L’Œil de la Rue : Immortaliser l’Essence des Quartiers à travers l’Objectif de Kévin Guibert
Dans l’ombre des ruelles animées et des coins méconnus de nos villes, un observateur passionné traque les instantanés de la vie quotidienne. Kévin Guibert, plus connu sous le pseudonyme « L’Œil de la Rue », se distingue comme un maître de la photographie de rue et un membre actif de la communauté Street Photography France. Dans cette entrevue, plongeons dans l’univers fascinant de cet artiste de l’objectif, qui se consacre à capturer la poésie cachée de la vie urbaine. Au-delà des clichés et des cadres, Kévin nous guide à travers son épopée artistique, évoquant ses débuts, ses rencontres mémorables et les défis uniques auxquels les photographes de rue font face. Découvrons ensemble comment Kévin Guibert traduit les moments fugaces en histoires visuelles, tout en explorant les ruelles à la recherche de la beauté souvent négligée qui se cache dans les coins les plus surprenants de nos cités.
On pose les questions à Kévin…
Dans cette interview, Kévin Guibert partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Qu’est-ce qui vous a initialement attiré dans la photographie de rue et comment cette passion a-t-elle évolué au fil du temps ?
Kévin Guibert : Étant un enfant des quartiers, j’ai toujours aimé l’inspiration que la rue m’offrait et c’est ce qui m’a toujours inspiré, dans plusieurs styles d’art différents. Il était donc légitime pour moi de vouloir raconter ce que j’ai toujours vu de mon vécu, de raconter l’histoire des acteurs de la rue et/ou des quartiers et de les immortaliser.
SPF : En tant que photographe de rue, comment choisissez-vous les lieux et les moments où vous allez prendre des photos ? Qu’est-ce qui vous pousse à déclencher l’obturateur ?
Kévin Guibert : Je choisi principalement les lieux dans les grandes villes, plus il y a de monde et plus je peux raconter des histoires intéressantes. Je capture ce qui me parle, comme par exemple des humains ou des communautés souvent stigmatisées mais que personne ne regarde ou n’apprend à connaître réellement.
SPF : La photographie de rue peut être un domaine délicat, car elle implique de capturer des scènes spontanées avec des personnes inconnues. Comment parvenez-vous à créer un lien avec vos sujets ou à rester discret tout en capturant des moments intimes ?
Kévin Guibert : J’ai principalement deux façons de faire pour pouvoir prendre mes photos. La première est d’être le plus discret possible, pour ne pas importuner qui que ce soit et avoir la photo la plus naturelle possible. La seconde est de discuter, notamment avec les personnes sans domicile. Leur expliquer mon travail, pourquoi je veux les mettre en lumière et échanger avec eux sur leur vie, sans même prendre de clichés parfois. Ce sont eux qui ont la décision finale.
SPF : Pouvez-vous nous parler d’une de vos photographies de rue les plus mémorables ? Quel était le contexte de cette prise de vue et ce qui rend cette image si spéciale pour vous ?
Kévin Guibert : J’en ai plusieurs mais si je ne devais en choisir qu’une je dirais le portrait d’un sans domicile fixe…Je shootais et il m’a vu au loin. Il m’a interpellé en me disant qu’il ne voulait pas être pris en photo, je l’ai rassuré en lui disant qu’il n’avait pas à s’inquiéter et nous avons discuté de longues minutes de photographie. Il se questionnait sur mon but dans la photo, de ce que je cherchais à capturer. Quand j’ai dû partir il m’a demandé de lui même de lui tirer le portrait et cela m’a vraiment touché. C’est ma meilleure rencontre photographique à ce jour.
SPF : La composition joue souvent un rôle crucial dans la photographie de rue. Comment choisissez-vous vos angles et vos cadrages pour créer des images percutantes ?
Kévin Guibert : La composition est vraiment un plaisir de réflexion pour moi. Généralement mes cadrages sont faits et pensés pour se focaliser sur l’essentiel, pour que le message soit encore plus percutant que le sujet en lui-même, notamment avec les personnes que plus personne ne regardent et qui deviennent invisibles pour la plupart.
SPF : Certains photographes de rue préfèrent utiliser des appareils compacts ou des objectifs discrets pour passer inaperçus. Quel équipement préférez-vous utiliser pour vos prises de vue et pourquoi ?
Kévin Guibert : Pour ma part, j’utilise un Canon 1200D, qui est plutôt discret avec mon 50mm ou mon zoom Tamron. J’aime cet équipement qui est facile et plutôt léger pour le transport et pour la prise en main. Je peux donc shooter pendant des heures dans une ville ou un quartier sans que cela ne soit pesant et cela me permet d’être dans un entre-deux pour les gens, je ne suis pas trop visible avec mon appareil, mais je ne passe pas inaperçu non plus.
SPF : Street Photography France est une communauté reconnue dans le monde de la photographie de rue. En quoi votre participation à cette communauté a-t-elle influencé votre travail et votre approche de la photographie ?
Kévin Guibert : Cette communauté de Street Photography France fait du bien car elle permet de faire encore mieux connaître la photo de rue, qui est souvent mal jugée ou mal connue du plus grand nombre. Elle permet aussi de voir le travail d’autres talentueux photographes et de pouvoir encore plus travailler sa créativité.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en tant que photographe de rue et comment les surmontez-vous ?
Kévin Guibert : Le plus souvent c’est de justifier pourquoi nous prenons des photos. Beaucoup de gens ne comprennent pas toujours cette passion et ont tendance à confondre photographie et journalisme. Les gens associent souvent l’appareil à ces deux métiers ou tout simplement à du tourisme et ne comprennent pas certaines prises de photos. Sans parler des lois qui sont méconnues pour la photo de rue et qu’il faut que je réexplique souvent aux personnes un peu méfiantes ou agressives. Mais heureusement cela n’arrive qu’assez rarement tout de même, il suffit juste de discuter, être dans l’échange et respecter le souhait de chacun.
SPF : Vos photographies de rue semblent souvent capturer des moments de la vie quotidienne avec une touche narrative. Comment parvenez-vous à raconter des histoires à travers vos images ?
Kévin Guibert : C’est plutôt simple pour moi, Il y a énormément de situations et/ou de personnes qui m’inspirent pendant mes sessions. J’essaie d’être le plus honnête possible dans mes clichés et de donner une envie de réflexion à ceux qui les regardent, en capturant l’essentiel qui fera réfléchir le monde sur les injustices que nous regardons et acceptons au quotidien. Tout est dans le cadrage.
SPF : Enfin, quels conseils donneriez-vous aux jeunes photographes qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue et explorer ce genre artistique ?
Kévin Guibert : Mon conseil serait tout simplement de ne pas hésiter à pratiquer un maximum, le plus souvent possible. Déjà pour apprendre à se servir de son appareil et aussi pour stimuler sa créativité un maximum. Ne pas hésiter à aller communiquer avec les personnes, il ne faut pas juste être là pour prendre ses photos et repartir. Les gens nous font un cadeau immense en nous laissent le droit d’apparaître dans notre travail alors il faut qu’il y ait un échange logique, respectueux et équitable.
