Entre Ombres et Silhouettes : Le Monde de Blandine Antonietti, Photographe de Rue

Nous avons eu l’opportunité de nous entretenir avec Blandine Antonietti, une photographe de rue passionnée et membre de Street Photography France. Son travail se démarque par son utilisation distinctive du noir et blanc, ainsi que par sa capacité à saisir des moments fugaces au cœur de l’agitation urbaine. Au cours de cette entrevue, Blandine partage sa vision artistique, ses défis éthiques et ses conseils pour les aspirants photographes qui souhaitent explorer le jeu des ombres et des silhouettes. Plongeons dans l’univers de cette photographe talentueuse pour découvrir comment elle parvient à créer des images intemporelles et captivantes.

On pose les questions à blandine…

Dans cette interview, Blandine Antonietti partage avec nous son parcours photographique.

 

SPF : Le choix du noir et blanc est une caractéristique distincte de votre travail. Comment ce choix influence-t-il la façon dont vous percevez et capturez les scènes urbaines ? Quel rôle le contraste joue-t-il dans la création de votre esthétique ?

Blandine : Le noir et blanc est effectivement une caractéristique essentielle dans ma façon de concevoir la photographie. Je crois que je n’ai jamais envisagé la photo de rue autrement qu’en noir et blanc. Je suis à peu près certaine que mon admiration pour le travail de photographes comme Sabine Weiss ou l’inimitable Robert Doisneau, ont quelque peu formaté ma façon de créer. Mais en bien. J’aime chercher et capturer des moments hors du temps, et je pense que le noir et blanc m’aide à préserver les scènes photographiées et les sortir de leur cadre temporel.

SPF : Les ombres et les silhouettes semblent être des éléments clés dans vos photographies. Comment identifiez-vous les moments propices pour capturer ces éléments et comment cela ajoute-t-il une dimension supplémentaire à vos images ?

Blandine : Je vais mélanger deux éléments de réponse ici car dans mes photos les silhouettes et les ombres sont indissociables du contraste. Je travaille énormément avec le contraste. J’aime les formes, les silhouettes et le contraste m’aide à les faire ressortir comme je le souhaite. Le contraste permet de se concentrer sur les lignes du modèle et sur ses mouvements et non pas sur ses caractéristiques physiques, vestimentaires ou autre. Avant même de sortir mon appareil je vois les gens qui m’entourent comme des formes contrastant avec le décor qui les entoure. Les éléments extérieurs qui fournissent le cadre sont également important. Par exemple, un pêcheur sur un bateau, je vais chercher à mettre en avant l’embarcation autant que le sujet, qu’ils ne fassent qu’un grâce au contraste je trouve cela génial.

SPF : La photographie de rue peut souvent être perçue comme un moyen d’explorer la condition humaine dans un environnement urbain. Comment choisissez-vous vos sujets et vos compositions pour raconter des histoires uniques à travers vos photographies ?

Blandine : Sans grande originalité je crois, mais ce que j’aime dans la photo urbaine c’est faire d’un moment banal en somme un moment unique. Unique non pas par sa nature mais par le fait qu’il soit capturé. Toutes ces scènes de vie dans des lieux communs, une femme qui attend le métro à New York, un bouquiniste à Paris, un pêcheur à Djiffer, un brocanteur à Noirmoutier, autant d’activités qui sont répétées tous les jours. En prenant le temps de les capturer, d’en faire ressortir la beauté et l’esthétisme, ces actions deviennent des vrais moments à part entière. Ce sont des histoires communes qui deviennent uniques parce qu’elles existeront toujours à travers la photographie.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience où la spontanéité de la photographie de rue a joué un rôle majeur dans la création d’une image mémorable ? Comment avez-vous saisi cet instant précis ?

Blandine : C’est une très bonne question. J’ai plusieurs exemples mais je vais en choisir un. J’ai vécu pendant 1 an au Québec, où durant l’hiver que l’on sait rugueux, la photographie de rue devient vite un véritable défi. Mais qu’il fasse -40 ou pas, les rues continuent toujours de vivre. Pendant une grosse tempête de neige, j’étais bien au chaud chez moi lorsque j’ai vu passer un couple de personnes âgées s’agrippant fermement le bras et affrontant le vent glacial et la neige. Ni une, ni deux, j’ai mis mes bottes, pris mon appareil et suis sortie les prendre en photo. J’adore ce cliché parce qu’il y a un vrai côté apocalyptique et en même temps extrêmement doux. Un peu comme le choc de passer de mon salon douillet à l’hostile extérieur.

