Cuba, La Croisée Des Chemins – Corinne Wargnier

Au lendemain de la disparition de Fidel Castro, Corinne Wargnier parcourt Cuba à un moment charnière, où le passé pèse encore et l’avenir reste flou. À travers une série de photographies en noir et blanc, elle capte la vie quotidienne d’un peuple debout, entre mémoire et espérance. Dans la rue, lieu de tous les échanges, elle saisit l’essentiel : la force tranquille d’un pays en suspens, prêt à écrire un nouveau chapitre.

 

Corinne écrit…

Cuba, printemps 2017.

Le commandant en chef de la Révolution cubaine, figure hors-norme de l’histoire tel le dira Barak Obama au soir du 25 novembre 2016, s’est tu. Une page se tourne, laissant le peuple cubain dans la confusion.  Certains vivent le décès du Commandante avec douleur, d’autres avec soulagement, mais dans leur immense majorité les cubains se demandent de quoi demain sera fait.

En partance pour la Havane, point de départ d’un voyage qui me mènera d’un bout de l’île à l’autre, je ne sais à quoi m’attendre.  Trouverais-je le chaos ? Le vide, peut-être ? L’espoir ?  Il suffira d’un pied posé sur l’île pour comprendre que ne s’attendre à rien est la meilleure manière d’appréhender Cuba, et, finalement, d’entrer dans sa danse. Si les belles américaines rouillées datant des années cinquante sont bien le point d’ancrage du premier regard, celui qui se pose ensuite sur l’espace public, habité au sens le plus large du terme par le peuple cubain, fascine. La rue investie par les enfants sous le regard des anciens qui scrutent les passants, une partie de domino improvisée sur un trottoir, la conversation animée de femmes entres elles ou la vision d’un homme se balançant sur son rocking-chair à l’une de ces terrasses qui donnent sur la rue – brouillant les frontières entre l’intime et le public -, donnent le ton. Les cubains, toutes générations confondues, occupent l’espace dans ses moindres recoins.

Le pouls est pris. Je comprends d’abord que le lent processus de la mort en coulisses de Fidel a préservé le peuple cubain d’un événement brutal, et par là même bouleversant. Je mesure alors l’opportunité qui s’offre à moi de capturer l’instant, de photographier le quotidien – qui reste dur et s’accentuera par la suite avec l’élection aux Etats-Unis de Donald Trump -, d’un peuple ballotté entre mémoire et rêves d’avenir. L’ombre de Fidel reste puissante, le culte des héros demeure, le goût de la sensualité et de la gaité teinté de fierté s’affirme, dans un temps immobile aux prises avec un lendemain qui reste tout entier à bâtir.

Pour viser demain il faut comprendre aujourd’hui, sans jamais oublier hier. C’est peut-être là qu’il faut s’arrêter, et commencer la réflexion.

Prises sur le vif, ces photos sont un regard porté sur la vie quotidienne des cubains, révélant une partie de ce présent qui a la lourde tâche de souder passé et avenir. Un travail photographique entièrement réalisé en noir et blanc, qui dénude de fait de leurs parures habituelles les scènes de la vie quotidienne des cubains pour ne donner à voir que l’essentiel.

Corinne Wargnier

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