Marie Dumont : Une Photographe de Rue Passionnée et Son Parcours Authentique

Découvrez l’interview de Marie Dumont, membre de Street Photography France, qui partage son expérience en photographie de rue. Entre anecdotes, défis et aspirations, Marie nous parle de son parcours autodidacte, de ses influences et de ses projets futurs. Un échange sincère et inspirant pour tous les passionnés de photographie urbaine.

On pose les questions à Marie…

Dans cette interview, Marie Dumont partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Marie Dumont :
En fait, j’ai commencé à pratiquer la photo de rue sans même savoir que c’était cela que je pratiquais. La photo, de façon globale, s’est imposée à moi, sans que je ne m’en rende compte. Peut-être un héritage paternel autour de l’image. C’est une amie photographe qui m’a dit un jour, il y a quelques années, qu’elle trouvait que mon travail s’apparentait davantage à celui de la photo de rue qu’à ce que je faisais au début. Je suis donc allée vers la photo de rue sans le savoir, sans le vouloir même. Quelque chose de l’ordre de l’inconscient.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Marie Dumont :
Inconsciemment depuis 7 ans (rire), dans une démarche active et réelle, je dirais 3-4 ans.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Marie Dumont :
J’ai suivi un atelier sur Lille d’initiation à la lumière il y a quelques années. Après, je suis totalement autodidacte, ce qui n’a pas été simple du tout. J’ai appris les bases avec mes frères, notamment un qui travaille dans l’audiovisuel et pratique la photo. J’ai beaucoup appris auprès d’amis photographes sur Lille. Toutes et tous ne sont pas des photographes de rue et pourtant, à les observer, à faire des sorties avec eux, j’ai beaucoup appris à leur contact. J’ai aussi plusieurs fois participé à des photowalks organisés par le LeicaStore de Lille, permettant de rencontrer des photographes de rue et de pratiquer avec eux le temps d’une sortie.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Marie Dumont :
Jusqu’à présent, j’utilisais le Sony a7, qui n’est pas du tout un boîtier spécifiquement dédié à la photo de rue, avec un 28-70mm, un 50mm et un grand angle Samyang (très rarement). Comme je veux continuer à pratiquer pour apprendre d’autres styles, comme la photo de portrait, j’ai envie de garder un matériel de ce type, mais ce qui est sûr, c’est que m’équiper d’un boîtier spécifique pour la photo de rue se profile à l’horizon. Après, mes yeux sont un matériel immatériel !

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Marie Dumont :
Ayant toujours pratiqué avec le Sony jusqu’à présent, je n’avais pas envisagé d’avoir du matériel spécifique pour la photo de rue. Je n’y connais donc à peu près rien en la matière, si ce n’est d’avoir pu pratiquer avec le Q2 de Leica grâce aux photowalks du LeicaStore. En plus de l’occasion de rencontres humaines que cela permet, c’est très sympa quand on n’a pas le compte en banque pour du Leica (rire). À échanger avec des copains photographes, je vais apprendre à sortir la plus légère possible, donc le moins de matériel possible, et m’équiper différemment en sortie.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Marie Dumont :
Très bonne question ! Il m’est difficile de décrire mon style car je le cherche encore aujourd’hui. Un peu « fourre-tout », il m’a fallu du temps pour conscientiser que la photo de rue était dominante dans ce que j’ai pu faire. C’est au fur et à mesure que je me suis rendue compte que je racontais quelque chose sans le savoir, comme inconsciente. J’essaie, c’est que j’essaie de raconter quelque chose, de montrer une émotion, particulièrement dans les photos de personnes SDF que j’ai au travers d’une série “Les oubliés, les invisibles” et pas forcément par des portraits. Peut-être mon expérience de travailleuse sociale déteint-elle. Un ami m’a dit qu’il aimait le côté “documentaire” de certaines photos, l’émotion et la sensibilité qui s’en dégageait. J’ai expérimenté et j’expérimente encore. Après, je suis plutôt impulsive, je ne construis généralement pas de tableau, même si j’évolue de ce côté. J’essaie de poser davantage mon regard, de me poster à un coin de rue ou à la terrasse d’un café et d’apprendre à attendre. En ça, mon voyage à New York il y a deux ans, les photowalks m’ont apporté. La photo de rue est dominante, mais j’aime aussi aller du côté de la photo urbaine, paysage urbain ou marin, portrait, tantôt noir et blanc ou couleur.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Marie Dumont :
De connus, William Eggleston que j’ai découvert via son livre « Spirit of Dunkerque » qui m’a beaucoup donné d’idées pour aller photographier mes racines dunkerquoises. Sans parler d’inspiration, j’aime beaucoup Robert Frank, Joel Meyerowitz, Harry Gruyaert et Saul Leiter, Henri Cartier-Bresson (classique). “Hors les clous”, j’aime beaucoup aussi le travail d’un photojournaliste, @corentinfohlen, notamment son travail sur Haïti. J’aime beaucoup aussi @linstable_photographie, porté sur la photo documentaire sociale et humaniste. Et @ribsy et @meldcole, deux photographes new-yorkais. J’aimerais maintenant découvrir, en tant que femme, des photographes de rue féminines.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Marie Dumont :
C’était à Harlem. Je suis rentrée dans un resto pour recharger des batteries de mon boîtier. Je ne pensais pas rester une après-midi entière, mais ce fut le cas car j’ai discuté avec plusieurs personnes, dont cette femme. Elle m’a demandé d’où je venais, pourquoi je me retrouvais dans ce bar et cette partie du quartier. On a commencé à parler de nos vies, c’était le jour de la fête des pères et elle venait de laisser ses enfants à son ex-compagnon avec qui la relation était difficile. Elle a pleuré, je la trouvais magnifique dans ce qu’elle dégageait d’émotions. Je lui ai demandé si je pouvais la photographier. Elle m’a dit oui. J’ai perdu son contact que j’avais noté. Je n’ai jamais réussi à lui envoyer son portrait malgré mes tentatives auprès du restaurant après ça.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontée en pratiquant la photographie de rue ?
Marie Dumont :
Apprendre à me poser ! Sans renier mon côté impulsif, car il m’a offert de belles surprises, à encore plus observer, à pratiquer pour progresser tant dans ce que je capture que dans le rendu et affiner davantage mon regard. Oser aborder davantage les gens dans la rue, car j’ai cette tendance à me cacher sans être totalement invisible ou à prendre à la volée (mon côté impulsif).

