Valérie Devarrewaere : La rue comme scène sensible
Chez Valérie Devarrewaere, la photographie de rue est avant tout une affaire de regard et de présence. Une manière d’habiter l’espace, d’en observer les détails discrets, les gestes simples, les silences parfois lumineux qui composent la vie ordinaire. La rue devient alors une scène ouverte, où la curiosité et l’émotion guident chaque image.
Membre de SPF, elle inscrit sa pratique dans le mouvement du voyage, là où la découverte d’un lieu, d’une culture et de ses habitants aiguise la sensibilité. De Lisbonne à Marrakech, son travail explore les reflets, la pluie, la lumière et les perspectives, oscillant entre noir et blanc et couleur, toujours à la recherche d’une émotion juste.
Discrète, attentive, Valérie Devarrewaere photographie avec retenue et respect, consciente de ce que signifie s’exposer autant que regarder. Entre projets d’édition, expositions à venir et désir de partage, sa démarche s’inscrit dans une photographie profondément humaine, où chaque image devient un point de rencontre entre le monde et le regard.
On pose les questions à Valerie …
Dans cette interview, Valérie Devarrewaere partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Valérie Devarrewaere : En me promenant dans la rue, je remarque instantanément certains détails de la vie et des situations qui m’entourent. Je ressens le besoin de capturer ces moments. C’est aussi en voyageant que la photographie de rue s’est imposée à moi. La curiosité, la découverte et le regard que j’ai en explorant un nouvel endroit, une culture et ses habitants ont fait de la rue une scène ouverte pour assouvir ma créativité.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Valérie Devarrewaere : Il y a trois ans, à l’occasion d’un voyage à Lisbonne, j’ai découvert cet intérêt pour la photo de rue. Depuis, je voyage pour photographier, je photographie pour voyager.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Valérie Devarrewaere : J’ai passé un CAP photo dans les années 90, à l’argentique, qui m’a permis d’être photographe événementiel durant quelque temps. Après plusieurs décennies dans d’autres secteurs professionnels (mais toujours avec un appareil photo à portée de main), je fais un retour improbable il y a 3 ans à ma passion rendu possible par les aléas de la vie. J’y consacre mon temps dorénavant. Je suis autodidacte dans le numérique et le post-traitement et adhérer à un Photoclub m’apporte beaucoup, c’est formateur, riche en échange, en technique, en créativité.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue ?
Valérie Devarrewaere : J’utilise pratiquement toujours mon appareil Leica Q2 en 28mm, et parfois le Canon R6 Mark II avec un objectif 35mm, occasionnellement l’objectif 24/70mm (mais l’ensemble est un peu lourd sur une session longue). Et quand il faut faire très vite, que mon regard capte une scène, si je n’ai pas mon appareil photo, le smartphone est toujours prêt !
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Valérie Devarrewaere : J’aime beaucoup le Leica pour sa discrétion, sa légèreté et sa robustesse, il me suit partout !
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Valérie Devarrewaere : Se définir est un défi. J’apprécie qu’on me dise : « On reconnaît ton style », même si je manque de recul pour le définir précisément. Le style d’aujourd’hui sera-t-il celui de demain ? Actuellement, je suis attirée par les reflets, la pluie, la lumière et les perspectives. L’émotion que suscite une photo réside souvent dans les clichés en noir et blanc, mais la couleur peut également produire un effet puissant dans certaines situations.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Valérie Devarrewaere : Il y a beaucoup de photographes inspirants, comme William Klein, Vivian Maier, Henri Cartier-Bresson, Saul Leiter. Consciemment ou inconsciemment parfois, je suis inspirée dans ma créativité par une multitude de photographes et autres artistes que j’ai vus en expositions, dans les livres, sur les réseaux. J’ai des préférences qui se réfèrent sans aucun doute à un photographe connu, sans doute parce que nous voyons tous la même chose mais avec un regard différent. J’ai approfondi cette inspiration de la photographie de rue en visitant des expositions ou en découvrant des livres, des documentaires présentant des photographes.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Valérie Devarrewaere : Le tramway de Lisbonne : après de longues déambulations dans Lisbonne, il y a ce tramway qui remonte la rue et cette femme qui semble seule à l’intérieur, et qui sourit. Je pensais prendre juste une photo du tramway de nuit, mais finalement c’est cette présence qui participe, de mon point de vue, à la force de cette photo. Elle allie la présence, le sourire, la solitude et une perspective intéressante du tramway, transport emblématique de la ville.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontée en pratiquant la photographie de rue ?
Valérie Devarrewaere : Le principal défi, c’est de s’exposer soi-même ! Oser sortir son appareil. Il y a des jours où tout semble naturel et d’autres non. C’est pour cela que je suis plutôt une chasseuse d’images. Je reste discrète, pour capturer le moment dans sa justesse. Parfois, je demande l’autorisation quand je suis dans un restaurant ou un café, et jusqu’à maintenant, ça se passe bien.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable vécue en photographie de rue ?
Valérie Devarrewaere : À Marrakech, j’ai rencontré un vieux berbère qui m’a demandé pourquoi je prenais des photos. Nous avons échangé quelques mots et, pendant notre conversation, j’ai discrètement pris quelques photos. Il s’exprimait avec de grands gestes, ce qui a donné lieu à une série de photos. Plus tard, je lui ai demandé si je pouvais faire son portrait. Dans cette série, j’apprécie la sagesse qui se dégage de ses expressions.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue ?
Valérie Devarrewaere : Comme beaucoup de photographes, je ne prends pas d’enfants en photo, ou alors s’ils ne sont pas reconnaissables. Chacun a sa propre limite, mais le respect et la dignité humaine sont primordiaux pour moi. Je recherche une émotion authentique, pas une mise en scène ironique.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue ?
Valérie Devarrewaere : Non, pas jusqu’à présent.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants ?
Valérie Devarrewaere : Il faut y aller ! Encore et encore, persévérer. Au fil du temps, on réduit le nombre de prises de vues et on visualise ce que pourrait être le résultat. Il y a de très bonnes surprises et des déceptions, mais chaque jour est différent : notre regard, l’ambiance, le lieu, la lumière… il y a toujours quelque chose qui ressort. Reprendre ses clichés quelques jours ou quelques semaines plus tard et s’apercevoir, avec un peu de recul, qu’il y a de la matière, c’est toujours un moment de satisfaction personnelle.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Valérie Devarrewaere : Se connaître, percevoir la beauté dans une situation, une posture, une lumière ou une ombre, et visiter des expositions ou regarder des documentaires.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs ?
Valérie Devarrewaere : Oui, des projets ! Je souhaiterais réaliser un livre photo et continuer à exposer. J’ai pu exposer localement deux fois l’été dernier et les retours sont toujours très intéressants. Échanger sur l’émotion que suscite une photo, parfois si différente de notre propre émotion, ces échanges sont précieux et sont en quelque sorte l’aboutissement de notre travail. Je souhaiterais participer à des festivals photo ou concours et participer à des workshops, dans des villes européennes.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Valérie Devarrewaere : Au sein du Photoclub, deux expositions sont prévues localement au printemps / été 2026.

