Sébastien Hirsch et la Photographie de Rue : À la Recherche de l’Instant Unique

La photographie de rue est bien plus qu’un simple hobby pour Sébastien Hirsch, c’est une véritable passion qui a pris racine il y a plusieurs décennies. Dans cette interview, il nous ouvre les portes de son monde artistique, décrivant comment il traque les instants décisifs, capture la lumière, et partage des émotions à travers ses photos uniques. Découvrez ce qui inspire ce photographe à créer des images qui parlent à l’âme.

On pose les questions à Sébastien…

Dans cette interview, Sébastien Hirsch partage avec nous son parcours photographique.

 

SPF : Comment avez-vous découvert votre passion pour la photographie de rue, et qu’est-ce qui la rend si captivante pour vous ?

Sébastien : Ma passion pour la photographie dans toutes ses formes date de quinze-vingt ans. Je pratique aussi bien la photo de rue que la photo de paysage ou de portrait et même la proxy-photographie. Mon appareil ne me quitte jamais. Mais depuis peu, c’est en photographie de rue que j’ai l’impression de délivrer ma touche la plus personnelle. Cette passion est née d’un attrait général pour l’art (cinéma, dessin, musique, jeu vidéo) et la technologie numérique, que j’ai nourrie avec des rencontres sur le net (forum de photographies), l’achat de livres photos et la découverte d’auteurs lors d’expositions. Ce que je ressens quand j’ai mon appareil en main, c’est une quête du fortuit, de l’éphémère. Cela s’apparente à une chasse au trésor : Il faut être là et prêt à déclencher quand cela se passe… mais sans se mettre trop de pression non plus, au risque d’être déçu… se dire que si l’on manque un instant, mille autres nous attendent sur notre chemin. La photographie, c’est donc avant tout le plaisir de la découverte, l’adrénaline qui monte quand une scène espérée apparaît sous nos yeux. C’est ensuite le plaisir du partage, offrir ce moment particulier et cette lumière à quelqu’un d’autre et ressentir une émotion partagée. Parler de ma démarche et de l’histoire d’un cliché devant mes photographies exposées est un réel plaisir pour moi.

SPF : Pouvez-vous nous parler d’une expérience de photographie de rue qui vous a particulièrement marqué ou influencé en tant que photographe ?

Sébastien : Un très beau souvenir, c’est d’être tombé par hasard sur des enfants jouant dans les vaporisateurs d’eau aux Halles à Paris en 2020. Je faisais déjà des photos de rue, en particulier lors de mes voyages en Europe, mais cette séance improvisée m’a fait me rendre compte de l’importance de l’ambiance pour qu’une photo de rue soit réussie. Pour moi, il faut une part de mystère. Une ombre qui souligne en négatif ce que l’on veut montrer. Ce jour-là, le soleil était bas, je me suis placé en face, et j’ai obtenu des silhouettes enfantines prises dans la brume humide, qui m’offraient des gestes improbables issus de leurs jeux insouciants. J’ai participé au concours Monochrome Awards 2020 avec l’une des photos de la série, elle a remporté la deuxième place catégorie Street / amateur. La photo montre une jeune fille une main en l’air, comme si elle hésitait. L’image offre plusieurs interprétations et l’ambiance est onirique. J’aime cette série, elle marque un vrai changement dans mon approche de la photo.

SPF : Quelles sont les caractéristiques essentielles que vous recherchez dans une scène ou un sujet avant de déclencher votre appareil photo ?

Sébastien : Je ne suis pas vraiment un photographe de l’humain ni de l’émotion. On pourrait trouver mes photos froides malgré leurs couleurs souvent chaudes, car elles sont un peu cliniques : mes images, ce sont avant tout de la lumière et des lignes. L’humain vient y prendre sa place une fois le cadre défini : j’attends qu’il veuille bien s’y présenter, et que la posture qu’il adopte soit particulière. Une tête un peu courbée, le pli d’un manteau, le chapeau donnant une particularité à la silhouette… La géométrie et le placement des éléments ont une grande importance, comme si l’ordre que j’impose dans mes images était un moyen de m’apaiser au quotidien.

