Christian Roosen : 55 Ans de Rue

Depuis plus d’un demi-siècle, Christian Roosen arpente les rues, témoin discret mais attentif du monde qui l’entoure. Son regard, affûté par les années, capte l’instant avec une justesse troublante, oscillant entre l’inattendu et l’essence du quotidien. Formé sur le terrain, sans autre boussole que sa curiosité et son instinct, il a traversé les époques, observant l’évolution des villes, des visages, des gestes furtifs qui racontent l’ordinaire avec une force silencieuse.

Du village où tout a commencé à ses travaux exposés au sein d’institutions prestigieuses, son parcours est celui d’un humaniste. Attaché à l’authenticité, il rejette l’artifice, préférant la lumière brute et les scènes épurées à toute mise en scène. Avec lui, la photographie de rue n’est pas un simple exercice esthétique, mais un langage universel où chaque image devient un fragment de mémoire collective.

Dans cette interview, Christian Roosen partage son itinéraire, ses inspirations et sa vision du monde à travers l’objectif. Entre souvenirs, réflexions et philosophie du regard, il nous invite à une plongée dans son univers, où l’image n’est jamais figée, mais toujours en mouvement.

On pose les questions à Christian…

Dans cette interview, Christian Roosen partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Christian Roosen : Grâce à un ami de 65 ans, qui m’a initié à la photographie de rue alors que j’en avais 14, j’ai découvert cette passion avec enthousiasme. Il m’a guidé sur ce chemin et m’a permis d’y prendre goût.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Christian Roosen : Depuis le tout début, cela fait environ 55 ans. Ça fait un bail, et ça ne me rajeunit pas. Je viens juste de réaliser que cela représente un demi-siècle. ☺

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Christian Roosen : Autodidacte. Tout a commencé dans mon village natal, à 14 ans, lorsque j’ai rencontré Maurice, un photographe qui vivait près de chez moi. Maurice Gilis, photographe industriel, m’emmenait régulièrement sur des sites pour ses prises de vue. Je l’aidais à transporter le matériel, et une fois arrivés, il me confiait un ou deux flashes. Mon rôle consistait alors à me faufiler dans les grands halls industriels et à déclencher entre les machines.
Comme nous vivions dans le même village, je lui rendais souvent visite. Parfois, des amis passaient chez lui, dont le photographe Hubert Grooteclaes.
Un jour, je me suis retrouvé chez Hubert, en compagnie de Maurice. Ce jour-là, Hubert recevait la visite de Léo Ferré. Pourtant, à cet âge, ni les photos d’Hubert ni la musique de Léo ne m’attiraient.

Maurice Gilis

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Christian Roosen : Aujourd’hui, j’utilise un Leica Q2. L’un de mes premiers appareils était un Zénith, dont le modèle m’échappe. Après le Zénith, j’ai eu un Canon FTb QL, suivi de ce que l’on pourrait appeler mes années folles : plusieurs appareils moyens et grand format, ainsi qu’une chambre 4×5 inch, avant de finalement aboutir à un Leica M4, qui m’a accompagné pendant de nombreuses années. Mais je tiens à préciser qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un Leica pour faire de la photographie de rue. On peut très bien le faire avec presque n’importe quel appareil. L’essentiel, c’est de rester discret, presque invisible, et un petit appareil y aide beaucoup.
L’image et l’approche : Je n’utilise pas de téléobjectif, car bien qu’il offre une proximité visuelle, il m’éloigne paradoxalement de mon sujet. Pour saisir pleinement l’instant, je dois être au cœur de la scène. C’est ainsi que je capture une image à la fois pure, compréhensible et fidèle à son contexte.
Je privilégie exclusivement la lumière naturelle, rejetant l’utilisation de toute source artificielle.

 

Une de mes premières photographies de rue, réalisée en 1972.  

