval » (en attente des résultats, annoncés pour mai 2026), avec une série photo que j’ai réalisé en 2025 en Mongolie. Et d’autres projets bien sûr sont en attente…

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Le « Kiff Urban Fest » au Kiff & Marais: participation du 22 au 26 juillet (2 clichés exposés – expo collective).

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