Sven Delaye : La poésie ordinaire des routes latino-américaines
Chez Sven Delaye, la photographie de rue naît d’un regard curieux posé sur le quotidien. Membre de SPF, il capture sans préméditation les gestes simples, les scènes ordinaires et les émotions furtives qui composent la trame invisible de nos vies. Voyageur au long cours en Amérique latine, il observe la rue comme un espace de poésie spontanée, où chaque détail peut devenir image.
Entre systèmes bricolés, appareils multiples et projets singuliers comme Rues instantanées ou Shitty Lens, Sven Delaye revendique une photographie libre, intuitive et profondément humaine. Loin des images lisses et artificielles des réseaux sociaux, son travail invite à ralentir, à regarder autrement et à redécouvrir l’émerveillement simple du réel — une démarche qu’il partage aujourd’hui au sein de la communauté Street Photography France.
On pose les questions à Sven …
Dans cette interview, Sven Delaye partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Sven Delaye : J’ai découvert la photo de rue en en faisant sans le savoir, comme Monsieur Jourdain avec la prose. Je voyage depuis plus de dix ans, et j’ai toujours aimé capturer ces moments simples de la vie de tous les jours, un jour sur Instagram quelqu’un a commenté « Magnifique photo de rue ! », et je me suis renseigné sur le sujet.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Sven Delaye : Probablement depuis que j’ai eu un appareil photo entre les mains pour la première fois, mais je me suis vraiment concentré sur cette facette de la photographie au début de l’année 2020.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Sven Delaye : Je suis autodidacte : j’ai commencé par prendre des photos en mode automatique, puis je me suis penché sur les divers réglages pour voir ce que cela changeait. J’ai ensuite parcouru tout le manuel de mon appareil lors de longs trajets de bus, et j’ai également consulté des ressources en ligne.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Sven Delaye : J’utilise un peu de tout. Lorsque j’ai commencé plus sérieusement la photo de rue, j’avais un Lumix FZ300 que j’utilisais à l’origine pour prendre des photos d’animaux. Une de mes photos qui a reçu le meilleur accueil a été prise avec une GoPro : la pluie était si forte que le Lumix, même tropicalisé, n’aurait pas apprécié ! Au Mexique, pendant la pandémie, j’ai également utilisé un Instax SQ20, pour pouvoir offrir les photos à mes sujets. En ce moment, j’utilise un Sony Alpha 5100, et je jongle entre trois objectifs : celui de base, un 55-210, et un objectif imprimé en 3D avec une lentille d’appareil photo jetable upcyclée.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Sven Delaye : Pas vraiment, tout dépend de la distance qui me sépare de ce que je veux capturer.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Sven Delaye : Je m’inspire du quotidien : les situations ordinaires, un inconnu croisé dans la rue, un regard fugace ou la courbe d’un sourire. Je cherche à trouver la beauté d’une scène au coin d’une rue, la poésie dans un caniveau, les émotions dans un parc ou l’ombre d’un sentiment dans un geste. Cela me permet de capturer des instants de la vie quotidienne et de redécouvrir la poésie ordinaire qui nous entoure. C’est aussi une manière de m’éloigner des clichés artificiels omniprésents sur les réseaux sociaux.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Sven Delaye : Je regarde bien sûr ce que font les autres photographes, mais je préfère éviter de chercher l’inspiration dans leurs photos : notre œil est quelque chose de très personnel.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Sven Delaye : Cela fait maintenant huit ans que je parcours l’Amérique latine, je pense que le plus grand défi concerne la sécurité : parfois, il vaut mieux ne pas prendre de photos, plutôt que de risquer de rentrer sans appareil !
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Sven Delaye : Lors de mon projet « Rues instantanées » au Mexique où j’offrais les photos de mon Instax à mes modèles, je me suis retrouvé entouré d’enfants. Un homme, visiblement ivre, est venu me demander si mes photos n’étaient que pour les enfants, et je lui ai répondu que non. Il m’en a alors demandé une de son tatouage et a soulevé sa frange pour exhiber un tatouage « Fuck the police » sur son front. Il m’a dit qu’il avait un autre tatouage bien plus beau sur le torse, mais qu’il ne pouvait pas le montrer devant des enfants. Quelques jours plus tard, je l’ai recroisé et j’ai pu prendre une photo de ce tatouage : un énorme pénis en érection, dont les testicules sont des cactus.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Sven Delaye : J’essaye toujours de jouer sur les ombres, et prendre des photos de ¾ dos pour éviter que mes sujets soient facilement identifiables, mais ce n’est pas toujours facile.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Sven Delaye : À Bogota, en Colombie, je marche toujours avec mon appareil caché entre mon t-shirt et mon pull, par sécurité. Un jour, je l’ai sorti, j’ai rapidement pris une photo, mais cela a attiré l’attention d’un homme louche qui a fait un signe à une autre personne. J’ai rapidement fait demi-tour pour rejoindre une rue plus fréquentée.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Sven Delaye : Investissez dans de bonnes chaussures !
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Sven Delaye : Essayez de garder un regard neuf face à n’importe quelle situation, pensez comme un enfant qui découvre tout pour la première fois et ne manque jamais de s’émerveiller.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Sven Delaye : J’aimerais beaucoup reprendre mon projet « Rues instantanées », que j’ai dû abandonner faute de trouver les bonnes pellicules en Amérique du Sud, mais qui m’a permis de faire de merveilleuses rencontres. En ce moment, je pense me concentrer également sur un petit projet nommé « Shitty Lens », où je m’amuse à voir ce qu’il est possible de faire avec l’objectif recyclé mentionné précédemment.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Sven Delaye : L’année ne fait que commencer, je n’ai encore rien de prévu, mais je suis ouvert à tout !
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Sven Delaye : J’ai découvert Street Photography France grâce à l’algorithme d’Instagram qui m’a proposé une publication concernant le concours « Waiting / L’Attente » et pour lequel ma photo a été retenue.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Sven Delaye : Je ne fais partie de cette communauté que depuis quelques jours, mais j’ai déjà découvert de nombreux photographes talentueux, et je pense que je vais continuer à en prendre plein les yeux chaque jour !