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Christian Roosen : Pour la photographie de rue, ou plus précisément la photographie humaniste, je pense que je n’ai pas vraiment un style défini. J’apprécie particulièrement les situations un peu drôles et cocasses, celles qui capturent des moments inattendus et qui révèlent la spontanéité de la vie quotidienne. Ce sont souvent ces instants imprévus qui donnent à la photo toute sa richesse.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Christian Roosen : Je ne me suis jamais vraiment intéressé à ce que faisaient les autres. Des noms comme Henri Cartier-Bresson ou Robert Doisneau ne m’étaient pas connus avant 2005, moment où j’ai commencé à m’intéresser davantage à l’histoire de la photographie.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Christian Roosen : Ce n’est pas vraiment une photo de rue, mais plutôt une photo humaniste. Bien que je ne sois resté que quelques minutes dans cette chambre pour prendre cette photo, cela n’a pas été facile. Malgré tout, je suis resté concentré sur le travail à accomplir, bien que les larmes m’envahissent. On y voit une patiente en soins palliatifs, accompagnée d’une bénévole qui vient la soutenir dans ces moments difficiles. Cette photo fait partie d’une série de 12 clichés commandée par le ministère de la Culture, et aujourd’hui, cette série fait également partie du patrimoine culturel de notre région.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Christian Roosen : À mon âge, je n’ai plus besoin de défis. Je préfère me concentrer sur ce qui me passionne vraiment, sans chercher à me prouver quoi que ce soit. Maintenant, je privilégie le moment présent et continue à faire ce que j’aime, à mon propre rythme.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Christian Roosen : Je pense que je n’ai pas vraiment d’histoire mémorable à raconter dans ma vie de photographe. Il n’y a pas de grands événements marquants, mais plutôt des moments simples qui, à leur manière, ont contribué à façonner mon parcours et ma vision de la photographie.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Christian Roosen : En tant que photographe humaniste, on se doit de respecter ce que l’on photographie. Il faut toujours se mettre à la hauteur de l’autre si l’on veut le comprendre.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Christian Roosen :Non, jamais. Peut-être ai-je simplement eu de la chance.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Christian Roosen :Des conseils, je n’en ai pas vraiment. Tout ce que je pourrais leur dire, c’est : n’ayez pas peur de faire de mauvaises photos. Tout le monde a commencé par là.

SPF :Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Christian Roosen :

Osez faire par vous-même. Avec Photoshop et la multitude de filtres et de possibilités qu’il offre, ce n’est plus vraiment vous qui créez la photo, mais un programme. Il est important d’utiliser ces outils avec discernement, car bien qu’essentiels dans certains secteurs, ce sont avant tout les ingénieurs en logiciels qui sont les véritables artistes. Bientôt, avec l’IA, Photoshop et autres outils, plus besoin de sortir de chez soi pour faire de la photo de rue. Depuis son canapé, avec un paquet de chips et une bière à côté, on pourra créer la photo rêvée. Et ce n’est pas là où je veux en venir.

SPF Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Christian Roosen :En ce qui concerne les expositions.
Je fais partie de l’OSTRALE Biennale O25 – 15e Exposition Internationale des Arts Contemporains 7 juin – 5 octobre 2025 | Dresde, Allemagne.  (Lien)

Pour l’instant, un projet d’exposition future se dessine autour d’un travail presque achevé. Le titre n’est pas encore définitif, mais il s’agit d’une histoire « chez les Ch’tis ». J’y ai fait de belles rencontres avec de véritables personnes, qui ne posent pas, qui sont simplement là parce que c’est leur place, et qu’elles ne la revendiquent même pas, tant elle leur est due et naturelle. Ce sont des gens au grand cœur, des gens qui ne se prennent pas au sérieux, des gens humbles et beaux, comme je les aime. Un grand merci à la SOFAM (Société gérant les droits d’auteur) pour la bourse qu’elle m’a accordée afin de terminer ce projet. (Lien)

Photographe et artiste. Mon travail explore diverses formes d’expression, allant de la photographie aux actions artistiques interactives, en passant par des installations photographiques et, plus récemment, par ma pratique en tant qu’acteur de cinéma. La photographie reste au cœur de mon travail, à la fois comme moyen de communication et comme outil d’expression de mes émotions.

Si loin et pourtant voisins – the real FB

La première génération

Belgium map

Ei-Ei-Ei

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Christian Roosen : En ce qui concerne les expositions.
Je fais partie de l’OSTRALE Biennale O25 – 15e Exposition Internationale des Arts Contemporains 7 juin – 5 octobre 2025 | Dresde, Allemagne.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Christian Roosen : Je pense que c’est une bonne communauté, et si ce n’était pas le cas, je ne me serais certainement pas affilié à elle. J’apprécie l’atmosphère et les échanges qui s’y trouvent.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Christian Roosen : Je suis bien trop nouveau pour dire quoi que ce soit.

En savoir plus sur Street Photography France

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture