La photographie de rue un art de la lumière, du temps et de la vie. Julian Bernardi


Depuis mes 5 ans, la photographie fait partie de ma vie. J’ai aujourd’hui 35 ans, et cette passion qui a commencé comme un simple jeu est devenue bien plus qu’un loisir : elle est une vocation, un moyen de comprendre et de célébrer le monde. Parmi les nombreuses disciplines photographiques que j’ai explorées, la photographie de rue occupe une place centrale. Elle me fait vibrer, m’émerveille, et me connecte profondément à l’humanité. La lumière, qui guide mes clichés depuis toujours, m’a aussi appris que le temps est insaisissable. Chaque photographie devient un dialogue silencieux entre le fugitif et l’éternel.


UNE PASSION NEE DANS L’ENFANCE


Mon premier appareil photo, je l’ai tenu entre mes mains à 5 ans. À l’époque, je ne comprenais pas encore l’étendue des possibilités qu’offrait la photographie. C’était pour moi une sorte de magie : appuyer sur un bouton et capturer un instant pour toujours. En grandissant, cette magie s’est transformée en une véritable quête artistique et personnelle. Aujourd’hui, après 30 ans à explorer cet art, mon appareil photo est devenu une extension de moi-même, un compagnon de route qui m’accompagne dans mes découvertes du quotidien. C’est au cœur de la rue, avec mon Leica à la main, que je trouve ma véritable expression. Le noir et blanc me rappelle que, tout comme la lumière et l’ombre coexistent, le temps est un mélange d’instants fugaces et de souvenirs durables. Cette dualité est au cœur de mon art, reliant l’immédiateté d’une prise à sa résonance intemporelle.

LE CHOIX DU NOIR ET BLANC : L’ESSENCE DE L’EMOTION

Dans ma pratique, j’ai fait un choix artistique fort : travailler exclusivement en noir et blanc. Ce choix n’est pas anodin ; il reflète une vision profondément personnelle de la photographie. En éliminant la couleur, je me concentre sur l’essentiel : la lumière, les ombres, les textures, et les émotions. Le noir et blanc a cette capacité unique de transcender le réel, de le simplifier tout en en révélant l’intensité. Chaque image devient une composition pure, presque intemporelle. C’est une forme d’abstraction qui me permet de me connecter davantage à l’émotion brute d’une scène. Travailler en noir et blanc, c’est aussi une manière d’être plus sensible, plus fébrile dans mon approche. Sans la distraction des couleurs, mon regard est entièrement focalisé sur la lumière et la manière dont elle sculpte les formes. Ce dépouillement renforce ma capacité à capturer des instants chargés d’émotion et de poésie. La rue, avec ses lumières changeantes et son mouvement perpétuel, est l’incarnation parfaite du temps en marche. Chaque ombre portée ou éclat lumineux est une empreinte fugace, une marque du présent qui glisse vers le passé.

LA RUE : THEATRE VIVANT DE LA LUMIERE ET DU TEMPS

La photographie de rue a ceci de particulier qu’elle joue sur deux dimensions inséparables : la lumière et le temps. Chaque cliché est une rencontre entre ces deux forces insaisissables. La lumière, changeante et imprévisible, sculpte les formes et donne vie aux ombres. Le temps, quant à lui, est un courant continu que seul l’acte de photographier peut interrompre.
Capturer une scène de rue, c’est figer dans le temps quelque chose qui ne se reproduira jamais de la même façon. Un rayon de soleil qui éclaire brièvement un visage, un passant qui traverse une rue, une expression furtive : toutes ces choses sont uniques et éphémères. Sans la photographie, elles disparaîtraient à jamais. Ce pouvoir de préserver l’irréversible me fascine et me motive à sortir chaque jour, à l’affût de ces instants fragiles.
En noir et blanc, cette relation entre lumière et temps prend une dimension encore plus forte. Les contrastes deviennent des acteurs principaux de la scène, et les nuances de gris offrent une richesse infinie pour raconter une histoire. Chaque cliché devient une œuvre où la lumière dialogue directement avec le sujet.


Pour cette quête, mon appareil photo Leica est un allié précieux. Depuis que je l’utilise, je ressens une connexion encore plus forte avec mon art. Maniable, discret, et incroyablement précis, il me permet de travailler avec une fluidité et une spontanéité qui sont essentielles en photographie de rue. Leica, c’est bien plus qu’un outil : c’est une vision. La pureté de ses objectifs restitue la lumière dans toute sa richesse, capturant des détails et des nuances qui échappent souvent à l’œil nu. Cette fidélité au réel donne à mes photos une authenticité que je chéris. Avec mon Leica, je peux non seulement arrêter le temps, mais aussi le sublimer, révéler sa beauté fugace à travers des images qui vibrent de vie. La photographie m’a permis de mieux me comprendre en me confrontant au monde. En observant les autres, je m’observe moi-même : mes propres émotions, mes attentes, et ma manière unique de percevoir la vie autour de moi. La lumière sculpte les instants, mais c’est le passage du temps qui leur donne leur force émotionnelle. Chaque image devient une méditation sur la beauté éphémère de la vie, un rappel que tout est connecté : le moment, le regard, et l’éclat qui les illumine.


