Remettre un maximum de couleur. Benjamin Savel

Benjamin Savel vit en région parisienne, où la densité et la diversité humaine sont très grandes : quand l’envie de faire de la photo lui est revenue, la rue lui a paru une évidence. Depuis l’enfance, dit-il, il est fasciné par l’humain — sa capacité à créer, aimer, détruire, haïr — et par la façon dont le comportement de chacun change selon qu’il est seul ou en groupe. La couleur, il y tient : en normalisant nos villes, elle a disparu de nos habitations, et il aime l’idée d’en remettre un maximum dans ses clichés.

On pose les questions à Benjamin…

Portrait de Benjamin Savel

Observer les gens, essayer de comprendre ce qu’ils font et ce qu’ils pensent, et laisser la couleur faire le reste.

SPF : Comment êtes-vous devenu intéressé par la photographie de rue ? Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce genre de photographie en particulier ?

Benjamin Savel : Quand j’ai repris l’envie de faire de la photo, la photographie de rue m’a paru comme une évidence, je vis en région parisienne, la densité, la diversité humaine y est très grande. Depuis l’enfance, je suis fasciné par l’humain, sa capacité à créer, aimer, détruire, haïr… comment tant de différences dans chacun d’entre nous alors que biologiquement nous sommes si semblables. De plus, le comportement de chacun de nous est différent si nous sommes seuls ou en groupe… L’interaction avec nos homologues est fascinante.

SPF : Quels sont les aspects uniques de la photographie de rue en couleur qui vous fascinent et vous poussent à l’explorer davantage ?

Benjamin Savel : Une étude a démontré que la couleur joue sur notre humeur. Plus nous sommes au contact de choses colorées, plus nous ressentons du plaisir, de la joie, en gros plus notre corps sécrète de la dopamine. En normalisant nos villes, les couleurs ont disparu de nos habitations. J’aime l’idée de remettre un maximum de couleur dans mes clichés.

SPF : Quelle est votre approche générale lors de la capture de scènes de rue en couleur ? Avez-vous une technique ou une méthode spécifique que vous suivez ?

Benjamin Savel : J’observe les gens, j’essaie de comprendre ce qu’ils font, pensent, vont faire quand je les regarde et si je trouve un petit quelque chose en plus… et bien je déclenche. Je pars du principe que mieux vaut beaucoup de clichés que de ne pas déclencher avec regret LOL. Ma méthode : me mettre en empathie maximum avec les gens que j’observe.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience marquante que vous avez vécue en tant que photographe de rue, et comment la couleur a joué un rôle important dans cette image ou cette histoire ?

Benjamin Savel : Je photographie avec un 28 mm fixe. Pour des portraits ou des scènes intéressantes, je dois m’approcher au maximum, donc on finit très souvent par me voir. J’adore voir cet instant dans les yeux des gens ayant remarqué ma présence… Dans la photo « Quoi ma gueule », les jeunes demoiselles n’avaient pas remarqué le texte sur la vitrine, elles m’ont vu photographier, ont lu puis se sont reculées par la suite après avoir compris… C’était trop tard, l’image était dans la boîte… Malheureusement, j’étais un peu loin, il a fallu que je la recadre en post-production pour avoir la photo que je voulais vraiment…

SPF : Y a-t-il des défis particuliers associés à la photographie de rue en couleur par rapport à la photographie en noir et blanc ? Comment gérez-vous ces défis dans votre travail ?

Benjamin Savel : Je ne vois pas mon travail de photo comme un ou des défis, mais comme un jeu. Comment transmettre le maximum de bonheur, de rire dans mes clichés. Parfois, je trouve qu’il manque quelque chose sur une photo. Je la teste en noir et blanc et parfois elle prend tout son sens. C’est le cas du cliché « Perdu dans la ville », ce caddie en plein milieu de La Défense un dimanche… Quand je regarde le cliché en couleur, eh bien elle n’en avait pas beaucoup non plus à la base…

Deux personnes devant un mur tagué, photographie de Benjamin Savel.

SPF : Existe-t-il des sujets ou des scènes spécifiques que vous trouvez particulièrement intéressants à photographier en couleur ? Pourquoi ?

Benjamin Savel : Des scènes de joie, de bonheur, de rire… Je trouve qu’on en a besoin dans notre monde anxiogène. Je trouve que les gens sont relativement tristounets, ils courent après un futur et oublient le plus souvent le présent et le regrettent par la suite.

SPF : Parlez-nous de votre processus de post-traitement pour les photographies de rue en couleur. Quels ajustements ou modifications apportez-vous généralement pour améliorer vos images ?

Benjamin Savel : L’appareil que j’utilise est une Rolls LOL. J’ajuste parfois l’exposition, rajoute parfois un peu de vignettage pour la mise en valeur de mon sujet si je n’ai pas pu le faire lors de la prise de vue. Ma timidité m’empêche parfois de m’approcher de près des gens, alors je dois souvent recadrer mes clichés… Mais j’y travaille.

SPF : Pouvez-vous citer quelques photographes de rue en couleur qui vous inspirent et dont le travail vous a influencé d’une manière ou d’une autre ?

Benjamin Savel : Matt Stuart et Cédric Roux sans hésitation… J’adore l’idée du concept Wonderland de Cédric Roux.

SPF : Comment utilisez-vous les médias sociaux, comme Street Photography France, pour partager votre travail et interagir avec d’autres photographes de rue ?

Benjamin Savel : Je les utilise principalement pour regarder ce que font tous les photographes du monde. Je trouve qu’il y a énormément de gens talentueux dans ce domaine et parfois trop peu reconnus.

SPF : Avez-vous des projets futurs ou des idées que vous aimeriez explorer dans le domaine de la photographie de rue en couleur ?

Benjamin Savel : J’aimerais qu’un jour quelqu’un me dise en observant une de mes photos : « Votre photo a amélioré ma journée, elle l’a rendu plus belle ». Faire un ouvrage de photo de rue d’amateur et une exposition collective.

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