Attendre que la bonne personne passe — Éloi Thésée

Autodidacte, Éloi Thésée photographie la rue depuis 2011, en noir et blanc et le plus souvent au format carré. Un Fujifilm X100VI, un 35 mm, et le temps qu’il faut : il repère un cadre, puis il attend que la bonne personne passe au bon endroit. Timide, il travaille à distance ; aller au contact des gens reste, dit-il, le défi qu’il aimerait surmonter.

On pose les questions à Éloi…

Éloi Thésée photographie la rue depuis 2011, une quinzaine d’années. L’attirance, dit-il, était là avant le déclic : c’est une amie passionnée de macro qui lui a donné envie de se lancer, mais son regard s’est spontanément tourné vers la rue, et vers le noir et blanc. Les expositions, les livres et les revues photographiques ont fait le reste.

Entièrement autodidacte, il n’a suivi aucune formation : il a appris sur le terrain, au fil des sorties, en consultant des revues spécialisées, des livres et des ressources en ligne. Il travaille avec un Sony A7R III et un Fujifilm X100VI, et depuis un peu plus d’un an c’est le Fujifilm qui l’accompagne — plus compact, plus discret, avec le 35 mm dont il ne se sépare pas. À main levée, le trépied réservé aux poses longues.

Son style, il a du mal à le nommer : un photographe qui aime observer, prendre son temps et composer ses images. Le noir et blanc, le format carré, et presque toujours une présence humaine dans le cadre. Il photographie des silhouettes, souvent à distance, sans chercher à identifier les personnes, et il tient à ce que l’image reste respectueuse. Bientôt à la retraite, il espère accompagner une association humanitaire et en rapporter des photographies.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Éloi Thésée : J’ai toujours été naturellement attiré par la photographie de rue, particulièrement en noir et blanc. Une amie passionnée de photographie, qui pratiquait essentiellement la macro, m’a donné envie de me lancer. Mais c’est vers la rue que mon regard s’est spontanément tourné. Par la suite, les expositions, les livres et les revues photographiques ont nourri et renforcé cet intérêt qui, finalement, était déjà présent en moi.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Éloi Thésée : Je pratique la photographie de rue depuis 2011, soit maintenant une quinzaine d’années.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Éloi Thésée : Je suis entièrement autodidacte. Je n’ai suivi aucune formation en photographie. J’ai appris principalement sur le terrain, au fil de mes sorties et de mes expériences, mais aussi en consultant des revues spécialisées, des livres et des ressources sur Internet. C’est ainsi que j’ai progressivement développé ma technique et affiné mon propre regard photographique.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Éloi Thésée : J’utilise actuellement deux boîtiers : un Sony A7R III et un Fujifilm X100VI. Après avoir longtemps pratiqué la photographie de rue avec mon Sony, je privilégie depuis un peu plus d’un an le Fujifilm, plus compact et discret. Ma focale de prédilection est le 35 mm. Je photographie essentiellement à main levée, le trépied étant réservé aux poses longues.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Éloi Thésée : Ma préférence va au Fujifilm X100VI, pour sa discrétion, sa légèreté et sa focale de 35 mm, avec laquelle je me sens particulièrement à l’aise. Comme j’aime prendre le temps d’observer et de construire mes compositions, je n’ai pas besoin d’un appareil plus petit. Le Fujifilm représente pour moi un excellent équilibre entre confort, discrétion et liberté de photographier.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Éloi Thésée : C’est assez difficile de définir son propre style. Je dirais que je suis avant tout un photographe qui aime observer, prendre son temps et composer ses images. Le noir et blanc et le format carré font partie de mon univers. J’aime qu’il y ait une présence humaine dans mes photos, même si parfois je me laisse tenter par quelque chose de plus abstrait ou artistique.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Éloi Thésée : Il y a bien sûr des photographes que j’admire, mais j’avoue avoir du mal à retenir les noms, tellement j’en découvre. Certains grands noms me viennent à l’esprit, mais je n’ai pas de photographe de référence. Je suis ouvert à tous les styles, que ce soit la rue, le portrait, le paysage ou le reportage. Je découvre beaucoup de photos à travers les expositions, les livres, les revues, Instagram ou Internet. Au final, ce sont surtout les images qui m’inspirent, peu importe qu’elles soient prises par un photographe connu ou non.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Éloi Thésée : J’aime beaucoup cette photo parce qu’elle est un peu improbable. Ce jour-là, il faisait gris et plutôt froid. J’avais repéré une flaque d’eau dans laquelle se reflétait un pont avec son lampadaire. La composition me plaisait, mais il me manquait une présence humaine. J’ai donc attendu que la bonne personne passe au bon endroit. Ce que j’aime aussi, c’est ce reflet des pavés qui donne presque l’impression d’un ciel chargé de nuages. J’avais cette image en tête et j’ai réussi à la réaliser, avec un peu de patience et cette petite part de chance qui fait aussi le charme de la photographie de rue.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Éloi Thésée : Étant quelqu’un d’assez timide, mon plus grand défi reste de m’approcher des gens pour les photographier, notamment pour réaliser des portraits spontanés. Je l’ai déjà fait et, la plupart du temps, cela s’est bien passé, même si j’ai aussi connu quelques mauvaises expériences. Du coup, je suis plus à l’aise en photographiant à distance, avec mon 35 mm, en prenant le temps de construire mes compositions. Mais aller au contact des gens reste un défi que j’aimerais réussir à surmonter.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Éloi Thésée : J’avoue que je n’ai pas vraiment d’expérience mémorable qui me vient à l’esprit. J’ai vécu beaucoup de bons moments en photographie de rue, parfois de belles surprises ou des rencontres sympathiques, mais rien qui m’ait particulièrement marqué. Je suis quelqu’un qui s’émerveille assez difficilement. Pour moi, le plaisir est surtout dans le fait de sortir, d’observer et de réussir à faire une photo que j’avais imaginée.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Éloi Thésée : Je me pose assez peu cette question dans ma pratique, car je photographie principalement des silhouettes, souvent à distance, sans chercher à identifier les personnes. Pour moi, la photographie de rue doit avant tout montrer une scène, raconter quelque chose ou simplement mettre en valeur un instant. Tant que l’image reste respectueuse et ne porte pas préjudice aux personnes photographiées, je n’y vois pas de problème particulier. En tout cas, ma démarche n’est jamais de mettre quelqu’un mal à l’aise ou de le dévaloriser.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Éloi Thésée : Oui, une fois, j’ai photographié une famille qui faisait apparemment la manche dans la rue. L’homme s’est levé et s’est mis à crier, exigeant que je supprime la photo. Il a même voulu prendre mon appareil. Je me suis senti assez mal à l’aise, voire en insécurité. J’ai essayé de lui expliquer calmement que j’étais photographe amateur, que je trouvais la scène intéressante à photographier et que mon intention n’était absolument pas de profiter de leur situation ou de leur manquer de respect. Pour apaiser les choses, j’ai supprimé la photo devant lui. C’est une expérience qui m’a marqué.

