Résultats Concours : S’assoir dans la rue

Chaque mois, des concours exclusifs sont organisés sur le club privé Discord pour les membres de Street Photography France. En mai, le concours avait pour thème « S’asseoir dans la rue », une invitation à capter ces instants suspendus où l’espace public devient lieu de pause, de contemplation ou d’échange. Le jury était présidé par Damien Patard, que nous remercions vivement pour son regard sensible et engagé.

Félicitations aux cinq membres dont les photos ont été sélectionnées ! Découvrez chacune de leurs images, accompagnée de son histoire.

Un nouveau concours est actuellement en cours sur notre canal Discord, réservé aux membres.
Thème du mois de juin : « Les bulles de vie ».

 

Béatrice Pilard

C’était en octobre, à Montpellier. En fin d’après-midi, je flânais dans le parc du Peyrou. J’y avais croisé un homme à bicyclette un peu plus tôt et là, je le revis assis, en train de dessiner. J’observais alors la scène : la diagonale du mur conduisit mon regard jusqu’à la femme assise, en train de lire, puis vers celle un peu plus bas sur le banc, en train de discuter avec son ami. J’ai aimé la composition formée par ces personnages, le temps semblait comme suspendu.

 

 

IG: @beatrice_pilard

Page SPF : En cours

Damien Patard : J’aime la scène centrale qui s’y joue, avec ce triangle formé par les 4 personnes assises. Toutefois, (mais ce n’est que mon avis), je pense que cette photo aurait gagné en impact et en lecture si elle avait été présentée au format carré. Le personnage coupé à gauche n’apporte pas grand chose à la scène, tout comme l’espace à droite du vélo. A mon sens, l’image prenait alors une tout autre dimension et elle aurait été sans doute classée encore plus haut dans cette sélection. On éliminait tout ce qui pouvait nous perturber et la lecture s’en trouvait facilitée : notre regard partait alors du personnage au premier plan pour aller vers la jeune fille à gauche et revenir vers celle qui lit et ferme le triangle. Plus aucun élément nous incitait à « sortir » de la photo.

 

Hervé Barthelemy

Cette photo aurait en effet pu être prise au Japon, un pays que j’affectionne, mais elle est en réalité issue de ma série CineFrisco, réalisée lors de mon second séjour à San Francisco, le 29 décembre 2024.

Dans cette ville aux couleurs uniques, où cohabitent la violence sociale des nouvelles drogues dures et une vrai joie de vivre, on s’y sent paradoxalement paisible. Comme cet homme, en pause déjeuner sur une pente abrupte. J’ai reconnu ce moment de recentrage, presque méditatif. Un moment pour soi, loin du tumulte.

J’ai laissé mon appareil le long de ma jambe, une focale que je connais bien. Il y avait un cadre, Inutile de viser. Je ne voulais pas déranger. Juste laisser l’homme à sa bulle, dans ces instants où l’on a simplement envie d’être… tranquille.

 

IG: @bartofparadise.photos

Page SPF : En cours

Damien Patard : Cette scène me parle et me transporte… au Japon, peut-être ? J’aime cette compo et cet homme, que j’imagine être un cuisinier, qui prend l’air et sa pause déjeuner hors de son établissement. C’est rigoureux dans la compo avec toutes ces lignes verticales, barrées par une diagonale qui nous amène jusqu’au bol. Casquette, tablier, masque sont autant de détails qui enracinent cette photo dans le réel.

 

Nijat Kazimov

En réalité, mon intention première n’était pas de capturer les personnes assises, mais plutôt leurs mains. Deux ouvriers, visiblement fatigués, s’étaient assis à même le sol. Ce qui m’a frappée, ce sont leurs mains : usées, marquées, silencieusement éloquentes.
Je crois que les mains racontent une histoire en elles-mêmes. Elles sont le symbole du travail, de l’effort, de l’existence forgée par le labeur. Chaque main porte en elle une mémoire singulière, un fragment de vie, un parcours invisible. En capturant ces mains, j’ai voulu saisir l’essence de cette humanité discrète, celle qui ne parle pas, mais qui dit tout.

IG : @nijatphotography

Page SPF :  Nijat Kazimov

Damien Patard:  Comment dire et suggérer sans le montrer ? Nijat Kazimov a la clé… Cette photo est très forte grâce au hors-champ. Les trois mains et le rythme ternaire (cigarette-cigarette-téléphone) accrochent immédiatement le regard et le cerveau fait le reste. C’est une des rares photos où l’on ne « voit » finalement personne assis et pourtant, le sujet tel que je l’avais défini est on ne peut plus respecté.

 

 

Pascal Andreani

Cette photo a été prise à New York. Comme quoi, même dans cette ville en perpétuelle effervescence, j’aime rechercher ce type de scène : le paradoxe des grandes métropoles où la solitude demeure pourtant palpable. J’ai travaillé la composition à travers les formes et la géométrie. Une pincée de chance a permis à ce double reflet de venir parfaire l’image.

IG: @pascal_andreani2

Page SPF : Pascal Andreani

Damien Patard : Un gros coup de coeur pour cette image que j’aurais aimé faire. La composition faite de courbes et de verticales structure parfaitement l’image. A la verticalité qui ferme l’image répond cette courbe qui nous emmène vers le premier personnage assis, très isolé, point fort de l’image. Dans un second temps, on constate que la scène se répète… la courbe continue pour nous emmener vers un second personnage. La gestion du noir et blanc est parfaite. Petite question subsidiaire : avez-vous déjà tenté d’inverser cette photo en symétrie verticale et de la présenter avec un sens de lecture qui irait alors de la gauche vers la droite ? A titre personnel, je trouve que votre image serait encore plus forte.

Ludovic éPIVENT

En passant devant le H&M de l’avenue Jean Médecin à Nice, appareil à la main, mon regard a été attiré par deux personnes assises, paisiblement installées, comme en retrait du tumulte de la ville. J’ai saisi l’instant, cherchant à capturer le contraste entre leur immobilité et le mouvement qui les entourait. Le flou du tramway en passage, tout comme la silhouette d’un piéton traversant la scène, viennent souligner ce contraste et insuffler la sensation de passage du temps, entre mouvement et silence, agitation et repos.

IG: @epiic_color

Page SPF: Ludovic Épivent

Damien Patard : Mon gros coup de coeur. Une compo là-aussi très rigoureuse, très rythmée également : avec un rythme ternaire très assumé (aux trois « clous » du premier plan répondent les trois personnages), mais aussi binaire (les personnages en mouvement structurent la photo dans sa verticalité pendant que les personnages assis structurent l’image dans sa latéralité). J’aime ce travail en pose lente qui sert parfaitement le sujet. A la vie en mouvement de ceux qui marchent, courent, prennent le tramway (et qu’on imagine aller travailler par exemple) s’oppose la sérénité de ceux qui savent se poser et s’asseoir, même dans la rue. La femme de face, bercée par une douce lumière, dialogue avec le monsieur de dos, au téléphone

 

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