Apprivoiser le hasard
Une quinzaine d’années de rue, un Ricoh GR au creux de la main et l’art de laisser venir : Jean-François Bessonnat photographie ce que les passants mettent en scène sans le savoir. Un noir et blanc graphique et contrasté, la couleur quand elle a quelque chose à dire — et, au bout, cette conviction tenace que le hasard, cela s’apprivoise.
On pose les questions à Jean-François…
Jean-François Bessonnat photographie la rue depuis une quinzaine d’années. Il l’a découverte par Instagram, puis surtout au contact du groupe SPF Lyon, et s’est formé en autodidacte accompagné : une formation suivie sur internet avec Joël Meyerowitz et Philippe Blayo, un stage d’un week-end avec Jean-Christophe Bechet.
Il travaille au Ricoh GR III et au Leica Q2, avec une préférence assumée pour le petit boîtier — discret, réactif, léger, assez peu encombrant pour être vraiment au contact de la scène. Son noir et blanc est graphique et contrasté ; la couleur n’entre dans l’image que lorsqu’elle l’organise. Ses références disent les deux versants d’un même regard : Larrain, Moriyama, Koudelka, Cartier-Bresson, Klein et Trent Parke d’un côté ; Gruyaert, Saul Leiter, Ernst Haas, Alex Webb et Gustavo Minas de l’autre. Ce qu’il cherche tient en une phrase : être là quand le hasard accepte de donner.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Jean-François Bessonnat : Via Instagram, et surtout grâce à SPF Lyon.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Jean-François Bessonnat : Depuis au moins une quinzaine d’années.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Jean-François Bessonnat : J’ai suivi une formation sur internet, avec Joël Meyerowitz et Philippe Blayo, et un stage d’un week-end avec Jean-Christophe Bechet.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Jean-François Bessonnat : Ricoh GR III et Leica Q2.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Jean-François Bessonnat : Je préfère personnellement le Ricoh GR, qui est très discret et très réactif. La fonction snap shot est très intéressante, il est léger, et il permet d’être réellement au contact de la scène. La qualité d’image est bonne.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Jean-François Bessonnat : Difficile de se définir soi-même. J’aime les photos graphiques, contrastées, en noir et blanc ; j’aime quand les personnages se mettent en scène involontairement dans un environnement dont ils n’ont pas conscience.
Mes goûts sont éclectiques, car j’aime aussi beaucoup la couleur — si elle est présente, si elle apporte quelque chose à l’image, si les couleurs s’organisent bien et se correspondent bien.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Jean-François Bessonnat : Beaucoup de photographes m’inspirent : Sergio Larrain, Daido Moriyama, Josef Koudelka, Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, William Klein, Trent Parke… pour le noir et blanc ; Harry Gruyaert, Saul Leiter, Ernst Haas, Alex Webb, Gustavo Minas… pour la couleur. Il y a tellement de talents.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Jean-François Bessonnat : À Paris, je faisais une pause, assis à une terrasse devant une tasse de café, lorsque j’ai remarqué juste en face, dans cette petite rue, une dame assise dont la coiffure était une parfaite réplique des plantes posées à côté d’elle, sous l’enseigne d’un salon de coiffure.
J’apprécie beaucoup que le hasard veuille bien nous offrir des scènes incroyables. À nous d’essayer d’apprivoiser ce hasard, qui est à mes yeux une composante essentielle de la photographie de rue.
J’aurais pu en choisir d’autres.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Jean-François Bessonnat : Je crois que ces défis se résument en quelques mots : concentration, discrétion, observation, anticipation afin de savoir se positionner, essayer de « sentir » qu’il va se passer quelque chose, apprendre à apprivoiser la chance, apprendre la frustration car tout ne fonctionne pas comme on l’aurait souhaité, oser sortir de sa zone de confort, se laisser porter par l’ambiance de la rue, pratiquer encore et encore… et rester passionné, sans se laisser influencer par les réseaux sociaux.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Jean-François Bessonnat : Sur le parvis du musée des Confluences à Lyon, j’ai observé en passant une jeune femme qui s’exerçait à des pas de danse, un téléphone à la main : elle visionnait à l’évidence une scène de danse qu’elle essayait de reproduire. Je ne sais pour quelle raison je me suis accroupi et j’ai positionné mon appareil près du sol, comme si je pressentais qu’il allait se passer quelque chose — quand subitement cette jeune femme s’est envolée dans une figure parfaite, répondant parfaitement à la colonne du bâtiment. Et si l’on observe bien, jusqu’aux lacets qui prennent eux aussi la même pose.
Cette photographie est visible dans ma galerie.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Jean-François Bessonnat : Je suis très respectueux sur cette question et j’évite de publier une photographie qui pourrait enfreindre l’éthique sur la vie privée des gens.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Jean-François Bessonnat : J’ai appris à être prudent, à ne pas me concentrer uniquement sur le sujet mais aussi sur l’environnement — de la même manière que photographier un sujet, c’est en même temps se préoccuper de l’arrière-plan, du premier plan, des éléments de confusion.
Je me suis fait violemment apostropher pour avoir pris en photo un chien, voici quelques années : je n’avais pas remarqué son propriétaire, à une dizaine de mètres, éméché et particulièrement belliqueux.
SPF : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui débute en photographie de rue ?
Jean-François Bessonnat : Se former un minimum : un workshop, rejoindre un groupe de photographes de rue pour partager son expérience et avoir un retour sur son travail, découvrir les photographes de rue reconnus — leur démarche, leur pratique, leurs images.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Jean-François Bessonnat : Acquérir une culture photographique, pour s’ouvrir au champ des possibles, et se laisser guider par ses propres envies, qui vont inévitablement évoluer dans le temps.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Jean-François Bessonnat : Je partagerai par la suite des photographies en couleur.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Jean-François Bessonnat : Je participe régulièrement à des expositions locales — rencontres photographiques et expositions de club — et j’espère participer à des expositions ou des publications dédiées à la photographie de rue.