SPF : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui débute en photographie de rue ?

Éloi Thésée : Je leur conseillerais tout simplement de sortir et de prendre des photos, encore et encore. Peu importe le matériel, même si un boîtier léger est plus agréable, car en photographie de rue, on marche souvent pendant des heures. Je leur conseillerais aussi d’aller voir des expos, de regarder des livres, des revues ou des photos sur les réseaux sociaux pour découvrir d’autres regards. Mais surtout, sortir, observer et pratiquer. C’est comme ça qu’on apprend et qu’on développe petit à petit son propre regard.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Éloi Thésée : Je pense qu’il faut être curieux et regarder beaucoup de photos, aller voir des expos, feuilleter des livres, des magazines ou découvrir des photographes sur Internet. Qu’ils soient connus ou non, il y a toujours quelque chose à apprendre de leur travail. Et bien sûr, continuer à pratiquer, essayer de nouvelles choses et ne pas hésiter à sortir de ses habitudes.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Éloi Thésée : Oui, j’ai un projet qui me tient particulièrement à cœur. Je vais bientôt prendre ma retraite et j’aimerais réaliser un rêve que j’ai depuis longtemps : accompagner une association humanitaire, peu importe le pays, pour faire de la photographie de reportage et témoigner de ce que je découvre sur le terrain. Et puis, pourquoi pas, un jour, avoir l’occasion d’exposer certaines de mes photos.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Éloi Thésée : Non, je n’ai rien de prévu à ce jour.

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