Je photographie le vivant. Alexis Le Roux
Alexis Le Roux a passé un CAP photographie en 2003-2004 ; à partir de ce moment cet art, et son histoire, est devenu sa grande passion — vingt ans plus tard, il n’a plus jamais quitté son appareil. Son style se situe dans la veine de la photographie dite « humaniste » et du fameux « instant décisif », à ceci près qu’il dit souvent photographier le vivant : il met un point d’honneur à placer les animaux à égalité de l’homme.
On pose les questions à Alexis…
SPF : Alexis, votre parcours et background. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
Alexis Le Roux : J’ai passé un CAP photographie en 2003/2004 et à partir de ce moment cet art (et son histoire) est devenu ma grande passion, cela fait maintenant 20 ans et je n’ai plus jamais quitté mon appareil photo depuis, à l’instar des photographes qui m’ont passionné et contribué à construire mon regard tels Doisneau, Weiss, Lartigue et l’agence Magnum qui m’aura tant fait rêver, plus particulièrement Riboud, Erwitt et Cartier-Bresson. C’est par leurs photographies et le courant humaniste que j’ai découvert la « street photography ».
SPF : Quel équipement utilisez-vous pour votre travail en photographie de rue ?
Alexis Le Roux : Pour ce qui est de l’équipement c’est le budget qui m’a toujours contraint car je n’ai jamais vraiment eu d’argent, j’ai eu plusieurs appareils argentiques mais mon préféré fut un Nikkormat qu’un ami m’a donné (sans cellule ce qui m’a pas mal appris à doser dans la mesure du possible vitesse et ouverture) avec un Nikkor 50mm 1.4 que j’ai tellement chéri que je l’ai « installé » de force sur un Nikon 90d par la suite ce qui a eu pour effet de me priver également de cellule mais avec un numérique c’est plus simple on peut voir directement s’il y a trop ou pas assez de lumière, ainsi que de changer sa focale donc je m’y suis adapté. Ensuite j’ai eu un hybride avec un Fujifilm X-PRO2 et un zoom standard 16-55 à 2.8 constant que j’ai adoré, malheureusement il a pris un gros bain de mer. Depuis on m’a donné un Olympus OM-D et j’ai acheté un objectif d’occasion 12-40mm /2.8 constant PRO qui me plaît bien aussi..! Mon rêve serait bien évidemment un Leica, mais j’aimerais aussi retrouver un X-PRO3 avec le même objectif 16-55 f/2.8. De toute façon pour moi c’est principalement l’objectif qui est important, j’aime le transtandard, lumineux avec un bon piqué et un joli bokeh. Je ne suis absolument pas dans la course aux millions de pixels… Je ne suis pas fan de la visée électronique mais cela me permet de pouvoir déclencher sans le moindre bruit et ça pour la photographie de rue j’adore!
SPF : Comment décririez-vous votre approche de la photographie de rue ?
Alexis Le Roux : Pour définir mon style, compte tenu de mes inspirations citées plus haut, je dirais que c’est dans la veine de la photographie dite « humaniste » et du fameux « instant décisif » mis à part que de mon côté je dis souvent que je photographie le vivant car je mets un point d’honneur à mettre les Animaux à égalité de l’Homme. En gros je me vois comme un témoin qui prend des images du mouvement, de la vie. J’espère mettre une « atmosphère » dans chaque photo, que ce soit par le graphisme et la composition, par la poésie, le mouvement, l’artistique et parfois une pointe d’humour. Ma photographie n’est pas faite de « séries » ou « portfolios » bien définis, elle est plus une façon de vivre, je dirais que j’ai besoin d’elle au quotidien pour changer ou sublimer le monde qui m’entoure afin de pouvoir supporter une société imparfaite. Il n’y a pas que légèreté et tendresse dans ma démarche, finalement c’est surtout une révolte. Je privilégie les sens, les émotions, le cœur face à une photographie de plus en plus conceptuelle qui ne fait plus appel qu’au « simple » intellect. Pour moi elle doit d’abord être visuelle et ensuite narrative, chaque photographie tente d’avoir sa propre histoire même si elle fait partie d’un tout, mon souhait est que chacune d’elles apporte un sentiment universel et intemporel, sauf reportages ciblés. J’aime à penser qu’elles servent à faire du bien aux gens, qu’elles ne soient pas élitistes mais populaires comme celles de Doisneau qui m’ont fait rêver. J’ai besoin d’elle pour aller extraire de ce monde de la beauté et de l’espoir, comme un chercheur de Lumières, pour pouvoir continuer à avancer, et mon vœu est simplement que les gens ressentent quelque chose à travers mes images et qu’ils aient envie d’en avoir une près d’eux, tel un petit talisman, et de l’accrocher à leur mur car elle leur « parle », qu’ils se l’approprient et qu’elle soit un petit morceau de beauté et de rêve encadré qui les accompagne au quotidien, voilà le but ultime. Mais elles ne sont pas que bons sentiments, certaines peuvent aussi dénoncer ou ironiser, toutes sont aussi des combattantes pour inciter les gens à continuer de rêver, de croire au changement et en une société plus équitable, au moins qu’elle les aide à supporter le quotidien en leur donnant le sens qu’ils ont besoin d’y trouver. Pour moi la Photographie est un art d’abord populaire, je n’ai pas envie de la rendre trop élitiste ou exclusive au risque qu’elle perde son vrai but qui est plus grand que cela, qui est d’émerveiller, de montrer que la Vie est belle et qu’il existe un chemin pour que l’Homme bâtisse des sociétés plus justes, vertueuses et respectueuses de chacun y compris de l’Animal et du Végétal. Quant à la photographie que je vous partage elle rassemble plusieurs choses qui sont importantes pour moi: déjà c’est du vivant et en plus un chat..! Ensuite il y a du graphisme dans les 2 différentes textures de pavés, il y a du détail dans les blancs et les noirs, il y a le cadrage carré que j’affectionne quand cela est possible, la composition qui suggère de la poésie je trouve, par exemple la vie qui s’échappe du noir pour se diriger vers la lumière, il y a la vie justement qui est accentuée par le mouvement et le flou de bougé du chat et enfin il y a l’histoire de la photographie grâce au titre que je lui ai donné « Muybridge cat » avec la fameuse révélation due à un dispositif photographique que le cheval, à un certain moment donné du galop, ne touche pas le sol.. réponse à cette question apportée par Eadweard Muybridge fin 19ème et prémice de la maîtrise du mouvement par le photographe.