SPF : Comment choisissez-vous les moments décisifs pour capturer des instants uniques dans la rue ?

Sébastien : Je ne les choisis pas, ils s’imposent à moi. Chaque photographe a, à un moment donné de sa vie, un bagage technique et artistique qui l’amènent à instinctivement repérer une scène et à se placer de manière adéquate à sa vision propre. Ce bagage, il l’a obtenu après mille échecs lors de précédentes tentatives : c’est son instinct de photographe. Quand on achète une photo à un artiste, ce n’est pas seulement du papier et de l’encre, mais le produit fini d’un long cheminement artistique. Pour répondre de manière un peu plus précise tout de même, je pense que l’erreur majeure serait de considérer que toute scène a un intérêt en soi. Si vous voyez la scène et déclenchez directement, quel est la part de votre œil dans la réussite de l’image ? Être photographe, c’est trouver un point de vue personnel sur les choses. Un exemple issu de mon travail, une image que j’aime beaucoup : une jeune fille adossée au mur, de nuit, à côté d’une fenêtre. Ce qui m’a attiré : la lumière du téléphone qui éclairait son visage. Comment je l’ai cadrée : en utilisant la forme géométrique de la fenêtre, avec une construction en symétrie de l’image, symétrie brisée par le placement de côté du sujet. Cerise sur le gâteau : la part de chance inhérente à la photographie instantanée : dans cette photo, je n’ai pas remarqué lors de la prise le deuxième personnage, lui aussi sur son écran qui dès lors offre de multiples interprétations. La photo se nomme « screens ».

SPF : Comment abordez-vous la question de l’éthique en photographie de rue, notamment en ce qui concerne le respect de la vie privée des sujets ?

Sébastien : Étant d’un naturel timide, je ne vais pas toujours voir les gens que je photographie. En fait, les personnages sont souvent un élément parmi d’autres dans mes images, et n’en sont pas le sujet exclusif. Il m’arrive cependant parfois d’aborder des gens et de leur montrer l’image captée, en leur demandant oralement si je peux la mettre sur mon site internet. Je le fais quand ils apparaissent en tant que sujet principal, mais pas à chaque fois (ils sont parfois déjà loin !). Dans la photographie suivante, je n’ai pas communiqué avec la jeune fille. Mais la lumière est tellement belle que je me dois de la garder. Je considère que la photographie de rue est un art à part entière, qu’il est reconnu, et que mes images ne nuisent pas aux personnes photographiées. Dès lors, je me dis qu’il n’y a pas de raison de ne pas les diffuser.

SPF : Pouvez-vous partager quelques-unes de vos techniques préférées pour capturer des émotions authentiques dans vos photos de rue ?

Sébastien : Comme je le disais, ma pratique de la photographie de rue ne recherche pas l’émotion dans le sujet lui-même. Je ne recherche quasiment jamais le regard des inconnus, car j’ai peur d’une réaction vive de rejet. Or, l’émotion passe le plus souvent par les yeux. Il peut m’arriver de le faire si je sens la personne intriguée et bienveillante. Je recherche plutôt l’émotion du spectateur, une émotion artistique provoquée par la construction de l’image, ses lignes, sa lumière, ses couleurs. Comme on peut ressentir une émotion pure devant un paysage ou un coucher de soleil. C’est aussi l’émotion du moment unique, la scène dans son naturel dont le photographe est le témoin. Je n’aime pas les photos de rue mises en scène.

SPF : Quelles sont vos sources d’inspiration en photographie de rue, que ce soit d’autres photographes, des mouvements artistiques ou des lieux spécifiques ?