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Marie Dumont :
Partir seule à New York, me retrouver dans un pays anglophone (avec un niveau d’anglais très moyen), arpenter les rues réelles d’une ville fantasmée, et devoir faire preuve de débrouillardise et d’audace tant en photo que dans mon contact avec les gens.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Marie Dumont :
Je photographie parce que quelque chose me plaît, attire mon regard : un regard, une situation, un élément. Le tri se fait après, sur mon ordi, à tête reposée, parfois très reposée ! Si ce que je sélectionne est, à mes yeux, partageable éthiquement et esthétiquement parlant, je le fais. Si je ne le sens pas, je ne publie pas. Je n’ai quasiment pas de photos d’enfants, par exemple, et celles qui le sont, c’est sur accord des parents. C’est une limite que je me mets à ce niveau. Et pour les photos de SDF, je veux montrer l’humanité qui est en eux et que l’on ne voit plus à force de fermer les yeux. Et là aussi, s’ils ou elles sont totalement reconnaissables, je ne publie pas. La seule fois où je l’ai fait, je l’ai montrée au monsieur, expliqué ce que je faisais, il m’a dit merci et ok. Je lui ai proposé un café, il a accepté en me disant qu’il aimait bien ma photo. Je me rends compte aussi qu’être une femme a ses avantages (on prête moins attention, les gens sont plus relax je trouve) et ses inconvénients (le comportement masculin plus agressif). J’ai aussi une tête de « gentille » souriante, ça m’a aidée souvent.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Marie Dumont :
Cela m’est arrivé une fois. Une fois, au Havre, alors que je prenais une photo d’une statue sur le port en contre-jour du coucher de soleil. Un homme est arrivé à ma hauteur avec un ton assez agressif, me disant que je n’avais pas le droit de le prendre en photo. Effectivement, il y avait son ombre sur la photo que je venais de prendre. Je lui ai dit que je n’avais pas prêté attention à sa présence, lui montrant que sur la photo, il n’était qu’une ombre. Face à son attitude agressive, je n’ai pas cherché à insister et j’ai effacé la photo. Ce qui m’a permis derrière de discuter avec un couple qui venait à ma rencontre juste après. Ils m’ont demandé de les prendre en photo en contre-jour. Nous avons bien ri. Je leur ai envoyé la photo.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Marie Dumont :
Bien que très sociable, je peux être aussi timide et il m’est arrivé d’utiliser mon téléphone parce que, par peur de demander, cela m’était plus facile. On est comme invisible tellement le téléphone fait partie intégrante du paysage urbain. Cela peut être une étape. Et avec le temps, faire ce que l’on m’a motivée à faire et que j’apprends à mettre en pratique : oser demander, faire de sa sociabilité, son sourire, des atouts, parce que ça aide dans le contact, les gens se détendent. Sinon, on apprend qui éviter pour ne pas perdre en énergie et en polémique.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Marie Dumont :
J’ai commencé à photographier ailleurs qu’autour de chez moi, je continue à le faire, mais avec le recul, je me suis rendue compte que même si cela me reste difficile, photographier dans la ville où je vis est un exercice apprenant car cela m’oblige à la regarder sous un autre angle. Discuter aussi avec d’autres photographes, en rencontrer. Voir ce qu’ils/elles font peut être une source d’inspiration. Être curieux ou curieuse aussi : aller voir des expositions, des rencontres de photographes, via des conférences, des livres, des sorties organisées là où l’on vit ou ailleurs quand on peut.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Marie Dumont :
En projet, j’ai envie de poursuivre ma série sur les personnes SDF, « Les oubliés, les invisibles ». J’ai aussi en tête deux projets personnels, dont un lié à mon héritage familial, l’autre à mon histoire personnelle. Des barrières sont à dépasser, j’y travaille, aidée par un crayon pour oser encore et toujours franchir le cap. En objectifs, continuer à progresser dans la construction de petites séries qui ne s’inscrivent pas dans le temps, comme celles des SDF, et qui soient constituées de photos avec un fil conducteur pour avoir de la cohérence. Et progresser pour définir encore plus ma patte, que les photos puissent parler à qui les regardera.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Marie Dumont :
Non, mais j’adorerais, pour avoir dans le passé participé à 3 expositions sur Roubaix via une amie photographe. Oser encore une fois !

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Marie Dumont :
Par l’intermédiaire d’un des membres du collectif, Julian Bernardi alias @Helloju.fr, venu en tant que photographe invité d’un photowalk du LeicaStore de Lille en novembre 2023.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Marie Dumont :
Je découvre le Discord et j’y lis du soutien, de l’encouragement, des échanges constructifs. Je n’ai pas encore fait ma galerie personnelle, mais pouvoir être mise en avant de cette façon est vraiment chouette, surtout quand on ne sait pas par quel bout commencer ni vers où se tourner, et qu’on ne veut pas se retrouver dans des arnaques ou avec des tarifs exorbitants. Le partage aussi sur Instagram, que ce soit par des likes, des échanges par messagerie, ou des reposts, comme je l’ai fait ou que l’on a fait de moi. L’ouverture d’esprit aussi : ma 1re participation au concours « Vos rues en noir et blanc », alors que je n’avais pas encore adhéré au collectif.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Marie Dumont :
J’arrive dans le collectif, mais par exemple, avec le temps et les contacts, rencontrer des membres sur Lille, la région, pourquoi pas faire des sorties aussi. Et pas que sur Lille, au gré de là où j’irai me balader. Après, les idées viendront peut-être avec des liens qui se créeront.

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