Photographie de rue et pensée critique : le dialogue selon Sébastien Bersot
Chercheur et photographe, Sébastien Bersot explore la rue comme un espace d’observation et de réflexion. Entre rigueur théorique et spontanéité visuelle, il aborde la photographie de rue comme une expérience du réel — une manière d’interroger notre rapport au quotidien, au mouvement et à la présence humaine.
Issu du cinéma, il transpose dans son approche la précision du cadre et la sensibilité du regard. Chaque image devient pour lui un fragment de pensée, une tentative de saisir l’équilibre entre ordre et hasard.
Dans cet entretien, il revient sur ses influences, sa pratique et sa vision d’une photographie où le geste et la théorie se rencontrent, à hauteur d’œil.
On pose les questions à Sébastien …
Dans cette interview, Sébastien Bersot partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Sébastien Bersot : J’ai découvert la photographie de rue par le biais du cinéma. J’ai toujours voué un intérêt particulier à cette forme d’art, au point de lui avoir consacré un mémoire et, aujourd’hui, une thèse (actuellement en cours de rédaction). L’authenticité et la vraisemblance dont fait preuve Tarantino lorsqu’il met en scène les rues de Los Angeles, ainsi que les premiers travaux expérimentaux de George Miller, comptent parmi mes principales sources d’inspiration. Elles ont suscité chez moi le désir profond d’explorer de plus près l’environnement urbain et sa multitude de curiosités.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Sébastien Bersot : Je n’ai pas de chiffre exact en tête, je dirais environ 2 ans.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Sébastien Bersot : Je n’ai pas encore suivi de formation, mais il s’agit de quelque chose que j’aimerais faire assez prochainement. Toutefois, mon amour pour la recherche m’a conduit, comme bien souvent, à apprendre en autodidacte.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Sébastien Bersot : Oui, mon Fujifilm X-20 ! J’ai d’abord débuté avec un Nikon D90 équipé d’un objectif 18-105 mm. Si j’ai apprécié l’exercice, en revanche, je n’ai pas du tout aimé le matériel : je le trouvais trop encombrant, trop lent et trop voyant. Je me suis donc tourné vers des appareils plus compacts. Le Fujifilm X-20 s’est distingué par son excellent rapport qualité-prix, sa capacité à résoudre les problèmes que je rencontrais avec le Nikon et, surtout, par sa simulation de film intégrée et son objectif zoom incorporé au boîtier, qui m’offrent une grande liberté d’expérimentation.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Sébastien Bersot : Je ne suis pas certain d’avoir un style particulièrement marqué ou reconnaissable. En revanche, j’accorde une grande importance à la composition. Caméra en main, je garde toujours à l’esprit plusieurs règles théoriques à respecter. Je m’efforce de créer des compositions « équilibrées », en prêtant attention aux formes géométriques, aux couleurs et aux contrastes qui s’offrent à moi. J’ajouterais que j’aime beaucoup jouer sur la hauteur : me rapprocher du sol ou, au contraire, tendre les bras en l’air. C’est sans doute ce que je fais le plus souvent lorsque je prends des photos. J’aime que mon corps fasse partie intégrante de l’exercice.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Sébastien Bersot : J’aime m’intéresser à différents horizons, de sorte à toujours sortir de ma zone de confort. Toutefois, les travaux de Fred Herzog, ou Andrew Bush, par exemple, sont souvent dans un coin de ma tête.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Sébastien Bersot : (Fichier photo : sebastienbersot6) Je garde un excellent souvenir de cette photo. Je l’avais prise pour la première fois en changeant de train à Paris, alors que je partais passer un week-end chez des amis. Je venais tout juste d’acheter mon Fujifilm X-20 et je n’étais pas encore à l’aise avec ce petit boîtier. Le résultat m’avait donc déçu. J’ai repensé à plusieurs reprises à cette photo « ratée » et à la manière dont je la referais, si l’occasion se représentait. Quelques mois plus tard, l’opportunité s’est justement présentée, lorsque mes amis et moi nous sommes retrouvés à nouveau. Sur le trajet, je me suis positionné au même endroit que la première fois et j’ai pris le temps de régler mon appareil, en veillant à ce que ma composition me convienne. Durant ces quelques instants, j’étais entièrement concentré sur ce moment et rien d’autre. Un seul cliché a suffi pour me satisfaire. J’avais enfin sous les yeux cette image simple, illustrant une vision parmi tant d’autres du train-train quotidien et de sa banalité anonymisante.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Sébastien Bersot : Oser, tout simplement. Je suis autant extraverti qu’introverti. Au début, je craignais que l’on me regarde bizarrement dans la rue avec mon appareil. Mais je me suis vite rendu compte que, la plupart du temps, il est étonnamment facile de passer inaperçu — même à genoux ou les bras tendus (ahah !)
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Sébastien Bersot : Je n’ai pas d’anecdote véritablement mémorable. Cependant, mes préférées sont sans doute celles qui découlent des quelques occasions où des passants sont venus me questionner sur mes photos. Ces rares moments où l’on ne passe pas aussi inaperçu qu’on pourrait le croire. Ce sont des instants que je savoure systématiquement, tous ayant été positifs jusqu’à présent.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Sébastien Bersot : Excellente question. De nombreuses lectures sur ce qui est autorisé ou non m’ont beaucoup aidé dans ces réflexions. Je pense qu’il est toujours utile de disposer de solides connaissances théoriques. Quant à la pratique, je reste ouvert à toute discussion ou requête liée à ces questions.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Sébastien Bersot : Aucune à ce jour et je croise les doigts pour que cela continue !
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Sébastien Bersot : Étant moi-même encore sans doute débutant, je ne suis pas certain d’avoir les conseils les plus avisés. Néanmoins, je dirais que simplement se lancer et expérimenter — peu importe que le résultat soit objectivement bon ou mauvais — ne sera jamais une mauvaise idée. Practice makes perfect, comme disent nos amis anglophones.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Sébastien Bersot : En ce qui me concerne, je pense que s’imprégner d’images qui nous inspirent est un très bon point de départ. Les assembler et les analyser, afin de mieux comprendre ce qui nous attire vers elles, peut être un excellent moyen de développer son esprit créatif — non pas en les recopiant, mais en découvrant de nouveaux outils et de nouvelles approches.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Sébastien Bersot : Publier dans des revues et/ou participer à des expositions : voilà des expériences qui me plairaient grandement. En attendant, je compte poursuivre mes expérimentations et continuer à affiner mes compétences ainsi que mon regard.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Sébastien Bersot : Si l’opportunité se présentait, ce serait avec plaisir.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Sébastien Bersot : Sur Instagram, en postant mes premières photos. Le nom revenait souvent, alors cela m’a interrogé. Je m’y suis donc penché de plus près et j’y ai découvert une charmante communauté !
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Sébastien Bersot : Nouvelles sources d’inspirations, partage et mise en valeur de travaux intéressants.
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Sébastien Bersot : Aucune dans l’immédiat. Je crois que vous faites déjà un excellent travail et je prendrais plaisir à découvrir la suite !

