Péter Gulyás : “Trouver l’extraordinaire dans l’ordinaire”

La photographie de rue est un art de l’instant, où l’ordinaire se transforme en scène extraordinaire. À travers son regard minimaliste et son jeu subtil de lumières et d’ombres, Péter Gulyás parvient à capter la poésie cachée du quotidien. Membre de Street Photography France, il partage depuis huit ans une vision singulière de la rue : silhouettes fragiles au cœur de structures monumentales, contrastes puissants et géométries épurées. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, ses inspirations, son style unique et les défis rencontrés dans cette quête constante d’images qui racontent sans paroles.

On pose les questions à Péter …

Dans cette interview, Péter partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Péter Gulyás : J’ai étudié la photographie appliquée pendant un an, et nous y avons appris l’histoire de la photographie. J’ai été émerveillé par le travail des grands artistes, notamment en photographie de rue.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Péter Gulyás : Depuis 8 ans.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Péter Gulyás : Comme je l’ai mentionné plus tôt, j’ai appris la photographie appliquée dans un cours d’un an. Mais c’était surtout théorique (et la photographie de rue n’est pas vraiment “appliquée”). La pratique, je l’ai apprise moi-même – grâce à internet, à des groupes/communautés de photographes, et à des amis.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Péter Gulyás : J’utilise un boîtier Nikon D750, avec des objectifs 85/1.8 et 180/2.8 (tous deux Nikon), un objectif manuel 14/2.8 et parfois un Helios 50/2 (un modèle de la série avec monture Nikon F). Uniquement boîtier et objectifs, je n’utilise pas de flash dans la rue.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Péter Gulyás : Cela peut sembler étrange pour la rue, mais mon préféré est le 180/2.8 fixe – parce que j’en ai besoin pour ma série favorite.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Péter Gulyás : J’aime le style minimaliste, les éléments géométriques, les forts contrastes, le jeu de lumière et d’ombre – moins le style “classique” de la rue. Je ne sais pas si on peut appeler cela le genre “fine art street”, je laisse le spectateur décider.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Péter Gulyás : Je trouve surtout mon inspiration sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de grands photographes, difficile de choisir. Mais je peux citer Alan Schaller, les minimalistes Mania de Praeter et Nina Papiorek, et enfin Mark Fearnley – ses photos avec de petites silhouettes humaines dans de grandes structures géométriques sont vraiment inspirantes.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Péter Gulyás : Oui, une assez récente a une histoire amusante, je l’ai prise cet été. Alors que je travaillais à ma série sur les silhouettes de personnes sur le pont Erzsébet à Budapest, j’ai capturé une photo minimaliste d’une fille promenant un chien, avec la chance qu’il n’y ait absolument personne d’autre sur le pont. J’ai posté la photo sur Facebook dans un grand groupe international de street photography – et le lendemain j’ai reçu un commentaire : “si la photo a été prise samedi, alors c’est moi et mon chien”. Nous nous sommes rencontrés quelques semaines plus tard et je leur ai offert un tirage.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Péter Gulyás : La rue est un espace public avec des gens ordinaires, et il faut trouver l’extraordinaire dans l’ordinaire. C’est le plus grand défi : trouver le point de vue, le moment, le personnage qui rendra le résultat intéressant.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Péter Gulyás : J’avais mon appareil en main, un groupe de jeunes s’est arrêté devant moi, s’est rassemblé rapidement et a crié “photo, photo”. J’ai pris quelques clichés, ils m’ont donné une adresse mail… et quand j’ai envoyé la photo, j’ai reçu la réponse : “merci beaucoup, quelle surprise, nous étions tellement ivres que nous avions même oublié avoir demandé une photo”.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Péter Gulyás : La plupart du temps j’essaie de photographier en fort contraste/silhouettes/ombres – ainsi le sujet, au moins le visage, n’est pas clair ni visible – donc je ne me soucie pas trop de la vie privée. Si on demande la permission avant de prendre la photo, ce n’est plus spontané, le moment est perdu. Si on demande après, cela dépend de la situation (par ex. avec un téléobjectif, ou un cycliste). Difficile à dire, mais en général je ne me soucie pas trop. J’essaie d’éviter les situations où je sens que cela pourrait poser problème.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Péter Gulyás : Pas vraiment. J’ai eu quelques situations, mais dans ces cas-là je n’ai pas discuté : j’ai simplement arrêté de prendre des photos et j’ai quitté les lieux.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Péter Gulyás : Faites-le tout simplement. Quand vous montrez vos photos autour de vous, beaucoup de gens ne comprennent pas la street photography. Il faut du temps pour trouver son public, sa voix, son style. Si vous aimez ça et que vous y mettez de l’effort et de l’énergie, ça marchera forcément.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Péter Gulyás : La citation célèbre : les bons artistes copient, les grands artistes volent. Regardez énormément de photos et “volez” des idées, des ambiances, de l’inspiration. En plus, sortez et observez la lumière, les changements d’angle, voyez comment les ombres évoluent. Regardez les gens passer, ce qu’ils font, où et quand.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Péter Gulyás : Pour l’instant je cherche de nouveaux projets et objectifs – je devrais visiter d’autres villes, c’est certain. J’ai un projet en tête, mais ce n’est pas à 100% de la photographie de rue car ce n’est pas spontané mais plutôt mis en scène – un portrait de rue de personnes dans un lieu donné et sur une période donnée, appelé “Diversity”.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Péter Gulyás : Oui, j’ai ce projet, mais rien de concret pour l’instant.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Péter Gulyás : J’ai postulé pour le défi Street & Minimalism en août.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Péter Gulyás : Je verrai comment cela fonctionne en pratique, puisque je ne parle pas français – mais la traduction en ligne fonctionne déjà très bien. Ce que j’ai lu semble inspirant : publications, vente de photos, retours d’un groupe de professionnels.

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