Changer de terrain sans perdre le regard. Gwen Marechalen
Pendant quinze ans, Gwen Marechalen a affronté les tempêtes hivernales du Vercors avec un Nikon D3s, de lourds objectifs, des raquettes et un masque de ski. Aujourd’hui, le sac à dos a disparu. Il reste un Leica Q2, une bouteille d’eau et la possibilité de photographier sans expédition préalable.
Trois sorties seulement composent pour l’instant sa galerie de rue. Gwen ne revendique donc ni style établi ni certitude. Il avance avec la franchise de celui qui commence, découvre les exigences du 28 mm, apprend à décider en deux secondes et accepte de remettre son regard en jeu. Cette nouvelle pratique lui offre davantage de confort, mais elle lui impose une autre forme d’attention : reconnaître une silhouette, une ombre, un geste ou l’ironie discrète d’un corps courbé sous le poids symbolique de l’administration.
Derrière ce changement de terrain se dessine aussi le désir de rompre avec une pratique solitaire. En rejoignant Street Photography France, dont il est désormais membre, Gwen Marechalen cherche une communauté de partage et d’échange. Lyon et Grenoble apparaissent déjà sur sa carte mentale ; l’automne, lui, se prépare avec un poncho, des flaques et des parapluies. Il ne sait pas encore exactement où cette nouvelle route le mènera. C’est peut-être précisément ce qui la rend intéressante.
On pose les questions à GWEN…
Dans cette interview, Gwen partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Gwen Marechalen : J’ai découvert la photographie de rue par des livres et des youtubeurs. J’ai été interpellé par la facilité d’obtenir des clichés juste en sortant de chez soi, sans faire de grands voyages ou de grosse logistique. Autrefois, j’avais une autre pratique de la photo et c’était bien plus compliqué.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Gwen Marechalen : Je pratique depuis quelques semaines. En fait, les photos que vous verrez dans ma galerie ont été faites en seulement trois sorties. Je suis tout nouveau dans ce domaine que je découvre.
Mais je pratique la photo depuis quinze ans. J’étais plutôt orienté vers l’animalier et le paysage. Étant originaire de la Drôme, je photographiais les tempêtes hivernales du Vercors. Cela demandait pas mal d’équipement et de courage, mais aujourd’hui, à 53 ans, je ne me sens plus la force de jouer les « Vincent Munier ». J’ai décidé de continuer à pratiquer la photo avec un peu plus de confort. J’ai remballé les raquettes et le masque de ski pour passer à autre chose.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Gwen Marechalen : Je suis totalement autodidacte. Je n’ai jamais suivi de formation ni de masterclass. En réalité, je suis plutôt isolé. Je pratique seul, sans aucun entourage. C’est un peu ce qui m’a décidé à rejoindre SPF, pour avoir une communauté de partage et d’échange.
Il y a bien des photographes dans ma région, mais ils font du portrait ou du mariage, et ce sont généralement des professionnels qui ne pratiquent pas pour le partage ni le plaisir.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue ?
Gwen Marechalen : Autrefois, j’utilisais un Nikon D3s avec de très lourds objectifs et un sac à dos bien chargé. Aujourd’hui, j’ai un Leica Q2 et une bouteille d’eau, et ça change bien la vie.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Gwen Marechalen : J’ai essayé de pratiquer avec divers matériels et je me suis rendu compte que la photo de rue, aussi paisible qu’elle puisse paraître, demande une grande concentration, un œil averti et une très grande vitesse d’exécution. Parfois, je n’ai que deux secondes pour saisir un instant. Dans ces conditions, il est impossible de zoomer, de faire une mise au point ou même de cadrer. Dans cette pratique de vitesse, j’ai opté pour du 28 mm, un capteur fortement pixelisé pour recadrer et le zone focusing. Le Leica Q s’est imposé naturellement.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Gwen Marechalen : Je ne sais pas si, après trois sorties, j’ai vraiment un style qui m’est propre. Les gens qui verront mes photos me le diront. Mais j’observe pour l’instant que j’ai une action de proximité. Je suis vraiment au contact de mon sujet, le 28 mm l’impose. Je ne me suis pas encore intéressé aux plans plus larges ni aux vitesses lentes. Je ferai ça à la prochaine sortie.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Gwen Marechalen : À vrai dire, je suis encore étranger à cette pratique. Je n’ai pas encore de repères ni de modèles. Évidemment, j’ai chez moi un livre d’Henri Cartier-Bresson, mais je pense qu’à notre époque, on peut commencer à regarder ce qui se fait ailleurs.