SPF : Quels sont les défis que vous rencontrez en photographie de rue et pourriez-vous partager une expérience marquante ?
Alexis Le Roux : Les seuls défis auxquels je suis confronté dans la photographie de rue est d’être bien placé par rapport à mon sujet, ne pas shooter pour shooter, savoir attendre « l’instant », en quelque sorte être au bon endroit au bon moment! Mais aussi ne pas faire de cliché qui nuise à l’image des personnes, et prendre les gens en photo avant qu’ils ne me voient et deviennent moins naturel, ou par un sourire et/ou un petit mot avoir leur « accord » pour qu’ils soient dans mon viseur. Et aussi tout simplement faire en sorte de « cacher » leurs visages. Sinon pour ce qui est de l’expérience mémorable dans cette pratique la première chose qui me vient à l’esprit c’est surtout celles que j’ai manqué et qui me hantent encore aujourd’hui, soit parce que je n’ai pas eu le temps de saisir un moment soit parce que je suis tombé en panne de batterie… et je peux vous dire que quand cela m’arrive je suis frustré pour toute la journée au minimum..! Mais il y a aussi ce couple dans le métro de Montréal en 2019 qui ne m’a pas vu les photographier alors que tout le wagon m’avait bien remarqué et les gens me regardaient comme en se disant « mais il fait quoi lui avec son appareil photo!! Il n’est pas gêné tout de même..! » J’ai ensuite rattrapé le couple sur le quai et la dame était tellement ravie et enchantée par mes photos qu’elle m’a donné l’autorisation de la publier où je veux, je vais vous partager également cette photographie intitulée « Les amoureux du métro ».
SPF : L’éthique est un aspect crucial en photographie de rue. Comment gérez-vous les questions d’éthique, notamment concernant la vie privée des personnes photographiées ? Avez-vous rencontré des situations délicates ?
Alexis Le Roux : Mais bien sûr oui j’ai déjà eu des situations délicates avec des personnes en particulier quand ce sont des enfants que je photographie, certains n’ont jamais voulu comprendre, comment leur en vouloir si je ne connaissais pas bien le monde de la photographie je peux admettre que cela ne me plairait pas vraiment non plus. Mais en général vous sentez vite grâce au jeu du regard et aux expressions si vous pouvez ou non inclure les personnes dans votre image.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux photographes débutants intéressés par la photographie de rue ? Comment peuvent-ils développer leur créativité ?
Alexis Le Roux : Pour ce qui est de mes conseils malheureusement je crois que ma réponse ne satisfera pas complètement les débutants. Le seul vrai conseil que je peux donner est la passion, être passionné par la photographie et son histoire, s’abreuver des images de vos photographes préférés pour petit à petit construire votre regard, et ensuite la pratique et le temps feront le reste. Et surtout ne jamais abandonner, il faut croire en soi et à ce que vos photographies peuvent apporter aux autres. Lorsque l’on débute la photographie il est très judicieux de s’entraîner avec un objectif fixe comme un 35 ou un 50mm par exemple car cela apprend à tourner autour du sujet pour trouver différents angles et mieux se rendre compte que parfois se décaler ne serait-ce d’un pas change le point de vue et peut permettre de trouver l’agencement de la composition « parfaite », en tout cas celle où l’impression ressentie est que chaque chose est à sa place.
SPF : Pouvez-vous nous parler de vos projets futurs en photographie de rue ? Avez-vous des expositions ou des publications prévues prochainement ?
Alexis Le Roux : Pour mes projets et mes expositions je viens juste d’ouvrir une petite boutique-atelier avec une amie peintre italienne d’où le nom « Ty Soci » qui mélange Breton et Italien et signifie « Le lieu des associés » dans le centre de Lannion (22) où j’expose mes photos et propose des séances photo pour les animaux et les familles. J’ai un autre projet en tête qui serait d’aller faire un reportage artistique sur les chiens errants d’Istanbul et photographier la ville de leur point de vue. Et bien sûr continuer mes pérégrinations photographiques quotidiennes.
SPF : Comment avez-vous rejoint la communauté de Street Photography France et quels avantages y trouvez-vous ?
Alexis Le Roux : J’ai rejoint SPF grâce aux réseaux sociaux et particulièrement via Facebook où j’ai découvert votre communauté. Les avantages sont évidemment une plus large audience ainsi que la possibilité de ventes de mes photographies grâce à votre site internet. Mais aussi de continuer à entretenir et enrichir ma flamme photographique avec de vrais passionnés de cet art majeur, continuer à « penser » et faire le point sur ma photographie également. Je finirais par une phrase qui me suit comme un leitmotiv et qui est attribuée à Ionesco: « Dans la vie il faut regarder par la fenêtre », ce que j’ai commencé à faire à l’école et que je fais toujours..!

