C’est couchée sur le papier qu’une image se révèle — Frédéric Davesne
Frédéric Davesne photographie à l’argentique : un Leica MP, un Summaron et un Summicron, parfois un Rolleiflex 2.8f. Il a toujours aimé regarder les images qui témoignent — du temps passé, des événements en cours — et c’est la présence humaine dans le monde qui l’a conduit à la rue et au documentaire. Il commence vraiment en 2022, après des années à photographier sans trop y réfléchir, et passe un bac pro photo en cours du soir pour partir avec les connaissances techniques nécessaires. Il ne se réclame d’aucun style : l’appareil est avec lui tous les jours, et il déclenche à l’instinct. Son conseil aux débutants dit l’essentiel de sa pratique — regarder des livres, voir des expositions, et tirer ses photographies : « c’est couchée sur le papier qu’une image se révèle ».
On pose les questions à Frédéric…
Frédéric Davesne est venu à la photographie de rue et documentaire par goût des images qui témoignent : celles du temps passé, celles des événements en cours, et toujours celles où se lit la présence humaine. Il photographiait déjà, avec plus ou moins d’assiduité, avant de s’y mettre pour de bon en 2022 ; aujourd’hui il cherche à « professionnaliser » sa pratique, et il a passé un bac pro photo en cours du soir pour avoir les connaissances techniques.
Il travaille léger et mobile : un Leica MP, un Summaron et un Summicron, un Rolleiflex 2.8f de temps à autre, un petit flash compact dans la poche si la nuit tombe, des films, et c’est tout. Il cite Salgado, Helen Levitt, Garry Winogrand, Harry Gruyaert et Berenice Abbott, et une admiration particulière pour les photographes de guerre : Patrick Chauvel, Don McCullin, Henri Huet, Larry Burrows.
Le plus dur, dit-il, est de vaincre la peur de gêner les gens — et c’est aussi ce qui le motive, parce que « c’est souvent là que se trouvent les bonnes photos ». Il prépare, à terme, un premier livre.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Frédéric Davesne : J’ai toujours aimé regarder les photos qui témoignaient du temps passé et des événements actuels. La présence humaine dans notre monde m’a toujours intéressé. C’est naturellement que je suis venu à la photographie de rue et documentaire.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Frédéric Davesne : J’ai commencé en 2022, mais je photographiais déjà avant avec plus ou moins d’assiduité. Sans trop réfléchir. Aujourd’hui, j’essaie de « professionnaliser » ma pratique.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Frédéric Davesne : J’ai passé un bac pro photo en cours du soir, je voulais partir avec les connaissances techniques nécessaires.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Frédéric Davesne : J’utilise un Leica MP (argentique) et deux objectifs Leica. Un Summaron et un Summicron.
J’utilise aussi, mais moins souvent, un Rolleiflex 2.8f.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Frédéric Davesne : J’aime être léger et mobile. J’ai un petit flash très compact dans la poche si toutefois la nuit tombe. Des films, et c’est tout.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Frédéric Davesne : Je ne suis pas sûr d’avoir un style. Je trouverais ça présomptueux de m’en attribuer un.
Disons que j’ai tous les jours mon appareil photo avec moi, que ce soit dans mon travail ou mes déplacements personnels. Je photographie à l’instinct, quand quelque chose me plaît ou m’inspire.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Frédéric Davesne : Oui beaucoup, Salgado – Helen Levitt – Garry Winogrand -Harry Gruyaert – Berenice Abbott….
J’ai aussi une grande admiration pour les photographes de guerre comme Patrick Chauvel – Don Mc Cullin – Henri Huet – Larry Burrows etc ….
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Frédéric Davesne : Ce soir là je suis à New York. La nuit est déjà bien avancée, je rejoins mon frère dans un bar non loin de Time Square. Je prends mon appareil photo équipé du 28 Summaron (f5.6). Je charge tout de même un film 3200 ISO. Et je pars.
Il fait bon, c’est une nuit de printemps. Au carrefour je tourne à gauche.
Sur le trottoir d’en face, j’aperçois un couple dans l’autre sens. Ils marchent à côté de leur vélo. Ils doivent rentrer de soirée. Je les trouve élégants, presque cinématographiques.
Je les vois ralentir au niveau du bel immeuble 348. Ils vont entrer…
-Ça c’est une photo!!-
J’accélère franchement le pas en traversant la route, les yeux rivés sur la scène. Ça klaxonne, ça freine, je me fais engueuler…
Je suis au milieu de la chaussée, immobile. Je porte l’appareil à l’œil, je fais une grossière mise au point très rapide pour ne pas louper le moment où ils vont entrer. Je suis probablement au trentième ou quinzième de seconde. Je déclenche, sans trop y croire…
Je fais demi-tour et retourne sur mon trottoir pour libérer le taxi qui râle… il me parle et je ne comprends rien…
Mais surtout, une fois arrivé du bon côté, je me retourne pour regarder de nouveau ma scène.
Ils sont entrés, ils sont partis. Instant fugace.
Ce n’est que des semaines plus tard, au développement de mes films, que je découvre cette photo.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Frédéric Davesne : Vaincre la peur de gêner ou déranger les gens. Ne pas être timide et réussir à être au contact des sujets. C’est pour moi le plus dur mais aussi le plus motivant car c’est souvent là que se trouvent les bonnes photos.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Frédéric Davesne : Un jour je photographiais à côté d’une terrasse d’un café. Les clients, nombreux en terrasse, les serveurs…etc un grand classique de la photo de rue.
La patronne est sortie, pas contente. Elle me râle dessus en me disant que je n’ai pas le droit de photographier sa terrasse, ses serveurs et ses clients. J’ai eu l’impression qu’elle possédait la rue!!
Je lui explique que je suis photographe de rue et que finalement j’ai le droit sur l’espace public. Je lui montre aussi rapidement ce que je fais, sur mon téléphone.
-Oh, dites c’est super !!! Vous voulez bien faire des photos et me les mettre sur Google avec un avis positif ??!!-
Je souris… drôle d’époque quand même…
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Frédéric Davesne : J’essaye de ne pas photographier les personnes dans des situations délicates, ou qui pourraient leur porter atteinte si on les reconnaissait. Je n’ai jamais eu de soucis de ce coté pour le moment.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Frédéric Davesne : Non pas vraiment. Parfois certaines personnes ne sont pas contentes et me le font savoir, mais ça ne va jamais très loin. C’est plus vrai en province.
Dans les grandes villes je n’ai rencontré aucune difficulté de ce type.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Frédéric Davesne : Ne pas porter trop d’attention au matériel. Il compte c’est vrai, surtout les objectifs. Mais les livres et expositions affûtent l’œil, le regard.
Il faut aussi faire des tirages de ses photos. C’est couchée sur le papier qu’une image se révèle.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Frédéric Davesne : Pas de recommandation, mais plutôt une anecdote. J’essai d’être attentif à l’état d’esprit dans lequel je suis, j’écoute de la musique…cela crée une ambiance, une atmosphère qui me fait cadrer des sujets que je n’aurai peut-être pas photographié dans d’autres circonstances. Il faut s’écouter.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Frédéric Davesne : Je serai intéressé par tous types de collaborations ou projets.
Je travaillerai probablement dans le futur à créer mon premier livre photos lorsque suffisamment de matière et de maturité seront réunies.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Frédéric Davesne : De la même manière, j’apporterai volontiers ma contribution à Street Photography France dans le cadre de ses publications.


