Attendre que la vie entre dans le cadre

Doisneau, Ronis, Cartier-Bresson, Izis : Guillaume Aguilar est venu à la photographie de rue par les livres, fasciné par ces images qui rendent intemporels des instants ordinaires. Il la pratique depuis une dizaine d’années, en autodidacte, et photographie l’humain avant tout — un regard, une attitude, une silhouette dans son décor. Longtemps attaché au noir et blanc, il a appris la couleur en voyageant. Et lorsqu’il manque quelqu’un dans le cadre, il attend.

On pose les questions à Guillaume…

Guillaume Aguilar a découvert la photographie de rue dans les ouvrages d’Henri Cartier-Bresson, de Robert Doisneau, de Willy Ronis et d’Izis, fasciné par leur manière de saisir des instants de vie ordinaires et de les rendre intemporels. Il photographie la rue depuis une dizaine d’années : au fil de ses voyages, cette pratique a pris une place de plus en plus importante dans son travail. Entièrement autodidacte, il dit avoir appris en photographiant, en expérimentant et en se trompant — et continuer d’apprendre à chaque sortie.

Il travaille avec un Canon EOS 7D et son 28-105 mm, qui lui permet de saisir une scène à distance sans en perturber la spontanéité, et avec un Fujifilm X10 dont il apprécie depuis des années la compacité et la discrétion ; un Fujifilm X-E5 vient tout juste de rejoindre le sac. Il décrit son style comme spontané, instinctif et profondément tourné vers l’humain : les scènes ordinaires du quotidien, la lumière, les ombres, les contrastes, la composition. Longtemps attaché au noir et blanc, à sa force et à son intemporalité, il s’est ouvert à la couleur au fil de ses voyages — et grâce au regard de sa femme — lorsqu’elle porte l’atmosphère d’une scène.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Guillaume Aguilar : J’ai découvert la photographie de rue à travers les ouvrages de grands photographes comme Robert Doisneau, Willy Ronis ou encore Henri Cartier-Bresson.

J’ai tout de suite été fasciné par leur capacité à saisir des instants de vie, parfois ordinaires, et à les rendre intemporels. Cette idée de pouvoir figer un moment, raconter une histoire à travers une seule image et en laisser une trace pour les générations futures m’a profondément marqué.

C’est cette manière de regarder le monde et de témoigner de son époque qui m’a donné envie, à mon tour, de photographier la rue.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Guillaume Aguilar : Je pratique la photographie de rue depuis une dizaine d’années. Au fil du temps et de mes voyages, cette passion a progressivement pris une place de plus en plus importante dans ma pratique photographique.

Aujourd’hui, j’éprouve l’envie de l’explorer davantage, d’affiner mon regard et de continuer à découvrir de nouvelles façons de saisir ces instants de vie qui font toute la richesse de la rue.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Guillaume Aguilar : Je suis entièrement autodidacte. J’ai appris en photographiant, en expérimentant, en faisant des erreurs et surtout en prenant du plaisir. J’aime comprendre comment la lumière transforme une scène, comment un cadrage peut raconter une histoire ou comment un simple instant peut devenir une photographie qui suscite une émotion.

Je continue d’apprendre à chaque sortie. C’est aussi ce que j’aime dans la photographie : on n’a jamais vraiment fini de découvrir, de progresser et de faire évoluer son regard.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Guillaume Aguilar : J’utilise plusieurs appareils photo en fonction de mes envies et des situations : un Canon EOS 7D, un Fujifilm X10 et, tout récemment, un Fujifilm X-E5.

Avec mon Canon, j’utilise un objectif 28-105 mm Ultrasonic, qui m’offre une certaine polyvalence et me permet notamment de photographier une scène à distance, sans nécessairement m’en approcher ou en perturber la spontanéité.

Le Fujifilm X10 m’accompagne également depuis plusieurs années. J’apprécie particulièrement sa compacité et sa discrétion, deux qualités précieuses en photographie de rue.

Je viens d’acquérir le Fujifilm X-E5, équipé d’un objectif fixe 23 mm f/2.8, avec l’envie de faire évoluer ma pratique. Je souhaite notamment explorer davantage la photographie de proximité, travailler différemment mes compositions et continuer à affiner mon regard.

Finalement, au-delà du matériel, ce qui m’importe avant tout, c’est de pouvoir saisir un instant sans en modifier la réalité.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Guillaume Aguilar : J’apprécie beaucoup le Fujifilm X10 pour sa compacité, sa légèreté et sa discrétion. Ce sont des qualités particulièrement intéressantes en photographie de rue, où j’aime pouvoir me déplacer librement et saisir des instants spontanés.

Pourtant, je dois reconnaître que, jusqu’à présent, je me sentais encore plus à l’aise avec mon Canon EOS 7D, sans doute par habitude et pour la polyvalence qu’il m’offre.

Avec l’arrivée récente du Fujifilm X-E5, j’imagine que mes préférences vont évoluer. Plus compact, plus léger et doté de technologies plus récentes, il devrait me permettre de gagner en spontanéité et en liberté dans ma pratique.

