La présence indirecte de l’homme. Halim Helali
Halim Helali travaille beaucoup sur la présence indirecte de l’homme dans la rue : reflet, effet d’ombre, flou de mouvement. Il cherche le contraste entre la présence humaine et le décor — disproportion, effet de perspective, répétition de motifs, symétrie, renversement — et met en évidence l’individu dans son environnement et dans son quotidien. La couleur, elle, est d’une importance capitale : le manque de couleurs vives dans l’environnement urbain l’a incité à les rechercher, parfois jusqu’à construire toute une série autour d’une seule.
On pose les questions à Halim…
SPF : Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans la photographie de rue par rapport à d’autres genres photographiques ?
Halim Helali : La photographie de rue est une discipline artistique riche et consistante. Elle offre une variété de situations, de sujets et d’atmosphères dans un même cadre spatio-temporel. Dans un théâtre architectural à ciel ouvert, on peut rencontrer des gens de toutes origines. La rue offre aussi bien des sujets ayant des styles différents que des moments de vie quotidienne drôles ou attendrissants. Les capturer nous permet de les donner en partage. La moitié de la population mondiale vit dans les villes. La ville et ses rues sont alors un vaste miroir pour s’exercer. La photographie de rue permet d’explorer la confrontation de l’homme avec le milieu urbain dans lequel il évolue. Pour moi qui vis dans la petite couronne (Courbevoie) et qui travaille à la Défense, la rue est mon environnement quotidien. La photographie de rue m’est beaucoup plus accessible que celle de la nature, qui nécessite des déplacements et une planification préalable.
SPF : Comment choisissez-vous vos sujets et vos décors dans la rue ? Y a-t-il des critères spécifiques que vous recherchez ?
Halim Helali : Je travaille beaucoup sur la présence indirecte de l’homme dans la rue : reflet, effet d’ombre, flou de mouvement… J’essaie de créer un contraste entre la présence humaine et le décor : disproportion, effet de perspective, répétition de motifs, effet de symétrie, renversement… Je mets en évidence l’individu dans son environnement et dans son quotidien. En ciblant le contraste, les angles de vue qui changent les échelles et la transcription du chaos urbain.
SPF : Quel est le rôle de la couleur dans votre travail photographique ? Comment pensez-vous que cela affecte l’impact émotionnel de vos images ?
Halim Helali : Pour moi, la couleur est d’une importance capitale. C’est un élément qui m’accompagne depuis mon plus jeune âge. Le manque de couleurs vives dans l’environnement urbain m’a incité à les rechercher. Parfois, je pars à la recherche d’une couleur spécifique et je crée toute une série de photos autour d’elle. La couleur dynamise la photographie. Elle ajoute une touche de joie. Cette même joie qui m’habite et que j’ai envie de partager. Il y a une quête d’harmonie dans la couleur et son choix.
SPF : Pouvez-vous partager une anecdote intéressante sur une photo que vous avez prise dans la rue ? Qu’est-ce qui rend cette photo mémorable pour vous ?
Halim Helali : Je peux en citer deux. Une fois, dans un centre culturel du 19e arrondissement à Paris, j’ai pris une photo d’un jongleur assis par terre. Il était de profil et difficilement reconnaissable. J’ai partagé la photo sur les réseaux sociaux. L’homme s’est reconnu et m’a demandé s’il pouvait la partager à nouveau. Autre anecdote : Je participais à un concours de photographie et j’ai demandé à un jeune homme de poser pour moi. Il s’agissait d’un rallye photo. Il fallait prendre des photos pendant deux heures sur un thème donné. J’ai discuté rapidement avec le jeune homme, qui a gentiment accepté. Nous nous sommes ajoutés sur les réseaux sociaux et nous échangeons maintenant sur différents sujets artistiques. Photographier des inconnus peut être une expérience sociale riche. La photographie de rue est considérée comme un moyen de socialisation. Ces inconnus peuvent éventuellement devenir des amis dans la vie réelle.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en tant que photographe de rue et comment les surmontez-vous ?
Halim Helali : Les photographes de rue sont confrontés à de nombreux défis. La réactivité aux scènes éphémères en est un, déterminant, relativement. Les photographes doivent être capables de prendre des photos rapidement. Certaines scènes spontanées ne durent que quelques secondes. Entre la mise en marche de l’appareil, le cadrage et la prise de vue, la scène peut rapidement disparaître. Ce n’est pas facile, mais avec l’expérience, un photographe de rue commence à anticiper ce qui va se passer.
SPF : Avez-vous des approches ou des techniques spéciales pour capturer l’instant décisif dans vos photos de rue ?
Halim Helali : Les techniques infaillibles pour saisir l’instant décisif sont avant tout l’anticipation et la patience : anticiper la chance, s’entraîner à gérer rapidement la théâtralité, s’entraîner à avoir un bon œil. Anticiper, c’est aussi repérer et attendre que ça se passe. Il est tout aussi important, pour saisir l’instant du premier coup, de maîtriser les techniques de base telles que le temps d’exposition et l’ouverture, et d’ajuster rapidement les réglages de l’appareil photo en fonction de ces paramètres.
SPF : Comment utilisez-vous la lumière naturelle dans vos compositions ? Y a-t-il des moments de la journée où vous préférez photographier dans la rue ?
Halim Helali : La lumière naturelle a un impact majeur sur la photographie. Comme en physique, on parle d’énergie lumineuse. En photographie, la lumière transporte de l’énergie. Elle est utilisée pour mettre en valeur un sujet bien défini. Un rayon de soleil ou un reflet de lumière crée du relief et donne de la profondeur à l’image. Il confère également à la photo un effet vivifiant. En revanche, en hiver, lorsque la lumière naturelle est faible et l’atmosphère terne, ce jeu avec la lumière se complique. Je préfère alors réaliser les photos la nuit, avec la lumière artificielle de la ville.
SPF : Y a-t-il un thème ou un message récurrent dans votre travail de photographe de rue ? Si oui, pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
Halim Helali : L’homme dans son environnement urbain est résistant par sa présence. Je travaille beaucoup sur la confrontation entre l’homme et son environnement urbain. Les gens ont une présence qui rivalise avec l’architecture et le bruit de la ville (par exemple, la série de personnages de la même taille que la Tour Eiffel).
SPF : En tant que membre de Street Photography France,comment cela a-t-il influencé votre développement en tant que photographe de rue ?
Halim Helali : Je suis ravi de cette nouvelle aventure. Faire partie d’un groupe qui s’intéresse à la photographie de rue en France ne peut être qu’une expérience enrichissante. Voir le travail des autres membres et lire des interviews qui mettent l’accent sur les façons de penser la photographie est un partage qui ne manque pas d‘intérêt. Cela m’a encouragé à voir la diversité des approches en France.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux photographes débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Halim Helali : S’investir dans leur photographie. Être conscient que c’est leur perception de la rue qui doit être montrée. Pour moi, il existe une véritable distinction entre la photographie de rue et le photojournalisme. La photographie de rue montre une rue subjective conforme à la perception du photographe. La règle du succès, comme pour toute autre discipline, est de travailler, de travailler encore, de prendre beaucoup de photos et de croire qu’il n’y a pas de clichés ratés. S’intéresser au travail des autres et à l’histoire de la photographie est une autre paire de manches pour réussir. La photographie, c’est oser expérimenter, puis oser partager. Et OSER.