Sébastien : Je me nourris avant tout de toutes les images que je vois, au quotidien, sur les réseaux, je me rends aux expositions sur Paris ou je visite des musées quand je voyage. Je reviens de Dublin, j’y ai visité le musée de la photographie, et je sors de l’exposition d’Eliott Erwitt à Paris, dont les photos sont saisissantes. Ces travaux m’inspirent, me challengent, me poussent à essayer de nouvelles choses. Mais ma plus grande source d’inspiration c’est plutôt dans le domaine de la peinture que je la trouve : les toiles d’Edward Hopper pour leur ambiance et leur géométrie nette, et les clair-obscur de la Renaissance pour l’importance des ombres qui donnent du mystère aux images.

SPF : Parlez-nous de votre processus de post-production. Comment retouchez-vous vos photos tout en préservant leur authenticité ?

Sébastien : L’authenticité est nécessaire en reportage, mais l’est-elle quand notre intention est artistique ? Je ne le pense pas. Pour moi, c’est l’authenticité du moment qui compte. Face à une photographie, beaucoup se détournent en disant « c’est retouché ». Ils refusent de soumettre l’œuvre à leur regard sous ce prétexte, et je trouve cela dommage. A ces personnes, je voudrais dire ceci : il n’y a pas de photo non retouchée. Aucune. Toute image délivrée est une interprétation de ce qui s’est imprimé sur le capteur. Sur un téléphone ou un appareil photo compact, c’est le processeur de l’appareil qui s’occupe de développer et donc de retoucher automatiquement l’image. Je retouche mes photos de manière à obtenir sur le papier ce que j’ai vu lors de la prise.

Si c’est un éclat de soleil sur les jambes d’une dame, je veux m’assurer que l’éclat aura le même impact pour le spectateur que celui que j’ai ressenti dans l’instant. Je joue sur la courbe des tonalités pour redonner à la lumière et aux ombres toute leur importance. Il m’arrive aussi de renforcer un effet ou de réchauffer ou de refroidir l’image. J’utilise un logiciel de développement (Lightroom), mais pas de retouche (Photoshop), dont les possibilités de modification d’une image sont infinies.

SPF : Comment choisissez-vous les images qui feront partie de votre portfolio en ligne ? Quels critères suivez-vous pour sélectionner vos meilleures œuvres ?

Sébastien : Sur mon site internet photographiesdart.fr , je sélectionne ce que je préfère, et je revois régulièrement mon jugement au gré des nouvelles entrées. Sur les réseaux, je publie beaucoup plus, je guette les réactions, je ne suis pas toujours sûr du potentiel d’une photo, et l’interaction que permettent les réseaux est intéressante en ce sens. Le processus d’auto-appropriation d’une photographie me passionne : quand je retiens une photo, je la trouve d’abord intéressante, je la développe, je la publie sur les réseaux. Mais peu à peu, elle devient une vraie part de moi, de ce qu’est ma signature en tant que photographe. Plus je la regarde, et plus je me l’approprie car j’ai passé du temps à la regarder et à me dire que c’est vraiment cela que je recherche quand je vais dans la rue. Elle devient une photo signature, elle fait partie de ma vie.

SPF : Enfin, pouvez-vous nous parler de vos projets futurs en photographie de rue ou d’autres domaines de la photographie que vous aimeriez explorer ?

Sébastien : Pour ce qui est de la photographie proprement dite, j’écoute mes envies… je reviens de Dublin où j’ai pu capter de jolies ambiances lumineuses, et je me rends régulièrement à Paris pour les mêmes raisons. C’est une ville magnifique, particulièrement sous le soleil. Il y a des surprises à chaque coin de rue. J’explore également un autre aspect, la photographie de mouvement volontairement floue, avec pour thème particulier le skateboard. Je trouve que les impulsions verticales des skateurs et leur gestuelle offrent un rendu pictural intéressant et peu utilisé en photographie.

J’expose de temps en temps et je voudrais le faire davantage. J’exposerai en mon nom avec la ville d’Ermont dans le Val d’Oise au mois d’octobre, après avoir participé au salon d’art Arami en février dernier et au salon Contrastes de Sartrouville en fin d’année dernière. Je viens d’adhérer au collectif Streetphotography France et j’espère que nous aurons l’occasion de produire de belles choses dans ce contexte.

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