Jean-Luc Rollier : Le Théâtre du Quotidien en Un Clic
Il y a ceux qui regardent la rue, et ceux qui l’observent. Ceux qui passent, et ceux qui capturent. Jean-Luc Rollier fait partie de ces chasseurs discrets, toujours en quête d’un regard furtif, d’un geste suspendu, d’un éclat de vie qui ne demande qu’à être immortalisé.
Depuis plus de vingt ans, il arpente le bitume, fidèle à son Nikon, explorant les méandres de la photographie de rue avec un œil affûté et une discrétion presque instinctive. Un photographe sans mise en scène, sans préméditation, qui traque l’instant avec la précision d’un équilibriste.
Qu’est-ce qui fait une bonne photo de rue ? Où commence et où s’arrête la spontanéité ? À travers cet entretien, Jean-Luc Rollier nous livre ses réflexions sur l’art d’immortaliser l’inattendu, entre passion, éthique et anecdotes capturées sur le vif.
Plongeons dans l’univers d’un photographe qui préfère observer plutôt que poser des questions.
On pose les questions à Jean-Luc…
Dans cette interview, Jean-Luc Rollier partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Jean-Luc Rollier : J’ai vraiment aimé pratiquer la photo de rue avec l’arrivée du numérique au début des années 2000. J’habitais à Paris, qui est un magnifique terrain de jeu pour cette activité. L’argentique limitait les prises de vues à cause des coûts, le numérique m’a libéré et Internet, avec la mondialisation des sites, m’a permis de partager mes photos.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Jean-Luc Rollier : Une bonne vingtaine d’années, mais je fais aussi des photos de paysages, d’architectures et un peu de vidéo.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ? Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Jean-Luc Rollier : Je suis complètement autodidacte, mais j’ai commencé à pratiquer la photo dans les années 70 avec un Nikkormat comme premier boîtier, donc j’ai pu un peu m’entraîner depuis cette époque…
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Jean-Luc Rollier : J’utilise un Nikon D850 avec un zoom Nikkor 28/300. Je suis resté fidèle à la marque. Je suis un voleur d’instants et je shoote la plupart du temps au 28mm, quitte à recadrer les personnages ou actions qui me plaisent. Je préfère cette façon de faire, qui permet d’obtenir la spontanéité de la rue. Je demande rarement l’autorisation, ce qui fait aussi que je prends souvent des photos de dos ou avec l’appareil à bout de bras en croisant les gens. Je fais peu de portraits. Par contre, le zoom me permet aussi de saisir une scène éloignée ou de l’autre côté de la rue sans problème.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Jean-Luc Rollier : Je ne sais pas si je peux parler de style, mais je suis plutôt un pirate du macadam. Je ne me sens pas à l’aise avec le contact et je n’aime pas les photos posées. Je me rapprocherais un peu des paparazzi.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Jean-Luc Rollier : Robert Frank, Elliott Erwitt (bien que ses photos ne soient pas toujours spontanées), Ernst Haas, Guy Le Querrec et bien sûr Vivian Maier.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Jean-Luc Rollier : J’aime beaucoup cette photo prise à Washington Square Park, à New York, qui est pour moi un hommage à Elliott Erwitt. C’est une photo « volée », prise au 300mm – d’où l’avantage du zoom –, au moment où ces deux amoureux avec leur chien sur les genoux vont se donner un baiser.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Jean-Luc Rollier : Les principaux défis sont les réglages qui permettent d’obtenir des images nettes et bien éclairées. Mais maintenant, avec un bon logiciel de post-production, on arrive à améliorer ses erreurs.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Jean-Luc Rollier : En me baladant dans les rues de Paris, j’ai pu croiser par hasard des personnes célèbres qui sortaient d’une boutique ou d’un taxi (Bruce Willis, Laetitia Casta et Stefano Accorsi – son mari de l’époque –, Dustin Hoffman, Marie Drucker…).
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Jean-Luc Rollier : Comme je l’ai déjà précisé, je me confronte très rarement à ce problème pour garder la spontanéité des scènes de ce théâtre qu’est la rue. Je vole sans vergogne des moments de vie, en recherchant des instantanés qui racontent une histoire ou qui font sourire.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Jean-Luc Rollier : Cela m’est arrivé une fois, à tort. Un papa croyait que je photographiais ses enfants qui jouaient, alors que je prenais au 300mm une scène qui se déroulait bien plus loin dans la même direction.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Jean-Luc Rollier : Je ne me sens pas vraiment autorisé à donner des conseils, sinon qu’il faut faire ses gammes régulièrement, être curieux, savoir regarder et surtout voir.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Jean-Luc Rollier : Essayer de raconter des histoires en un cadrage, savoir se déplacer pour trouver le meilleur angle et avoir un peu d’humour.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Jean-Luc Rollier : Non, rien de précis.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Jean-Luc Rollier : J’ai une expo sur les rues de New York qui est prévue pour le mois de mai 2025 avec trois autres artistes dans une galerie de Brest.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Jean-Luc Rollier : J’ai répondu à une invitation suite à une image que j’ai proposée pour un concours.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Jean-Luc Rollier : Il est toujours intéressant de se confronter aux différentes façons d’appréhender la photographie en général et la photo de rue en particulier.