Je suis impatient de l’apprivoiser et de voir comment il influencera ma manière de photographier.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Guillaume Aguilar : Je définirais mon style comme une photographie spontanée, instinctive et profondément tournée vers l’humain. J’aime observer les scènes ordinaires du quotidien, ces petits instants auxquels on ne prête pas toujours attention, mais qui peuvent pourtant raconter de grandes histoires. Un regard, une attitude, une silhouette, une rencontre ou simplement une personne dans son environnement peuvent suffire à attirer mon attention.

J’accorde également beaucoup d’importance à la lumière, aux ombres, aux contrastes et à la composition. Je suis profondément attaché à la photographie en noir et blanc, à sa force, à ses contrastes et à son intemporalité. Pourtant, mes voyages récents, mais aussi le regard de ma femme, m’ont progressivement ouvert les yeux sur la puissance de la couleur. J’ai appris à l’apprécier autrement, notamment lorsqu’elle contribue pleinement à l’atmosphère d’une scène, à l’identité d’un lieu ou à l’émotion qui s’en dégage.

Je ne cherche pas nécessairement le spectaculaire. Ce qui m’intéresse, c’est plutôt de révéler quelque chose dans l’ordinaire, de saisir une émotion ou une ambiance sans intervenir dans ce qui se déroule devant moi. Mon regard évolue encore, et je ne souhaite pas vraiment l’enfermer dans un style défini. Je photographie avant tout ce qui m’interpelle, avec l’envie de raconter des histoires et de laisser une trace de ces instants qui, autrement, disparaîtraient.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Guillaume Aguilar : Comme je l’ai évoqué précédemment, je suis particulièrement inspiré par les grands photographes humanistes, tels qu’Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Willy Ronis ou encore Izis. J’admire leur manière de regarder le monde, leur sens du cadrage, leur capacité à anticiper un instant et surtout cette sensibilité qui leur permettait de raconter tant de choses à travers une seule photographie. Ce qui me fascine dans leur travail, c’est cette faculté à transformer des scènes ordinaires en images intemporelles, sans jamais perdre la dimension humaine du moment photographié.

Leurs photographies traversent les décennies sans perdre leur force ni leur émotion. Elles témoignent d’une époque, d’une société, de vies anonymes. C’est précisément cette dimension de la photographie qui me touche et m’inspire encore aujourd’hui.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Guillaume Aguilar : Cette photographie fait partie de mes toutes premières expériences en photographie de rue, et elle reste aujourd’hui l’une de mes préférées.

Je me souviens qu’en traversant cette place, mon regard a immédiatement été attiré par cet homme assis au pied d’un lampadaire, absorbé par sa lecture. La lumière, les ombres projetées sur ce grand mur blanc et les contrastes de la scène m’ont tout de suite interpellé.

J’avais mon cadre, ma lumière, mon sujet… mais il me manquait quelque chose. Une présence, un passant ou une passante qui viendrait donner vie à la partie gauche de l’image et équilibrer ma composition.

J’ai alors patienté quelques minutes, jusqu’à ce qu’un homme traverse la scène. J’ai déclenché.

En rentrant chez moi, je me suis empressé d’ouvrir cette photographie sur mon ordinateur. Je l’ai immédiatement aimée.

Avec le recul, je crois que cette image représente assez bien ce qui me plaît dans la photographie de rue : observer, composer, patienter et laisser la vie venir compléter l’image. Rien n’est mis en scène, tout se joue dans l’instant.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Guillaume Aguilar : Je pense que mon prochain grand défi sera justement lié à l’arrivée de mon Fujifilm X-E5 et de son objectif à focale fixe.

Jusqu’à présent, j’ai principalement photographié avec des zooms, qui m’offraient une certaine liberté dans le choix de mes cadrages et me permettaient parfois de conserver une distance avec mes sujets.

Avec une focale fixe, je vais devoir changer certaines de mes habitudes, me déplacer davantage, parfois me rapprocher des scènes et surtout apprendre à composer différemment.

C’est une manière de sortir de ma zone de confort, et j’aime cette idée ! Je vois cette nouvelle contrainte comme une occasion de progresser, d’affiner mon regard et d’explorer une autre approche de la photographie de rue.

Finalement, je crois que le plus beau défi reste de continuer à se surprendre soi-même, même après plusieurs années de pratique.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Guillaume Aguilar : Je pense immédiatement à mes voyages à Zanzibar, et plus particulièrement aux enfants que j’ai eu l’occasion d’y photographier. Là-bas, les habitants, des plus jeunes aux plus âgés, se prêtent souvent volontiers au jeu de la photographie, même lorsqu’ils ont parfaitement conscience de la présence de l’objectif.

Mais ce sont surtout les enfants qui m’ont profondément touché. On pourrait penser, en découvrant leurs conditions de vie, qu’ils manquent de tout. Et pourtant, lorsqu’on prend le temps de les observer, de croiser leurs regards ou de les photographier, on découvre une joie de vivre incroyable.