Je suis également abonné à un youtubeur roumain, Octavian Carrare, qui fait de formidables balades et que je trouve inspirant.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Gwen Marechalen : J’ai choisi de vous montrer celle-ci. Elle est loin d’être ma meilleure photo, mais elle mérite une explication. J’étais en contrebas du parvis du bâtiment de la Sécurité sociale, entre le sol et le garde-corps. J’ai croisé cette femme et son enfant qui en sortaient, et j’ai eu la chance qu’elle se courbe pour entrer dans le cadre.
Elle symbolise juste le poids de l’administration.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Gwen Marechalen : Je ne pense pas qu’on puisse appeler cela des défis, mais plutôt des contraintes. Pour avoir du trafic dans la rue et également en raison de ma disponibilité, il n’y a que le samedi que je peux pratiquer. Étant donné que je débute cet été, je suis embêté par une lumière dure et écrasante. Je pense que ça se voit sur mes images, mais cela évoluera avec les saisons. J’ai déjà anticipé en m’achetant un poncho de pluie pour l’automne, car j’ai envie de photographier des flaques d’eau et des parapluies.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue en faisant de la photographie de rue ?
Gwen Marechalen : Non, je n’ai aucune expérience particulière à partager, vu que je débute. J’ai juste été interpellé dans une galerie marchande de Valence par un autre photographe. Il fait partie du club photo local et nous avons eu une longue discussion autour du Pentax 645D et de son capteur CCD.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Gwen Marechalen : Sur mes photos, les gens ne sont pas identifiables. Ce sont des silhouettes, des ombres ou des portraits de dos. De plus, je suis dans l’espace public et la loi m’autorise à pratiquer. Malgré tout, j’évite de photographier les SDF, les gens en situation de précarité ou tout ce qui peut porter atteinte à la dignité. Mon but n’est pas de dévaloriser les gens, bien au contraire.
SPF : Avez-vous déjà rencontré des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Gwen Marechalen : Non, pas pour l’instant. Mais s’il y avait le moindre problème, j’effacerais la photo devant la personne concernée. Je veux éviter tout conflit.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Gwen Marechalen : Avant même de commencer et d’acheter un appareil photo, il faut commencer à regarder la rue avec un autre œil, apprendre à repérer les scènes, les couleurs, les compositions, les ombres, la lumière, les situations drôles, les « interactions » entre le vivant et le mobilier urbain, les cadres dans le cadre, etc.
Et quand on voit toutes ces choses-là en se promenant, alors il est temps d’acheter un appareil photo pour les immortaliser.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Gwen Marechalen : Je pense que j’y ai répondu dans la question précédente.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Gwen Marechalen : Mon projet est de ne plus être seul dans mon coin. Mon inscription à SPF fait partie de cette démarche.
J’envisage aussi d’élargir mon terrain de chasse vers Lyon et Grenoble, mais je me demande comment je vais gérer ça dans mon emploi du temps.
SPF : Prévoyez-vous de participer prochainement à des expositions ou à des publications ?
Gwen Marechalen : Le supermarché de ma ville a une galerie d’art à fort trafic. J’avais songé à y exposer et, après réflexion, j’ai réalisé que cela représentait un engagement de 1 500 euros en tirages et en cadres. Et si je ne les vends pas, même à petit prix, je vais en faire quoi ?
Je n’ai pas une grande confiance en mon talent ni en la capacité des gens à acheter. Je ne veux pas garder tout ça dans ma cave si c’est un fiasco, alors je vais m’abstenir.

