Alexandre Guerlais : apprendre la rue en disparaissant dans le décor

Alexandre Guerlais, membre de Street Photography France, il construit aujourd’hui son regard autour de la discrétion, du minimalisme et de l’attention portée aux détails. Ses images cherchent rarement le spectaculaire. Elles s’attachent plutôt à une tension discrète : une géométrie dans l’espace, une présence humaine isolée, un instant fragile qui pourrait disparaître une seconde plus tard. Dans cette interview, Alexandre Guerlais parle aussi sans filtre de son apprentissage autodidacte, de ses hésitations, de ses limites actuelles et de son envie constante d’expérimenter. Une approche honnête, loin des discours figés, où la photographie reste avant tout un terrain d’essais, d’erreurs et d’évolution permanente.

On pose les questions à Alexandre

Dans cette interview, Alexandre partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Alexandre Guerlais : Assez naturellement, j’ai commencer a shooter lors de mon premier voyage en Inde en 2012. Mais à l’époque je n’avais aucune idée de ce qu’est la photo de rue. Et encore moins comment me servir de mon appareil. Je suis malgré tout assez satisfait de certains clichés quand je les regarde aujourd’hui.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Alexandre Guerlais : Depuis seulement un ans. J’ai mis la photographie de côté durant de (trop) nombreuses années depuis ces premiers voyages il y a quinze ans.

Le besoin de pratiquer à nouveau est revenu naturellement il y a un peu plus d’un an. C’est devenu vital pour moi aujourd’hui.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Alexandre Guerlais : Je suis 100% autodidacte.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Alexandre Guerlais : Au départ mon fidel Canon EOS 550D, muni de son 18-55. J’ai repris avec un Fujifilm XT10 monté avec un 12mm f1,4 et un 85mm f1,4 de chez Samyang.

Je suis aujourd’hui équipé d’un Fuji XT5 avec un Fuji 23mm f2, un Fuji 16-80 f4. J’utilise parfois un Flash cobra (Godox v1).

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Alexandre Guerlais : J’aime beaucoup le 23mm f2 de Fuji car il est petit, léger et discret.

Mais je choisi la plupart du temps mon équipement avant de sortir shooter. J’utilise parfois une focale moins « street » comme un 85mm. Le fait de devoir faire avec est assez intéressant. Il impose une distance, une composition, et un regard différent. C’est très nourrissant.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Alexandre Guerlais : Difficile à dire. J’aime beaucoup shooter en noir et blanc. J’aime les compositions ou les éléments géométriques, minimalistes. Aussi des moments fugaces, des regards intenses. J’ai encore beaucoup de mal à shooter façon Bruce Gilden. J’aime être transparent, qu’on ne me voit pas. j’y trouve souvent plus d’authenticité chez les sujets. Mais je pense que rien n’est jamais figé. Je considère que sortir des ses zones de confort fait parti de l’apprentissage, surtout en tant que photographe autodidacte.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Alexandre Guerlais : Beaucoup! Mais pour ne retenir que quelques un.es et rester a peu près local (69 la trique)

Eric Forey pour ses compositions , ses couleurs. je peux passer des heures à contempler ses images. Quel talent!

Jim La Souille pour ses clichés bien sur mais aussi pour sa philosophie et son implication dans le soutien d’artistes locaux. Sa galerie Zoom 69 est un point de convergence multidisciplinaire. C’est ce qui rend cet endroit précieux.

Kevin Delajoud pour sa lecture de la lumière. C’est somptueux et percussif!

Laure Blanc, Mathis Van der Meulen, Joris Couronnet pour leurs photos de concerts.

Et aussi: Raymond Depardon, Odieux Boby, Dana Lixenberg, Mike Miller…

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Alexandre Guerlais : J’ai pris cette photo à la gare de Lyon Part Dieu, lors d’une balade pour participer à un concours spf. Le thème était « street archi », le jury Eric Forey.

Cette gare venait d’être rénovée, les travaux achevés. J’arrive à ce point précis, j’observe les lignes, les courbes, imposées par la nouvelle architecture de la gare.

J’aperçois ces trois personnes, qui n’ont pas l’air d’attendre un train. Je compose, j’appuis.

Cinq minutes plus tard, une de ces personnes m’interpelle et me demande si je peux leur montrer mes photos. Je m’exécute, leur explique le but de ma présence et leur raconte que j’adore cette nouvelle gare.

A leur tour de m’expliquer leur présence: ce sont les trois architectes ayant conçus les plans, et suivi l’avancée du chantier.

La boucle était bouclée.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Alexandre Guerlais : Être plus proche du sujet, appuyer au bon moment, anticiper les réglages afin d’être prêt. Voir les choses intéressantes venir de loin, mettre plus d’humains dans mes photos. C’est un travail d’observation perpétuel.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Alexandre Guerlais : Et bien l’histoire des architectes que je racontais plus haut en est une.

Je suis souvent dans ma bulle quand je me promène. J’ai presque toujours de la musique dans les oreilles. J’essaie de plus en plus d’arrêter ça et de m’ouvrir aux autres, aux rencontres, aux échanges.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Alexandre Guerlais : J’essaie de sentir les réactions, les regards. Si je ne suis pas à l’aise je n’appuies pas. Je rate certainement pas mal de bons clichés mais qu’importe.

Je ne shoot jamais les enfants de face. J’évite les personnes qui se trouvent dans une situation délicate. Et j’efface évidement la photo si la personne me le demande.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Alexandre Guerlais : Ma prudence et ma retenue m’évitent la plupart du temps ce genre de déconvenues. Donc non, rien qui ne m’ait marqué en tout cas.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Alexandre Guerlais : Je me considère comme débutant donc je dirais: Shoot. Re-shoot. Essaie. Rate. Recommence.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Alexandre Guerlais : Aller vers ce qu’on aime voir. Faire les photos qui nous plaisent, pas celles que les gens veulent voir ou qui sont à la mode sur insta.

Retourner dans les endroits où l’on a déjà shooté et tenter un autre cadre, une autre composition. Je trouve que ça aide à aiguiser son regard.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Alexandre Guerlais : Je travail dans le spectacle et j’aimerai beaucoup éditer un livre qui raconte nos vies. Avoir des photos qui montrent des détails de nos différents métiers. Montrer l’envers du décor, de la préparation d’évènement jusqu’à l’exaltation du public.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Alexandre Guerlais : J’ai eu la chance d’organiser une première exposition à Lyon en début d’année. Les retours étaient positifs.

J’ai beaucoup appris de cette expérience. J’ai fait quelques erreurs qui me serviront beaucoup. C’est vraiment comme ça qu’on apprend.

J’ai aimé échanger avec les visiteurs. J’ai souvent mis des mots sur mes clichés pour la première à cette occasion et ça m’a aider à comprendre certaines choses, ma manière de photographier…

Cet exercice m’a beaucoup plus et bien sur j’aimerai en organiser à nouveau.

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