Des instants vivants et authentiques. Claude-Isis Tchicaya

Tout commence pour Claude-Isis Tchicaya par un concours photo sur le thème « Nature urbaine » : depuis, elle ressent que ce sont ces instants vivants et authentiques qu’elle souhaite capturer, et auxquels son travail peut donner du sens. Elle cherche avant tout à mettre en lumière ce qu’il y a d’unique dans les instants du quotidien, et à faire partager les émotions observables dans des actions ou des situations en apparence banales : un mouvement, un regard, une interaction.

On pose les questions à Claude-Isis…

Portrait de Claude-Isis Tchicaya

Une photographe qui choisit un quartier, garde quelques idées en tête et se laisse porter par la spontanéité de la vie.

SPF : Qu’est-ce qui vous attire dans la photographie de rue en particulier ? Pourquoi avez-vous choisi ce genre photographique ?

Claude-Isis Tchicaya : Suite à un concours photo sur le thème « Nature urbaine », j’ai développé mon regard de photographe sur les thèmes liés à la photographie de rue tels que l’ambiance d’un lieu, le mouvement des passants, les interactions entre les gens, etc. Je ressens depuis ce moment que ce sont ces instants vivants et authentiques que je souhaite capturer et auxquels mon travail peut donner du sens.

SPF : Pouvez-vous nous parler de votre approche artistique en matière de photographie de rue ? Quels éléments cherchez-vous à capturer dans vos images ?

Claude-Isis Tchicaya : Je souhaite avant tout mettre en lumière ce qu’il y a d’unique dans les instants du quotidien. Je veux montrer et faire partager les émotions qui sont observables dans des actions ou situations en apparence banales. Cela peut être un mouvement, un regard, une interaction qui m’inspirent par exemple un sourire, un apaisement, un pincement au cœur, une interrogation, un étonnement.

SPF : Comment choisissez-vous les lieux ou les sujets de vos photographies ? Y a-t-il une préparation préalable ou préférez-vous l’improvisation ?

Claude-Isis Tchicaya : En général, je choisis une zone ou un quartier pour ma sortie photo, j’ai souvent quelques idées de sujets en tête, mais il arrive fréquemment que je me laisse porter par la spontanéité de la vie. Au final, on peut dire que c’est l’improvisation qui a le dernier mot.

SPF : Quel rôle joue la couleur ou le noir et blanc dans votre travail photographique ? Comment décidez-vous quelles photos seront en noir et blanc et lesquelles seront en couleur ?

Claude-Isis Tchicaya : Parfois, au cours de mes sorties photos, je m’impose de shooter en noir et blanc, c’est souvent pour moi un bon exercice de fin de session. Dans ce cas, j’essaye de m’adapter sur le moment pour réaliser des compositions directement adaptées à ce style, notamment en termes de contraste. Cela correspond pour moi à des situations un peu hors du temps, des moments que le noir et blanc me permet de cristalliser plus profondément. Par ailleurs, durant la post-production, je me pose constamment la question de l’intérêt et de l’apport de la couleur sur mes différentes photos. Cela m’aide à discerner les photos pour lesquelles le message est finalement plus percutant en noir et blanc.

SPF : Pouvez-vous nous parler d’une expérience ou d’une rencontre particulièrement mémorable que vous avez eue lors de vos séances de photographie de rue ?

Claude-Isis Tchicaya : J’ai deux instants photos qui me viennent en tête. Le premier est un instant capturé devant le Louvre, où j’ai pris une photo de 3 jeunes penchés sur leur téléphone, dans leur bulle, sans interaction entre eux ou avec leur environnement. À ce moment-là, j’ai vraiment eu la conviction de cristalliser toute notre époque, avec un de ses principaux travers, dans une seule photo. Le second est de l’ordre de l’émotionnel. Lors d’une sortie sous le pont Bir Hakeim, je pensais m’entraîner sur des aspects techniques (angles de vue, composition, lumière, etc.), mais finalement à un moment précis, en voyant une femme en robe blanche contempler la tour Eiffel, j’ai ressenti un sentiment très fort de sérénité m’envahir. Il y avait quelque chose d’imprévu, de très poétique, et je pense l’avoir capturé dans la photo prise à ce moment-là.

Terrasse de café éclairée la nuit, photographie de Claude-Isis Tchicaya.

SPF : Comment gérez-vous l’équilibre entre l’intrusion dans la vie privée des personnes que vous photographiez et la nécessité de capturer des moments authentiques ?

Claude-Isis Tchicaya : Afin de conserver cet équilibre, je préfère me tenir à une distance raisonnable des personnes ou les photographier de dos. Je ne préviens pas mes sujets en amont car sinon la démarche perdrait, à mon sens, sa spontanéité.

SPF : Y a-t-il des défis spécifiques auxquels vous êtes confronté en tant que photographe de rue ? Comment les surmontez-vous ?

Claude-Isis Tchicaya : Mon premier défi est technique. Mon matériel actuel ne me permet pas toujours de réaliser ce que j’ai en tête. Je dois donc faire en fonction des contraintes imposées par ce matériel. Mon second défi est d’essayer d’apporter quelque chose de nouveau avec mes photographies. Sachant que je vis en région parisienne, je suis amenée à travailler sur des sites bien connus, déjà photographiés mille fois comme la tour Eiffel, la cathédrale Notre-Dame, le Louvre, etc. Je n’y parviens pas systématiquement, mais je fais de mon mieux pour progresser sur cet aspect. Le dernier défi est celui imposé par la définition même de la photographie de rue, c’est d’être suffisamment observateur et réactif. Il faut s’adapter, être prêt à dégainer rapidement pour capturer l’inattendu, ou parfois il faut s’armer de patience pour réaliser la composition que l’on a imaginée.

SPF : Comment Street Photography France a-t-il influencé votre parcours en tant que photographe ? Quels avantages trouvez-vous à faire partie de cette communauté ?

Claude-Isis Tchicaya : Un des points forts de la communauté est de mettre en avant des photographes de tous les niveaux d’expérience, y compris des amateurs ou débutants. J’ai pu en bénéficier alors que ma page dédiée n’en est qu’à ses débuts. Le fait de pouvoir partager ses productions et d’avoir des retours et conseils de la communauté est très bénéfique pour progresser et se construire en tant que photographe.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux photographes débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Claude-Isis Tchicaya : Pour un débutant, il y a souvent le risque de s’autocensurer, soit parce qu’on ne maîtrise pas toutes les règles de la photographie, soit parce qu’on a « peur » de ses idées si elles ne sont pas communes, soit parce qu’on pense ne pas avoir le bon matériel. Moi je dirais qu’il faut se lancer, qu’il faut oser et ne pas se mettre de limites. Ce sont d’ailleurs des principes que j’essaie d’appliquer pour moi-même.

SPF : Comment envisagez-vous l’évolution de votre travail de photographe de rue à l’avenir ? Y a-t-il des projets ou des idées que vous aimeriez explorer ?

Claude-Isis Tchicaya : Je saisis les opportunités au jour le jour et je souhaite continuer à m’améliorer. À l’heure actuelle, j’estime que je cherche encore mon identité de photographe. Mon but est de trouver une patte, une signature, qui rendront mes photos spéciales et reconnaissables.

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