Il y a dans leurs yeux, dans leurs sourires, une spontanéité et un bonheur qui m’ont particulièrement marqué.

Ces moments m’ont beaucoup apporté, humainement autant que photographiquement. Ils m’ont rappelé que le bonheur ne se mesure pas nécessairement à ce que l’on possède. Et je crois que c’est aussi pour cela que j’aime tant la photographie : elle permet de conserver une trace de ces rencontres, de ces émotions et de ces instants qui nous accompagnent longtemps après avoir rangé notre appareil.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Guillaume Aguilar : Pour moi, la photographie de rue doit avant tout être une démarche respectueuse des personnes que l’on photographie.

J’aime saisir des instants spontanés, des scènes de vie authentiques, sans intervenir ni modifier ce qui se déroule devant moi. Mais je pense aussi qu’il est essentiel de conserver une certaine sensibilité et de savoir faire preuve de discernement.

Même dans l’espace public, tout n’est pas forcément bon à photographier ou à partager. Je ne souhaite jamais qu’une personne se sente humiliée, exposée ou mise en difficulté à travers l’une de mes images. Je privilégie donc une approche discrète et bienveillante, en essayant de raconter une histoire sans porter atteinte à la dignité de ceux qui en font partie.

À mes yeux, photographier la rue, c’est aussi porter un regard sur les autres. Et ce regard doit rester profondément humain.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Guillaume Aguilar : Non, jusqu’à présent, je n’ai jamais été confronté à une situation délicate en pratiquant la photographie de rue.

J’essaie toujours d’adopter une approche discrète et respectueuse des personnes que je photographie. Mon intention n’est jamais de déranger ou de provoquer, mais simplement de saisir des instants de vie avec spontanéité et bienveillance.

J’espère pouvoir continuer à pratiquer cette passion avec cette même liberté et dans ce même esprit de respect mutuel.

SPF : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui débute en photographie de rue ?

Guillaume Aguilar : Avant tout, je leur dirais d’oser ! D’essayer, de tester, de photographier encore et encore. De sortir avec leur appareil, de marcher, d’observer et surtout de prendre du plaisir.

Je leur conseillerais également de nourrir leur curiosité, de découvrir le travail d’autres photographes, de feuilleter des ouvrages, de visiter des expositions et de s’inspirer des regards qui les touchent, sans pour autant chercher à les reproduire.

Je pense aussi qu’il est essentiel de bien connaître son matériel. Maîtriser son appareil, ses réglages et ses possibilités permet de se concentrer davantage sur ce qui se passe devant soi plutôt que sur la technique. En photographie de rue, certains instants ne se présentent qu’une seule fois !

Enfin, je leur dirais de ne pas chercher à tout prix la photographie parfaite. Il faut accepter de se tromper, de manquer des occasions, d’expérimenter et surtout de développer progressivement son propre regard.

Le plus important, à mes yeux, reste de photographier ce qui nous touche, ce qui nous interpelle, et de le faire avec sincérité.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Guillaume Aguilar : Je pense que la créativité se nourrit avant tout de curiosité. Encore une fois je pense que feuilleter des ouvrages photographiques, visiter des expositions, découvrir le travail d’autres photographes et s’inspirer des regards qui nous touchent est essentiel.

Il faut aussi oser expérimenter, sortir des sentiers battus et parfois même s’affranchir des règles classiques de composition et de cadrage. Ces règles sont importantes à connaître, mais elles ne doivent pas devenir des limites à notre créativité.

Essayer, se tromper, recommencer, regarder autrement… C’est aussi de cette manière que l’on construit progressivement son propre regard.

Et surtout, ne pas oublier que la photographie reste un formidable espace de liberté. Il n’y a pas toujours besoin de respecter les règles pour raconter une belle histoire.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Guillaume Aguilar : Je n’ai pas de projet précis aujourd’hui, si ce n’est celui de continuer à photographier, à explorer et à faire évoluer mon regard. J’aimerais poursuivre mes séries photographiques, profiter de mes prochains voyages pour découvrir de nouvelles scènes de vie et surtout continuer à prendre du plaisir derrière mon appareil.

Mon récent engagement auprès de Street Photography France est aussi une belle occasion de partager ma passion, d’échanger avec d’autres photographes et de découvrir de nouveaux univers.

Pour le moment, ma seule véritable ambition est de continuer à photographier librement, avec curiosité et sincérité.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Guillaume Aguilar : Je n’ai rien de prévu pour le moment, et ce n’est pas un objectif que je me suis fixé. Je photographie avant tout par passion, pour le plaisir de saisir des instants de vie et de partager mon regard sur le monde.

Bien évidemment, si l’occasion de participer à une exposition ou à une publication venait à se présenter, j’y réfléchirais avec beaucoup d’intérêt.Mais je préfère laisser les choses évoluer naturellement, sans pression ni ambition particulière, si ce n’est celle de continuer à prendre du plaisir à photographier.

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