UNE PRATIQUE INTROSPECTIVE


La photographie m’a aussi appris la patience. Attendre, observer, laisser le monde dérouler son propre rythme : chaque clic devient une méditation, un dialogue silencieux avec le moment présent. Depuis mes débuts, j’ai appris que la photographie de rue n’est pas seulement un exercice technique. C’est aussi un art introspectif, une manière d’explorer ma propre sensibilité. Lorsque je me promène dans les rues, appareil en main, je suis à la recherche de quelque chose de plus profond qu’une belle image. Je cherche des histoires, des émotions, des fragments d’humanité. Chaque photo que je prends est une réflexion sur le temps qui passe, sur les petits moments qui composent nos vies. En les immortalisant, j’ai l’impression de leur donner une seconde existence, une chance de rester gravés dans la mémoire collective. La photographie de rue m’apprend à ralentir, à observer, à écouter les murmures de la vie quotidienne.

TRANSMETTRE ET PARTAGER : L’IMPORTANCE DES RENCONTRES

Au fil des années, cette passion pour la photographie de rue m’a également donné une envie irrésistible : celle de transmettre. Transmettre ce regard, cette sensibilité à la lumière et au temps, et partager avec d’autres passionnés – ou futurs passionnés – l’émotion unique de capturer la vie dans toute sa spontanéité. C’est pour cela que j’organise régulièrement des photowalks, ces balades photographiques où amateurs et curieux peuvent se retrouver pour explorer ensemble, échanger des conseils, des idées, et des perspectives. Ces moments de partage sont pour moi essentiels : ils permettent non seulement de faire découvrir l’art de la photographie de rue, mais aussi de créer des liens et de nourrir une communauté vivante et passionnée. J’aime l’idée que, grâce à ces rencontres, d’autres personnes puissent trouver en la photographie une nouvelle manière de voir et de ressentir le monde. Transmettre cette passion, c’est prolonger sa vie, la voir grandir et se transformer dans les regards des autres. Cette passion, toujours vive, me pousse à explorer de nouveaux horizons. J’envisage d’étendre ma pratique à d’autres contextes urbains à travers le monde, pour capter des récits universels dans des environnements diversifiés.


UNE PASSION ETERNELLE

En regardant vers l’avenir, je rêve de continuer à transmettre cette passion à travers des ateliers et expositions, pour que d’autres puissent, à leur tour, immortaliser des instants qui vibrent de vie.Pratiquer la photographie de rue, c’est pour moi bien plus qu’un simple passe-temps. C’est une manière de vivre, de célébrer la lumière et le temps, de rendre hommage à l’humanité dans toute sa diversité. C’est un art qui me relie au monde, mais aussi à moi-même. À 35 ans, après 30 années passées à photographier, je ressens toujours la même excitation lorsque je pars à la découverte de nouvelles scènes. Avec mon Leica et mon choix du noir et blanc, je me sens armé pour continuer cette quête infinie : capturer la lumière, figer le temps, et partager la vie. Et aujourd’hui, plus que jamais, je veux transmettre cette passion, inspirer d’autres regards, et continuer à rencontrer des âmes aussi vibrantes que les rues elles-mêmes. La connexion universelle qu’offre la photographie de rue n’est pas qu’une transmission visuelle ; c’est une résonance émotionnelle. Elle montre que, malgré nos différences culturelles ou personnelles, nous partageons des moments similaires de vulnérabilité, de joie ou de réflexion. En figeant ces instants, je ressens que la photographie devient un pont entre des vies qui ne se croiseraient jamais autrement.

UNE CONNEXION UNIVERSELLE A L’HUMANITE

La photographie de rue est bien plus qu’un art visuel : c’est un langage universel. Chaque image raconte une histoire qui transcende les mots et les frontières culturelles. En capturant un sourire, un regard perdu ou une silhouette dans la lumière, je me rends compte que ces instants parlent à chacun, peu importe d’où il vient. Ils rappellent que la vie quotidienne, dans sa simplicité, est un terrain d’émotions partagées. À travers mes clichés, je cherche à tisser ce lien universel. La photographie me permet de dialoguer avec le monde, de poser un regard curieux et bienveillant sur l’inconnu, de montrer que même dans l’ordinaire, réside l’extraordinaire. À travers chaque image, je capture des fragments d’une humanité qui transcendent les frontières et les mots, révélant une vérité universelle. Ces fragments incarnent la richesse des émotions partagées et la beauté de la vie ordinaire. En tant que photographe, j’endosse aussi le rôle de narrateur : je m’efforce de raconter des histoires en une seule image. Une scène peut évoquer une multitude de récits différents selon l’interprétation du spectateur, et c’est cette diversité d’émotions et de significations qui me fascine. Chaque rencontre lors d’un photowalk enrichit ma vision du monde. J’apprends autant des novices émerveillés que des experts expérimentés. Les échanges créent une alchimie unique où chacun repart avec une perspective renouvelée.

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