Chris Reuter : Voler un morceau de vie sans jamais perdre l’humain

Il y a dans la photographie de rue une tension discrète, presque invisible : celle qui sépare l’instant volé du respect profond de l’autre. Chez Chris Reuter, cette ligne n’est jamais franchie brutalement. Elle se devine dans l’hésitation du déclenchement, dans l’après-coup, dans ce moment où le regard croise celui du sujet et où tout peut basculer vers l’échange. Membre de SPF, il pratique une street photography habitée par le doute, la lenteur de l’argentique et une recherche sincère de justesse.

Son parcours ne suit pas une trajectoire académique ni une quête de reconnaissance. Il s’inscrit plutôt dans une nécessité intime : documenter le quotidien, figer des fragments de vie sans les déposséder de leur dignité. Le choix radical de l’argentique, la relation presque physique à l’appareil, la volonté d’aller parfois plus près — jusqu’à frôler l’inconfort — dessinent une pratique où l’éthique et l’émotion priment sur la performance. À travers ses mots, se dessine une photographie humble, profondément humaine, où chaque image devient la trace d’une rencontre, et chaque rencontre, une expérience mémorable.

On pose les questions à chris …

Dans cette interview, Chris Reuter  partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Chris Reuter : J’ai découvert la street photographie de manière totalement spontanée, simplement en commençant à m’intéresser à la photo en général. Au départ, je passais beaucoup de temps à faire défiler des images et à me documenter, puis, lors de mes balades photographiques, j’ai réalisé que mon instinct me poussait naturellement à capturer les gens dans leur environnement.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Chris Reuter : Depuis trois ou quatre ans (voir plus), j’ai exploré la photographie de rue en utilisant du matériel numérique. Pourtant, je n’y trouvais pas pleinement mon compte. Après réflexion, j’ai décidé de tout revendre pour faire un vrai changement dans ma pratique en utilisant exclusivement du matériel argentique.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Chris Reuter : Passionné de photographie, je me suis formé en autodidacte. Cette démarche, née d’une réelle motivation et d’une curiosité constante, j’essaie de développer ma créativité, d’explorer différents styles et de maîtriser progressivement les techniques essentielles bien que je n’aie pas suivi de cursus formel par manque de moyens, donc certainement que le rendu s’en ressent.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Chris Reuter :
Leica M2 : Ojectifs 28 et 50 mm
Canon FTb QL : Objectif 28 mm + flash en phase d’expérimentation
Miranda Sensorex ce : Objectif 50 mm
Nikon F90x : Objectif 35 mm

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Chris Reuter : Sans conteste, le Leica est l’appareil le plus pratique que j’aie utilisé. Il tient facilement dans la poche d’un blouson ou se glisse sous celui-ci en bandoulière, prit à être dégainé en un instant. Sa rapidité et son efficacité en foet un compagson idéal pour la photo de rue ou les moments spontanés. Quant à la visée télémétrique, c’est pour moi la solution la plus simple et la plus naturelle : elle permet une mise au point précise en gardant une connexion direct avec la scène.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Chris Reuter : Je ne saurais même pas définir mon style, je ne sais même pas si j’en veux un mais certainement que oui, je pense que je suis ce genre de photographe à documenter en prenant des photos du quotidien, des gens, leur volant un morceau de vie, mais j’aimerais beaucoup essayer de faire à la Bruce GILDEN en allant au plus près des gens, au contact, photographier ce moment où même le défaut n’a plus d’importance et donne un caractère fort aux photos.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Chris Reuter : j’affectionne particulièrement le travail de :
Bruce Gilden, Saül Leiter, Sam stone, Vinaigre blanc, Grégoire huret, Éric Petr, Mario orlando, entre autres.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Chris Reuter : Je me souviens avoir remonté la rue en direction de l’artère principale de Toulon et je suis tombé sur cette jeune femme. Jai attendu qu’elle se retourne et j’ai déclenchée sans que je m’en rende compte de façon naturel. le but du jeu était l’instant volé pour moi mais j’ai tout de même dans un deuxième temps pris mon courage à deux main et je lui ai demandé si je pouvais prendre une photo d’elle comme pour scellé ma première photo. Ici, tout s’est bien passé. nous avons échanger librement, parler un peu de tout et de rien, mais aussi de photographie et d’art. Cet échange a transformé la rencontre en un moment sincère, émotionnellement riche et chaleureux. Cette image est pour moi le souvenir d’un instant à la fois intime et humain. Capturé dans sa simplicité.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Chris Reuter : Justement le defi, c’est ça ce moment où je shoot et je sais que la personne m’a vu, elle m’a vu voler cet instant son instant et savoir si mon intention sera bien perçu bien comprise, je ne vole pas son âme, je vole juste un morceau de vie, je le fige pour documenter pour alimenter quelque chose pour laisser une trace.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Chris Reuter : Chaque sortie que je fais devient mémorable en soi. Il y a toujours ces instants suspendus où une rencontre se produit, où une discussion naît. Je me souviendrai toujours de cette dame que j’avais photographiée. Elle m’a remarqué, et de là est née une conversation sur ma démarche photographique. Peu à peu, la discussion a dérivé vers sa propre vie, une vie incroyable, riche d’expériences et d’histoires qui m’ont marqué. Ces moments sont autant de souvenirs précieux qui transforment chaque sortie en moments marquants.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Chris Reuter : Je souhaite avant tout suivre strictement les textes de loi, sout simplement. Mais je crois également que l’essentiel de notre bonne pratique vient de notre sens moral. La bienveillance doit primer : afficher un beau sourire, garder une bonne humeur, et savoir effacer la photo si il le faut (en numérique c’est plus facile qu’en argentique), l’important est de rester à sa place. C’est, au fond, ce qui compte le plus.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Chris Reuter : C’est une expérience plutôt positive jusque la je n’ai jamais eu de véritables mauvaises rencontres ou confits directs, juste quelques regards de désapprobation ou des signes de mécontentement, mais sans que cela ne dérape en disputes ou situations désagréables.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Chris Reuter : L’expérience vient avec l’apprentissage, Il est essentiel d’y aller franchement. De sortir, se balader, observer, essayer, et surtout se tromper. Les erreurs ne sont pas des échecs, mais des étapes indispensables pour apprendre. C’est en les répétant, en comprenant ce qui n’a pas fonctionné, que l’on progresse réellement. La vie fonctionne de cette manière : c’est en faisant des erreurs que l’on grandit. Comme pour toute nouvelle expérience, il faut aussi prendre le temps de regarder ce que font les autres, s’inspirer de leurs méthodes, et surtout ne pas hésiter à poser des questions. La curiosité et l’ouverture permettent de transformer chaque tentative en apprentissage.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Chris Reuter : Rester fidèle à soi-même est essentiel pour mener une vie pleinement alignée avec ses valeurs. Ne pas chercher l’approbation des autres, ni tenter de plaire constamment, permet de préserver son authenticité et sa sérénité. Rester dans son propre état d’esprit, garder son humeur, cultiver sa propre culture et son univers intérieur, c’est s’offrir la liberté d’être soi sans compromis. C’est dans cette cohérence personnelle que se trouvent la paix intérieure et la force de tracer son chemin unique.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Chris Reuter : Non aucun projets pour le moment, mais comme on dit jamais dire jamais.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Chris Reuter : Idem, aucun projets de ce type là pour le moment non plus. sauf pour des publications sur sur le site de SPF.

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