Gilbert Scotti : L’Œil Humaniste de la Rue
On pose les questions à Gilbert…
Dans cette interview, Gilbert Scotti partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Gilbert : Dans des revues, des livres de différents photographes.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Gilbert : J’ai toujours observé les gens dans la rue, dans le flux urbain. En 2003, j’ai souhaité rencontrer et photographier les sans-abris. Dans la rue, l’humain est plutôt dans sa verticalité, et j’avais toujours du mal à envisager l’humain dans une position horizontale. J’ai commencé à rencontrer et photographier des sans-abris, et j’ai continué ensuite à photographier les scènes de rue les plus diverses : dans la rue, le métro…
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Gilbert : Je suis autodidacte. J’ai eu mon premier appareil à l’âge de 14 ans, j’ai appris dans la littérature spécialisée et en pratiquant. J’ai fait un seul workshop, à Arles en 2011, avec le portraitiste Pierre Gonnord, un stage plus basé sur la philosophie du portrait que sur la technique. C’est cette année-là que j’ai débuté ma démarche de rencontrer et réaliser des portraits de compagnons d’Emmaüs, démarche que je poursuis toujours.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Gilbert : Depuis des années, je photographie avec les Fuji X100, au 35mm et 27mm. J’ai en ce moment le X100VI. Quand j’ai basculé en numérique en 2003, j’ai débuté avec un Nikon Coolpix 3 mégapixels, puis un bridge Sony, ensuite Nikon D300 et 35mm 1.8, D700 avec 35mm 1.8 et 50mm 1.4, et j’ai ensuite adopté Fuji. Actuellement, pour d’autres travaux, j’ai également un Fuji XT4 et un X-H2S.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Gilbert : Le Fuji X100VI avec le 35 et le 27mm, pour sa discrétion, son faible encombrement et l’accès rapide aux réglages grâce à ses molettes.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Gilbert : C’est une question difficile. C’est sûrement vague, mais je dirais photographe social, humaniste.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Gilbert : Je ne vais pas être original : Brassaï, Cartier-Bresson, Doisneau, Willy Ronis, Viviane Maier…
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Gilbert : J’en aime beaucoup d’autres, mais j’ai un faible pour celle-ci. Cette photo, je l’ai faite à Montmartre en 2005. Je déambulais à l’affût d’une scène intéressante et j’ai remarqué un écolier qui, je pense, était avec son institutrice et des camarades pour une visite commentée du lieu. Le garçon se retournait souvent pour m’observer. Quand j’ai compris, je me suis préparé et attendu le bon moment pour faire la photo, avec un Nikon Coolpix 3 mégapixels.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Gilbert : Pour moi, le défi c’est d’être le plus discret possible pour saisir une scène dans son jus, sans la casser. Je photographie également beaucoup dans le métro, je suis très proche de mon sujet, de la scène, à fleur de regard. J’aime beaucoup ça.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Gilbert : Mémorable en situation, aucune ne me vient à l’esprit. Peut-être une découverte lors du post-traitement d’une photo d’une femme désespérée dans le métro de Lisbonne où la poignée de maintien ressemblait au nœud coulant d’une corde de pendu.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Gilbert : Je crois que c’est un photographe français qui a dit : « J’oppose mon droit de regard au droit à l’image ! » Je m’interroge toujours avant d’exposer ou de poster une photo, mais je suis malgré tout conscient que certaines de mes images prises dans un lieu public pourraient peut-être gêner la personne photographiée.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Gilbert : Une fois, en photographiant un sans-abri devant une vitrine de magasin à Paris vers 22h, j’ai été interpellé par une dame qui estimait que c’était une honte. J’étais avec ma fille, qui a expliqué à cette dame que je faisais un travail photographique chez Emmaüs, ce qui était parfaitement vrai et que je continue toujours aujourd’hui. La dame a été rassurée et nous avons parlé de ma démarche.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Gilbert : Surmonter son appréhension, commencer peut-être par des scènes pas très rapprochées, connaître son boîtier pour s’adapter à la scène, et persévérer encore et encore.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Gilbert : Réfléchir à ce que l’on veut dire, montrer, témoigner.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Gilbert : Pour l’instant, non.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Gilbert : Pas de nouvelles expositions prochainement. Je suis membre de AAA, Avignon Ateliers d’Artiste, et j’ouvre tous les ans mon studio dans lequel j’ai accroché en permanence une centaine de photos, essentiellement de la rue et du portrait. J’espère pouvoir trouver le financement pour éditer un livre sur mes images de rue.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Gilbert : À la suite d’une publication sur Instagram.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Gilbert : Je suis membre depuis le 5/11/2024, donc pour l’instant, je n’ai pas de recul. Je n’ai jamais fait partie d’un collectif, club ou autres. Je privilégie depuis toujours une démarche solitaire, mais j’ai été séduit par le « À propos de Street Photography France ».
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Gilbert : Je me laisse encore un peu de temps avant de m’exprimer à ce sujet.

