Zazouz : Ruegarder
Dans le frémissement discret des trottoirs, entre les gestes oubliés et les silences de béton, Elisa Mercier observe.
Plasticienne et photographe, elle arpente la rue non comme un décor, mais comme un terrain d’attention, un théâtre du banal où surgit parfois l’étrangeté. Formée aux Beaux-Arts de Quimper, passée par Châteauroux et Istanbul, elle compose à l’argentique des fragments de quotidien, captés à hauteur d’humain.
Dans cet entretien, elle revient sur son rapport à l’image, à la matière, et à la rue.
Une pratique instinctive, hybride, entre photographie et sculpture, où le regard devient acte de création. Avec « Ruegarder », Elisa nous invite à voir autrement : à ralentir, à décaler le point de vue, à redonner à l’ordinaire sa charge poétique.
On pose les questions à Zazouz …
Dans cette interview, Zazouz partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Elisa Mercier : Je suis partie en 2020 pour suivre une année préparatoire en art à Châteauroux. Cette période, marquée entre autre par mon départ, et le contexte du COVID, a été le commencement de mon expérimentation en photographie de rue. D’abord timidement, depuis ma fenêtre à la Hitchcock ou sur un banc, puis ensuite avec mon arrivée à Quimper, en Bretagne ; j’ai poursuivi cette démarche en photographiant les gens sur la plage. Petit à petit, j’y ai pris goût, je me suis mise à m’y intéresser sérieusement, à me documenter davantage. Cette passion s’est véritablement conscientisée en 2024, lors de mon voyage Erasmus à Istanbul. J’y ai découvert une grande ville pleine d’opportunités visuelles, elle m’a permis d’approfondir ma pratique.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Elisa Mercier : Je pratique la photographie de rue de manière régulière depuis maintenant cinq ans.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Elisa Mercier : J’étudie à l’école des beaux-arts de Quimper, où j’ai obtenu mon diplôme national d’art en 2024. Je poursuis à présent vers l’obtention du diplôme national supérieur d’expression plastique prévu pour 2026.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Elisa Mercier : Depuis ces cinq ans, je photographie avec mon Konica Minolta Dynax 60, c’est un héritage, un appareil qui m’accompagne partout. En tant que photographe plasticienne, je me situe à mi-chemin entre la photographie et la sculpture. J’hybride ces médiums au sein d’installations qui interrogent la rue, les modes de diffusion et de monstration de l’image, la société de consommation ainsi que les fonctions des objets, à travers un univers teinté de rétro-futurisme.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Elisa Mercier : Mon style est plutôt brut et simpliste, sans artifices, à l’argentique, en isolant mes sujets. Mes images sont souvent cadrées frontalement ou en plongée, dans une approche instinctive et ludique. Je cherche à capter des situations qui me sont étrangères, absurdes ou poétiques, des morceaux de corps, des fragments d’objets. Mon style en photographie de rue se veut le plus neutre possible dans son esthétique. Cette réalité me permet de documenter le réel avec justesse afin de mieux le détourner, le rejouer et le questionner dans ma pratique plastique et sculpturale.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Elisa Mercier : Je suis profondément inspirée par cette nouvelle génération de photographes de rue, ce sont des découvertes que je fais chaque jour. Parmi ceux qui m’ont influencée, je peux citer Shaden Hachem, Manon Rolland et Théo Guerlet. À ces noms s’ajoutent ceux d’artistes plasticiens comme Matthew Barney, Patrice Hubert…
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Elisa Mercier : Je conseille d’oser : oser demander, oser prendre. Il ne faut pas s’auto-juger dans l’instant mais plutôt prendre le temps. Éviter de vouloir aller trop vite et faire confiance à la suite des événements.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Elisa Mercier : Après l’obtention de mon diplôme, j’ai pour ambition d’exposer mon travail artistique et de le promouvoir activement, en commençant par la Bretagne. J’aimerais également partager mon essai de recherche, intitulé Ruegarder : photographier avec pleine conscience.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Elisa Mercier : Alors que je travaillais sur mon essai consacré à la photographie de rue, je suis tombée sur le site de SPF. J’ai pensé que ce serait une excellente porte d’entrée dans le réseau, en vue de l’après diplôme.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Elisa Mercier : J’apprécie que mon travail soit valorisé sans enjeu particulier, ni attente, uniquement dans une optique de visibilité.
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Elisa Mercier : Je serais ravie d’apprendre que SPF propose des expositions collectives, ainsi que des appels à candidatures, en partenariat avec d’autres structures.

