Sous la lumière urbaine, le regard discret de Xavier Garonnat

Il avance dans la ville sans faire de bruit, l’appareil toujours prêt mais jamais pressé. Xavier Garonnat, membre de Street Photography France, pratique la photographie de rue comme une forme d’écoute visuelle. Il observe les gestes, les circulations, les rencontres furtives. Son regard cherche l’authenticité de l’instant plutôt que l’effet spectaculaire. Avec son Ricoh discret, il se fond dans le décor pour mieux révéler la ville telle qu’elle est : vivante, changeante, parfois inattendue. Dans cet entretien, il revient sur son parcours et sur cette manière singulière d’habiter l’espace urbain par la photographie.

On pose les questions à Xavier …

Dans cette interview, Xavier Garonnat partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Xavier Garonnat : J’ai à vrai dire un parcours assez banal, j’ai commencé la photographie « classique » avec un Nikon D5100 il y a plus de 10 ans (photos de famille, de paysage, …) et rapidement, j’ai compris que la rue offrait un terrain de jeu extraordinaire. C’est à ce moment-là que j’ai découvert la photographie de rue, ses styles différents et surtout l’immensité des possibles.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Xavier Garonnat : J’ai commencé à penser « photo de rue » en 2019, avec l’adoption du Ricoh GR, que je n’ai plus lâché…
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Xavier Garonnat : Complètement autodidacte, je pense qu’une fois qu’on a compris le triangle « ouverture / temps d’exposition / sensibilité » et quelques subtilités liées à son matériel, on est prêt pour ainsi dire.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Xavier Garonnat : Oui, mais mon pseudo le raconte facilement. J’ai adopté très rapidement le Ricoh GR III pour sa compacité et sa discrétion, sans devoir renier sur la qualité. J’utilise quasi exclusivement le mode « snap » permettant de shooter très rapidement.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Xavier Garonnat : Il est très présomptueux de se définir soi-même je trouve. Me concernant, je pense la photographie de rue comme une rencontre sans fin avec le monde urbain exposé dans toute sa diversité. Je m’obstine à rester discret pour tenter de capturer une certaine « naturalité » de la ville, une « authenticité » diraient certains.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Xavier Garonnat : Je n’ai pas de nom particulier à donner. J’ai découvert récemment le travail de Peter Funch lors d’une exposition et j’ai été subjugué par sa série « 42nd Street and Vanderbilt », un travail de neuf années durant lesquelles il a shooté inlassablement le même coin de rue de 8h30 à 9h30 à New York, capturant les mêmes personnes au travers du temps qui passe… j’ai trouvé cela très inspirant.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Xavier Garonnat : Une de mes photos préférées est celle d’un jeune homme qui se jette à l’eau, à Copenhague. Elle montre à la fois un lâcher-prise total et l’incroyable présence de la mer du Nord dans cet espace urbain magnifique.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Xavier Garonnat : Comme chaque artiste, le défi est pour moi de trouver une approche stylistique tangible et identifiable. Ce n’est pas lié spécifiquement à la photographie de rue. Un musicien de jazz doit également faire oublier sa technique au profit de son expression et de sa singularité. Je reste pragmatique : beaucoup d’appelés, peu d’élus…
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Xavier Garonnat : C’est la rencontre d’un Américain dans le célèbre quartier de Norrebro à Copenhague. Il joue au basket tout seul, il me voit approcher et nous discutons quelques minutes… un instant partagé très convivial qui restera pour moi très important car je ne sollicite jamais mes sujets.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Xavier Garonnat : Très bien ! Personnellement, tant que j’estime ne pas porter préjudice au sujet photographié, je suis serein.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Xavier Garonnat : Au tout début, quand j’étais avec le Nikon (« grand débutant »), je me suis fait interpeller par une personne souhaitant que je supprime la photo… un grand classique. J’ai eu aussi droit à une « dénonciation » l’année dernière : je prenais des photos devant un foodtruck et une personne dans le public m’a gentiment « dénoncé » (toujours à Copenhague). J’ai dû expliquer aux deux personnes concernées la démarche de mon travail (en anglais évidemment) et cela s’est au final bien passé.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Xavier Garonnat : De la patience… fatalement on passe par des zones de découragement, il faut savoir passer outre. Choisissez surtout le matériel avec lequel vous êtes à l’aise, c’est important je pense (il n’y a pas de mauvais matériel…).
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Xavier Garonnat : À un certain stade, je pense qu’il est sain de se trouver des « projets » pour mettre sa passion au service d’une idée ou d’un concept précis. Cela donne un cadre et vous force à exprimer votre créativité dans un certain contexte, vous poussant aussi dans vos retranchements.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Xavier Garonnat : J’ai un projet qui s’appelle « Trajectoires parallèles, Trajectoires temporelles ». Il s’agit de conceptualiser la rencontre « manquée » … en jouant sur la durée d’exposition et la mise en relief de personnes qui se croisent mais qui ne se regardent pas. C’est paradoxal, mais c’est un regard sur ceux qui n’ont plus le temps de se regarder justement…
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Xavier Garonnat : Non pas à ce stade (même si secrètement, comme d’autres, j’imagine me voir publié et/ou reconnu un jour ou l’autre).

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