Chen, ou l’art de dire sans parler. Thierry Gloux
Après Mohamed à Sidi Bou Saïd et Chris sous un pont parisien, Thierry Gloux poursuit sa série de rencontres. Cette fois, c’est la cour d’un hôtel parisien qui l’arrête : vingt et une cordes tendues sur un guzheng, et une femme qui dit avec ses mains ce que les mots lui refusent.
Dans la cour d’un hôtel parisien, entre des tables vides et une plante verte, un guzheng chante. Je saisi, mon Leica, fasciné. Vingt et une cordes, et des mains qui courent dessus comme l’eau sur les pierres d’un ruisseau.
Elle a grandi en Chine, où elle a appris le guzheng à six ans, jusqu’au niveau 10, le plus haut. Il y a neuf ans, elle a traversé l’océan pour un master en films d’animation. Aujourd’hui, elle est designer 3D, façonnant des mondes de lumière — et joue encore quelques fois par an, par besoin plus que par devoir.
Elle n’est pas à l’aise dans les échanges, dit-elle. Mais ses mains, elles, n’ont jamais eu besoin de traduction : depuis l’enfance, elles racontent pour elle. Elle est d’une sensibilité profonde, habitée par un monde intérieur immense — libre, indépendante, et pourtant avide de liens sincères.
Je déclenche. Noir et blanc, lumière douce. Sur l’image, il y a une femme, un instrument millénaire, et une langue que l’on entend même sans le son : celle des mains qui disent ce que la voix ne sait pas.