SPF : Votre travail semble capturer des moments intimes au milieu de l’effervescence urbaine. Comment établissez-vous une connexion avec vos sujets tout en préservant leur anonymat et leur intimité ?

Blandine : Ah ça……quelle question. Conjuguer l’intimité et l’anonymat des sujets et la spontanéité que je veux pour mes clichés semble relever de l’impossible. Après avoir demandé de nombreux conseils à des photographes sur, comment approcher les gens dans la rue, comment leur demander leur autorisation, comment ne pas les brusquer, j’ai réalisé qu’une fois que le sujet savait qu’il était pris en photo, qu’il le fasse volontairement ou non, l’atmosphère de l’image changeait. Ce n’est pas ce que je souhaitais. J’ai donc pris le parti de prendre en photo les gens soit de loin, soit de dos. Je riais au départ de cette flopée de dos dans mes galeries mais je crois que ça fait désormais partie intégrante de mon univers. Autrement, je capture l’instant et si je sens que la personne photographiée est mal à l’aise je vais discuter et lui expliquer mon travail. Je pense aussi, que le fait de photographier avec un appareil photo et non pas un téléphone donne, en quelque sorte un certain crédit qui rassure les sujets.

SPF : La composition joue un rôle crucial dans la photographie de rue. Pouvez-vous nous parler de vos règles de composition préférées et de la manière dont elles guident vos décisions artistiques sur le terrain ?

Blandine : Pointilleux comme question. Je suis assez mathématique dans mes cadrages, j’aime que le sujet soit central. J’essaye de limiter les informations superflues ou futiles pour ne pas que l’œil se perde. Mais je pense que le milieu dans lequel se déroule la scène est essentiel pour la comprendre je laisse donc le reste de la photographie au décor. L’arrière-plan est essentiel. Ce serait donc : un sujet central en action et un arrière-plan sobre et dégagé.

SPF : Le noir et blanc peut évoquer une atmosphère nostalgique ou intemporelle. Comment utilisez-vous cette palette pour communiquer des émotions et des messages spécifiques dans vos images ?

Blandine : Nostalgique et intemporel. Ce sont exactement les deux adjectifs que je garde en tête pour toutes mes photos. C’est ce que je veux faire passer comme sentiment. C’est ce que mes photographes préférés me font ressentir. Je ne veux pas savoir dater précisément quand elles ont été prises, mais je veux qu’elle me donne la sensation que le moment capturé a été doux et unique. Et que son souvenir le sera tout autant. C’est ce que j’essaye de reproduire avec mes photos. La photographie c’est capturer des souvenirs.

SPF : La photographie de rue peut parfois être confrontée à des défis éthiques, notamment en ce qui concerne la vie privée des sujets. Comment abordez-vous ces questions tout en créant des images authentiques et captivantes ?

Blandine : Un peu comme pour la question 5, j’essaye au maximum de protéger leur identité et tout en préservant l’essence de la photo, notamment en privilégiant des photos de dos ou lointaines. Ce qui, je crois, rend les photos authentiques, ou en tout cas les miennes, c’est parce que le sujet ignore qu’il est sujet.

SPF : Pour les aspirants photographes de rue qui souhaitent explorer le jeu des ombres et des silhouettes, quelles astuces ou approches pratiques pourriez-vous recommander pour obtenir des résultats convaincants ?

Blandine : Je leur répéterai ce qu’une amie photographe m’a dit lorsque j’ai commencé la photo et qui reste pour moi le meilleur conseil pour un aspirant : n’essaye pas de reproduire une photo déjà existante. Créé ton univers, aiguise ton œil et les silhouettes qui rempliront ton univers apparaîtrons d’elle-même. Je leur dirais également qu’aucune photo n’est traitée exactement de la même façon, il ne faut pas toujours vouloir poser le même calque sur une image. Surtout concernant les ombres et les contrastes, il faut adapter en fonction du rendu souhaité, de la lumière, du fond. Et une autre petite astuce que j’aurais aimé entendre avant étant donné que Instagram est mon canal principal : on s’en fout du feed ! On s’en fout si certaines de tes photos l’une à côté de l’autre ne vont pas ensemble ! Elles sont uniques. Uniformiser son feed ou sa galerie, c’est tuer sa créativité.

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