Membre du SPF
Anthony CERDA PINO
SA GALERIE
Entre peur et révélation, la naissance d’un regard
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Anthony CERDA PINO : Au début, c’était juste un plaisir simple : tous les week-ends, j’attrapais mon appareil et je partais me balader, des fois en pleine nature, et puis des fois en ville. Je shootais surtout les animaux et architectures.
Puis, un jour, j’ai croisé la route de Pascal Blanchard, la définition même d’un passionné de la photographie. Il m’a ouvert les portes de cet univers fascinant ! Les regards volés, les émotions qui fusent, le chaos organisé de la vie urbaine. Pour moi, c’est encore tout frais, un monde que je découvre avec excitation, et qui m’aspire déjà complètement !
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Anthony CERDA PINO : Ça fait seulement un mois et demi que je pratique vraiment la photographie de rue. Donc je suis vraiment jeune dans ce domaine. Mais déjà extrêmement passionné et intéressé par ce monde qui s’ouvre à moi ! Surtout quand on rejoint un groupe de gens ayant de l’expérience dans ce domaine !
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Anthony CERDA PINO : À la base, je suis complètement autodidacte en photographie. Mon père m’a transmis ses appareils et objectifs fétiches : un Nikon D80, un D500, et le célèbre D850. C’est avec ces appareil que j’ai tout appris sur le tas, en bidouillant les réglages et en testant sans fin. J’ai également eu par la suite un Nikon Zfc, qui est maintenant à mon petit frère que j’ai commencé à convertir à mon tour. Donc c’est vraiment en autodidacte que je commence à construire mon œil et ma sensibilité.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Anthony CERDA PINO : Actuellement, j’utilise le Ricoh GRIIIx, avec les batteries qui sont indispensables car elles fondent comme neige au soleil. J’ai également un Nikon Z6III avec un objectif 28-120mm f/4 et un objectif 50mm f/1.8. Des fois, je me promène avec ma Osmo Pocket 3 pour garder en souvenir des rencontres lors d’une sortie photo.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Anthony CERDA PINO : Je suis tombé amoureux de mon Ricoh GRIIIx, c’est mon arme secrète ! Minuscule, il se glisse dans une poche et passe totalement inaperçu, parfait pour ne pas effrayer les moments spontanés que je traque. Et également gagné confiance en moi pour prendre en photo les passants !
Ce que j’adore également, c’est sa réactivité ! Il démarre en une fraction de seconde ! Avec son 40mm équivalent, il donne direct cette perspective naturelle de rue, sans chichi avec un cadre plus fermé comme j’aime.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Anthony CERDA PINO : J’en suis à mes débuts, mais j’adore capter les contrastes brutaux entre le sujet dans un état émotionnel, les cicatrices de la vie et son environnement qui est à l’inverse de lui. C’est cette vision où les opposés se mélangent qui m’attire le plus. Car, de mon point de vue, l’homme dans toute sa profondeur est un être incroyablement paradoxal.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Anthony CERDA PINO : Je dirais Bruce Gilden et Alex Webb.
Bruce Gilden pour les portraits, les expressions, les visages : il arrive à retransmettre toute la puissance d’un visage qui porte la souffrance de son passé.
Alex Webb pour les couleurs saturées, les couches multiples, les émotions cachées dans la foule. Paradoxes urbains où joie et tristesse se chevauchent.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Anthony CERDA PINO : Je dirais cette photographie très récente qui exprime l’orientation dans laquelle je veux aller. Montrer le calme de l’eau et la souffrance, la solitude que porte cet homme en lui – seul face à lui-même, face aux profondeurs de son être. Quand j’ai pris cette photo à Strasbourg, j’ai compris instantanément que je voulais me diriger vers ce genre photographique, que c’était ça qui me parlait.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Anthony CERDA PINO : Trouver le courage de photographier les gens de face. Même si je pense que j’ai comme tout le monde mes petites astuces, je dois avouer que ça reste vraiment challenging.
C’est ce moment suspendu où l’autre te capte, où tu sens son regard qui te jauge. La peur du rejet, du conflit, ou juste d’être “le gars qui shoote les gens”. Pourtant c’est là que naissent les images les plus fortes – ces émotions brutes que je traque. Alors j’y vais pas à pas, sortie après sortie, jusqu’à apprivoiser cette adrénaline !
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Anthony CERDA PINO : J’ai discuté avec une personne qui s’est complètement ouverte à moi sur ses difficultés et sa souffrance. On est restés ensemble pendant 30-40 minutes et il m’a raconté son divorce, la perte de son travail, sa fuite de son pays, la maladie qu’il avait actuellement, le manque de soins et le fait de vivre dans la précarité. C’était une rencontre émotionnellement bouleversante, mais profondément humaine.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Anthony CERDA PINO : C’est ma principale difficulté : je suis quelqu’un qui n’aime pas déranger, et je dois dire que ce n’est pas simple de rentrer dans l’intimité des gens sans y être invité. Mais je tente toujours de faire ça avec respect, discrétion et le sourire. Évidemment, si cela pose problème, je n’opposerai aucune résistance.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Anthony CERDA PINO : Pas encore. Mais je sais que cela arrivera. Et ce sera avec ouverture et bienveillance que je ferai cela, et si je sens plus de la curiosité que de la colère, j’expliquerai ce que je fais en proposant de fournir les photos via Instagram.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Anthony CERDA PINO : Du coup, je vais me donner un conseil ahahah ! De ne pas avoir peur des gens, et de montré une forme d’ouverture et de sympathie, car cela se ressent. Et aide à l’ouverture de la personne en face de soi !
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Anthony CERDA PINO : Tenter les choses même si le rendu ne nous plaît pas. Qui ne tente rien n’a rien. Il faut savoir accepter de se tromper, ça fait partie du processus pour développer sa photographie.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Anthony CERDA PINO : Je travail dans le web et les applications principalement. Je serais ravi de contribuer à l’évolution de la communauté de Street Photographie France dans ce sens
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Anthony CERDA PINO : Prochainement non, mais dans un avenir pas si lointain oui ! Je voudrais sur le long terme également créer une exposition et des publications.
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