L’Objectif Infaillible de Philippe Marsal dans les Rues de la Vie

 

Dans cette interview, nous avons le privilège de discuter avec Philippe Marsal, un photographe de rue chevronné et passionné. Philippe a commencé son voyage photographique dans les années 80 avec la photographie argentique en noir et blanc, capturant la vie quotidienne avec une authenticité captivante. Pour lui, la photographie de rue est avant tout une expression humaniste qui cherche à saisir l’instant décisif où la lumière, le décor et le sujet s’harmonisent. Au fil des années, il a développé une approche unique pour rendre captivantes même les scènes les plus ordinaires. Philippe Marsal partage ses réflexions sur l’éthique de la photographie de rue, la composition, la gestion des sujets et bien plus encore. Il nous offre un aperçu de son parcours artistique et de ses méthodes, tout en donnant des conseils précieux aux photographes en herbe qui aspirent à capturer la vie urbaine de manière saisissante.

 

 

On pose les questions à Philippe Marsal…

Dans cette interview, Philippe Marsal partage avec nous son parcours photographique.

 

SPF : Comment avez-vous commencé dans la photographie de rue et qu’est-ce qui vous attire dans ce genre de photographie en particulier ?

Philippe Marsal : J’ai commencé la photo de rue au début des années 80, en argentique donc, uniquement en noir et blanc et en développant et tirant moi-même. Résidant alors à Paris, la photo de rue s’est imposée à moi comme une évidence : garder une trace de la vie quotidienne d’une époque, avec son authenticité, ses anecdotes et ses surprises. Je préfère parler de photographie « humaniste » plutôt que de photographie « de rue » dont les approches diffèrent selon les pays (cf France, USA, Japon…). Je m’efforce de rendre intéressant ce qui est banal, avec empathie et un peu d’impertinence. Je tente également de proposer une petite énigme visuelle. Maintenant, j’habite près de la mer. Alors, je fais de la photo …de plage !

SPF : Quels sont les sujets ou les moments qui vous poussent à déclencher l’obturateur ? Y a-t-il des éléments spécifiques que vous recherchez dans votre quête de la photo parfaite ?

Philippe Marsal : Bien que la formule soit l’objet d’un débat sans fin, je suis un adepte de « l’instant décisif ». Pour moi, il s’agit ici des moments éphémères et fugitifs qui ne se reproduiront jamais et où s’alignent harmonieusement la lumière, le décor et le sujet. Il y a beaucoup de déchets, mais c’est excitant. Actuellement, je travaille sur la prise de vue en marchant, à la volée, en hyperfocale et à vitesse rapide.

SPF : Quel est votre équipement photographique préféré pour la photographie de rue, et pourquoi préférez-vous utiliser ces outils spécifiques ?

Philippe Marsal : J’ai besoin d’aimer mon matériel pour qu’il soit le meilleur partenaire de mon expression artistique. Je préfère les boitiers compacts, légers, sans (trop) d’automatismes inutiles. J’utilise principalement les focales 28mm et 35mm (équivalent plein format) et très peu de zoom, afin de me forcer à être le plus proche possible du sujet. La grande résolution des récents capteurs permet d’éventuels recadrages.

SPF : La photographie de rue peut être considérée comme intrusive ou dérangeante parfois. Comment abordez-vous cette question de l’éthique lors de vos séances de prise de vue ?

Philippe Marsal : C’est un sujet délicat. Tous les photographes « de rue » sont confrontés au même dilemme. Tout est une question de dosage. J’évite les situations délicates, dégradantes ou violentes. D’abord, j’essaye de bien connaître mes droits et mes devoirs. Dans le domaine public, en France, le droit à l’expression artistique prime sur le droit à l’image (code pénal §431-1). Et les contraintes concernent essentiellement la diffusion et non la simple prise de vue. Ensuite, j’apprends à gérer les éventuels accros, à assumer mes droits et à les faire valoir diplomatiquement : montrer les photos, proposer l’envoi par mail, supprimer la/les photo(s), pour faire plaisir uniquement et non par obligation légale.

SPF : Pouvez-vous partager avec nous une expérience mémorable que vous avez vécue en prenant une photo de rue ? Qu’est-ce qui rend cette expérience si spéciale pour vous ?

Philippe Marsal : Plusieurs fois, j’ai été interpelé par des personnes prises en photo à la volée dans l’espace public. C’est très désagréable. J’ai craint le pire mais, finalement, la gestion des incidents a été plutôt enrichissante.

SPF : La composition joue souvent un rôle crucial dans la photographie de rue. Comment choisissez-vous vos angles et vos cadrages pour raconter des histoires à travers vos images ?

Philippe Marsal: L’important pour moi est d’être proche du sujet et de remplir le cadre. Cadrer, c’est choisir un morceau de la réalité, et pas un autre. Je cherche des scènes se déroulant sur plusieurs plans, en me concentrant sur les interactions entre les personnes et leur environnement. Je surveille aussi l’arrière-plan pour éviter le syndrome de « l’arbre qui sort de la tête ». Le but est de combiner l’esthétique visuelle et l’impact émotionnel. Sacré challenge !

SPF : Certaines de vos photographies capturent des moments intimes et émotionnels de personnes dans des environnements publics. Comment gérez-vous la relation avec vos sujets potentiels et quelles sont vos approches pour obtenir des photos authentiques ?

Philippe Marsal: J’essaye d’être le plus discret possible, en évitant le « eye contact » afin de préserver l’authenticité de l’instant que j’ai choisi de fixer. Pour moi, les photos posées sont davantage du portrait que de la photo de rue. Je suis plutôt chasseur que pêcheur.

SPF : Y a-t-il des défis spécifiques que vous rencontrez en tant que photographe de rue, et comment les surmontez-vous ?

Philippe Marsal : Défis : Faire des photos parfaites. Comment ? : en faisant des photos, encore et encore.

SPF : Street Photography France est une communauté renommée. Comment l’appartenance à une telle communauté a-t-elle influencé votre travail en tant que photographe ?

Philippe Marsal : L’ambition de SPF répond au besoin de nombreux photographes : partager ses travaux et progresser. La photo est une pratique individuelle et elle ne prend tout son sens que si les clichés sont confrontés à un public. Instagram répond partiellement à ce besoin et il sert un peu de laboratoire. Mais le nombre de « likes » n’est pas un critère universel de qualité photographique (cf avalanches de chatons et de couchers de soleil). Je souhaite que cette nouvelle communauté (française) permette des échanges enrichissants entre passionnés, afin qu’ils progressent et qu’ils trouvent de nouvelles sources d’inspiration.

SPF : Enfin, quel conseil donneriez-vous aux photographes en herbe qui s’intéressent à la photographie de rue et qui souhaitent capturer des images saisissantes comme les vôtres ?

Philippe Marsal : Voici les principaux conseils que j’ai souvent reçus et que j’essaye d’appliquer :

– Développer sa culture photo : livres, expos, stages…
– Photographier sans cesse, en s’attardant plutôt sur une même scène qu’en pratiquant le « spray and pray ».
– Laisser reposer ses photos plusieurs jours après la prise de vue (comme au temps des pellicules de diapos…)
– Être exigeant dans sa sélection (Editing) : c’est un mal nécessaire. « La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer » Saint-Exupéry.

En savoir plus sur Street Photography France

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture