Elle allait prendre un taxi… et a capturé une scène impossible à rater
Dans le travail de Léa Haro, rien ne cherche à s’imposer, tout semble plutôt surgir. Une silhouette aperçue au dernier moment, une lumière qui accroche un visage, un fragment de quotidien qui bascule soudain dans l’image. Son approche repose moins sur la maîtrise que sur la disponibilité — être là, prête, attentive à ce qui advient sans prévenir.
Membre de SPF, elle construit une photographie faite de micro-événements : gestes discrets, détails presque invisibles, dialogues entre ancien et contemporain. Entre argentique et numérique, elle explore une écriture visuelle où la couleur devient matière et où l’humain reste toujours au centre, sans jamais être forcé.
Ce qui traverse ses images, c’est une forme de tension douce entre distance et proximité — capter sans envahir, observer sans interrompre. Dans une époque marquée par la méfiance, son regard cherche encore la possibilité d’un accord silencieux entre le photographe et le monde.
On pose les questions à Léa…
Dans cette interview, Léa Haro partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Léa Haro : Quand j’étais à la fac, j’ai eu à faire une dissertation en histoire de l’art. Je suis tombée par hasard sur le travail de Saul Leiter. Sans surprise je suis devenue complètement fan de son travail. Saul Leiter m’a énormement inspirée !
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Léa Haro : Ça fait 4 ans maintenant que je pratique la street photography. J’ai commencé avec un petit argentique compact sans réglage, puis je suis passée à l’argentique manuel avec mon Minolta et depuis je vacille entre analogique et numérique.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Léa Haro : Non, aucune formation, je suis complètement autodidacte. Je m’inspire des livres photos des plus grands comme des photographes moins connus, du cinéma et surtout je flâne dans la rue, le plus possible. J’observe ce qui m’entoure…
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Léa Haro : Alors en analogique j’utilise un Minolta x300S avec un objectif 35/70mm et en numérique je shoot avec un Fujifilm xT2 en 35mm ou 18/55mm.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Léa Haro : Oui, j’aime bien shooter avec des zooms, j’aime bien les détails, les gros plans. Je ne fais pas que ça mais au moins j’ai le choix sur le moment lorsque je fais ma composition.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Léa Haro : Eh bien je me suis souvent posée la question. J’ai du mal à souligner un style en particulier mais si je dois citer ce qui le compose je parlerai évidement de: couleur, d’humain, du quotidien, de détails, du banal, vibrations urbaines, des reflets et de l’ancien au coeur du moderne.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Léa Haro : Oui bien sûr, il y a énormément comme cité plus haut: Saul Leiter, Alex Webb, Vivan Maier, Harry Gruyaert, Fred Herzog, Garry Winogrand, Greg Gigard et bien d’autres…
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Léa Haro : Je choisirais celle-ci je pense parce que c’est vraiment une photo inattendue. J’étais à deux doigts de monter dans un taxi en sortant de l’aéroport à Paris et là j’aperçois une brochette de stewart des Emirats défiler derrière moi. Ils étaient tous d’une élégance c’était assez incroyable ! Bien sûr hors de question que je passe à côté de ce moment, la lumière était belle ce jour là en plus. J’ai suppliée le taxi d’attendre 5 minutes et j’ai pris une dizaine de photo avec mon numérique et pouf voilà ce cliché est né !
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Léa Haro : Souvent la pudeur et la méfiance des gens et c’est normal. Aujourd’hui avec les réseaux sociaux et l’ère numérique les gens sont de plus en plus critiques à l’égard des photographes de rues. Ils n’ont pas envie d’être pris en photo et que leur visage et quelques part leur identité circule n’importe où. Ce que je comprend totalement. La plupart du temps quand c’est possible j’explique que je suis photographe et que si je me suis permise de prendre cette photo c’est parce l’image, le moment ou même eux même était beau, parfois même sublime. Certains comprennent d’autres non, c’est comme ça c’est le jeu.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Léa Haro : Alors non j’ai pas d’expérience mémorable mais par contre j’ai risqué ma vie plus d’une fois pour prendre une photo haha ! En plein milieu de la route, classique quoi
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Léa Haro : Justement, ça fait lien avec ce que j’ai dis plus haut, c’est une bonne question. C’est un vrai sujet pour moi, je me suis vraiment posé question sur le sujet, j’en ai parlé autour de moi avec mes amis photographes, j’ai lu des avis de photographes de ma génération et c’est vrai que dans cette ère numérique les gens sont très critiques / méfiants et c’est complètement normal d’après moi. Tout est une question d’approche je pense, avoir le sourire, expliquer notre démarche et profession et surtout peut-être expliquer pourquoi on prend cette photo, par exemple: » ce moment m’a touché avec la lumière vous étiez très beau / belle ». Le but n’est pas de porter atteinte mais de capturer un moment du quotidien. Sinon éviter de prendre le gens de face enfin il y a pleins d’alternatives.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Léa Haro : Délicate non mais j’ai eu des refus bien sûr, des « Non pas de photos etc ». Comme je l’explique juste avant ou je m’en vais simplement ou bien j’explique mon travail et ma démarche avec sincérité. Et sinon, ça met jamais arrivée mais si vraiment c’est problématique et que je shoot au numérique je supprime la photo.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Léa Haro : Laissez vous guider par votre instinct ! Ne prenez pas des photos pour plaire aux autres, prenez les parce le moment ou la scène vous fait quelque chose. Et puis bien sûr ne cessez jamais de créer, prenez des photos à l’infini.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Léa Haro : Se cultiver le plus possible, évitez de se comparer aux autres sur Instagram ou sur les réseaux mais préférer ouvrir des livres photos il y a pleins de librairies ou bibliothèques ou c’est possible.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Léa Haro : Alors oui, je travaille sur un projet sur Paris en ce moment avec uniquement de la street photo mais je ne préfère pas en dire plus pour le moment 🙂
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Léa Haro : Oui j’aimerais beaucoup, en lien avec ce projet là justement ! Peut-être cette année qui sait… ?

